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  1. // Joyeux anniversaire Zizou !

« Zidane ne peut pas être considéré comme un coach lambda »

Si on connaît tout ou presque du Zidane joueur, le Zidane entraîneur est plus énigmatique. Après huit saisons passées sur les bancs du Real Madrid, de la Castilla à l’équipe première, avec les casquettes d’adjoint, puis de n°1, et une palanquée de trophées, le premier entraîneur français de l’histoire de la Maison-Blanche s'est un peu éloigné du métier et se fait désirer pour reprendre un jour du service. Mais quel est son style ? Quid de la méthode de Zizou le stratège ? Sept spécialistes des bancs de touche dissertent sur la question.

Casting :

Mariano García Remón : coach du Real Madrid en 2004.
Paco Jémez : entraîneur du Rayo Vallecano, de Grenade et de Las Palmas en Liga.
Juan Carlos Unzué : adjoint de Luis Enrique au Barça (2013- 2017) et entraîneur du Celta de Vigo (2017).
Guy Lacombe : ancien formateur de Zinédine Zidane à l’AS Cannes et l’UNECATEF.
Marcelino Garcia Toral : coach de l’Athletic Club et ancien entraîneur du FC Valence (2017-2019).
Óscar García : ancien coach du Celta de Vigo, actuellement entraîneur du Stade de Reims.
Juan Manuel Lillo : adjoint de Pep Guardiola à Manchester City et inventeur du 4-2-3-1.




« La vérité, c’est que les mois que j’ai passés avec lui ne m’ont pas démontré qu’il avait le profil d’un futur entraîneur. Je ne le sentais pas. » Mariano García Remón, coach du Real Madrid en 2004

Avez-vous été surpris d’apprendre que Zidane se lançait dans une carrière de coach ?
Mariano García Remón : Honnêtement, après l’avoir connu en tant que joueur, je ne m’y attendais pas du tout. C’était un joueur totalement impliqué, respectueux de l’équipe et de l’entraîneur, mais la vérité, c’est que les mois que j’ai passés avec lui ne m’ont pas démontré qu’il avait le profil d’un futur entraîneur. Je ne le sentais pas. Et quand je l’ai appris, cela m’a surpris. Réellement. Je pensais que tout ce qu’il avait pu offrir en tant que joueur allait rester là, bien conservé.
Guy Lacombe : Quand, en 2005, il explique qu’il ne veut pas entraîner, je l’accepte, car c’est sa décision. Mais quand, en tant que tuteur, je suis allé pour le voir entraîner au Real Madrid, je lui ai dit que sa carrière de coach était une évidence. Et c’était bien avant qu’il ne commence à exercer. Quand j’ai eu Yaz’ à l’AS Cannes, la grande qualité que j’ai décelée tout de suite chez lui, c’était sa capacité à jouer pour les autres. Son jeu bonifiait celui des autres ! Cette faculté à donner autant aux autres, c’est ça, l’essence du métier d’entraîneur.
Juan Carlos Unzué : Ce qui importe, c’est de transmettre sa science et ses émotions aux joueurs. Zidane transmet ses émotions à son effectif et ce sont des émotions autour du plaisir de ce jeu qu’est le football.
Lacombe : Dans son discours, vous le sentez. Une de ses phrases les plus fréquentes, c’est « il faut prendre du plaisir » . Ça peut paraître anodin comme ça, car beaucoup d’entraîneurs le disent, mais chez Yaz’, c’est vrai et profond.

Quelle image a le Zinédine Zidane entraîneur en Espagne ?
Unzué : Le mieux, pour définir les personnes, c’est de les connaître personnellement. Mais à distance, je retiens surtout la manière dont Zidane est parvenu à gérer le vestiaire du Real Madrid, lors du premier comme du second passage. Son CV de joueur lui a permis de tisser une relation d’égal à égal avec les garçons.
Óscar García : Zidane est tout d’abord un grand gestionnaire d’ego. Entraîner l’équipe première du Real Madrid, ce n’est pas donné à tout le monde, et le fait d’avoir été l’un des plus grands footballeurs de son époque permet de gagner rapidement le respect.
Unzué : Le fait qu’il soit l’un des meilleurs joueurs des années 1990-2000 est bien entendu un critère d’acceptation de subordination de la part du vestiaire. Mais une fois que tu gagnes la confiance d’un vestiaire comme celui du Real, il faut surtout savoir la maintenir. C’est exactement ce que Zidane a su faire.
Paco Jémez : Zidane est très doué pour gérer une équipe comme le Real Madrid dans la communication interne comme externe. Le vestiaire du Real Madrid est un endroit où il est nécessaire de savoir où tu vas. Ça aussi, Zidane sait le faire à la perfection. C’est la personne idoine pour contrôler ce vestiaire, et le hisser vers le meilleur. Grâce à cela, son groupe a pu fonctionner comme une équipe. Il faut bien rappeler que ce vestiaire du Real Madrid a étrillé plus d’un entraîneur...
García Remón : Oui, et je suis bien placé pour en parler. L’effectif du Real, c’est très compliqué à gérer. C’était déjà le cas à son époque avec des joueurs comme Ronaldo, Beckham, Figo et ça l’est toujours maintenant. En cela, le passé de joueur au Real Madrid de Zidane l’a aidé. Mais il y a aussi le fait de garder de la justesse dans son jugement. J’ai l’impression que Zidane a été juste avec tous ses joueurs et cela s’est retranscrit sur le terrain. Il n’y a rien qui puisse donner plus de crédit à un entraîneur que d’être juste avec tous.
Lacombe : On peut avoir l’impression que cela vient de son aura et de son talent, car il est l’un des plus grands joueurs de l’histoire, mais Yazid est quelqu’un qui ne laisse pas grand-chose au hasard. Il travaille beaucoup. Yaz’ est très qualifié dans l’aspect psychologique. Il s’occupe des interventions et des entretiens individualisés. Il sait, à travers son expérience, leur donner une confiance accrue en leurs capacités. Et il faut avouer que cela fonctionne très bien, il n’y a qu’à voir ce que disent ses joueurs à propos de sa méthode.
Unzué : Au Real Madrid, il est très délicat de conserver la confiance de tout un groupe. Zidane a fait jouer la majeure partie des rencontres à ses cadres, mais parfois, il a fallu faire confiance à d’autres joueurs qui ont dû remplacer certains titulaires, comme Ramos ou Marcelo. Et dans ces moments-là, les joueurs en question ont su répondre présent. Le mérite en revient aussi à l’entraîneur.



Vous dites que le fait d’avoir été l’un des meilleurs joueurs l’a aidé. Pourtant, très rares sont les stars du football à avoir réussi à devenir de grands entraîneurs. Pourquoi Zidane est une exception ? Qu’a-t-il fait de différent par rapport aux légendes Maradona ou Platini, par exemple ?
Óscar García : Encore une fois, c’est difficile de dire ce qu’il a fait de différent, car je n’ai pas vu ces anciens grands joueurs entraîner de mes yeux. Cela dit, je pense que l’humilité de Zidane lui a permis de démarrer son aventure au Real Madrid de la meilleure façon possible. C’est aussi cette humilité qui a séduit son vestiaire d’abord, le public ensuite. Zidane a commencé au Real Madrid, c’est un peu comme sa deuxième maison, et cela facilite le temps d’adaptation. Il sait l’impact que peut avoir une déclaration, car il connaît le fonctionnement interne du club et comment s’entretenir avec les personnes qui y travaillent au quotidien.
« Zidane aime profondément le Real Madrid et lorsqu'il sent qu’il ne peut pas apporter plus, il part, car cela est bénéfique à la fois pour l’avenir du club et pour lui-même. Et crois-moi, il faut une sacrée humilité et une sacrée personnalité pour arriver à se dire qu’on ne peut plus être utile pour entraîner le Real Madrid... » Juan Carlos Unzué, ex-adjoint d'Enrique au Barça et ex entraîneur du Celta
García Remón : Sa grande vertu en effet était peut-être de savoir comment fonctionnait un tel vestiaire de l’intérieur. Zidane était prêt dès le premier jour de son nouveau travail pour diriger le Real Madrid. Tout ce savoir-faire, il l’a transmis à ses joueurs, ce n’est pas quelque chose que vous pouvez lire dans un livre. Son autre grande force, c’est son caractère indépendant. Il dispose de l’indépendance nécessaire pour prendre les décisions auxquelles il croit profondément à un instant T. Il ne prend pas en compte les pressions extérieures qui peuvent venir du club ou de la presse. Zidane sait toujours garder la tête froide, c’est une force que peu d’entraîneurs détiennent. De ce que j’ai lu et vu, la pression de son entourage était gigantesque. Par entourage, je me réfère à tout ce qui tourne autour du Real Madrid : la presse, le public, l’opinion d’untel et d’untel au sein du club. Tout cela, Zidane sait parfaitement le contrôler.
Unzué : Si nous observons bien la trajectoire de Zidane, nous voyons qu’il a la capacité et la personnalité pour juger du moment adéquat où il doit quitter ses fonctions au Real Madrid. Sur le moment, certains se demandent pourquoi il le fait, qu’il manque de respect au club... Et puis, avec du recul, on se rend compte que le moment choisi était le moment idéal. Lorsque Luis Aragonés était encore de ce monde, il m’avait confié quelque chose que je retrouve en Zidane : « Juan Carlos, si un jour tu deviens entraîneur et que tu en as la possibilité, il est important d’analyser l’équipe dans laquelle tu t’engages et le moment de la saison où tu arrives. Mais surtout, il est très important de pouvoir choisir le moment où tu t’en vas » . Zidane est parti trois fois du Real Madrid avec un contrat encore en vigueur ! De l’extérieur, cela démontre aussi qu’il décide de son avenir et que personne ne prend la décision pour lui. Zidane aime profondément le Real Madrid et lorsqu'il sent qu’il ne peut pas apporter plus, il part, car cela est bénéfique à la fois pour l’avenir du club et pour lui-même. Et crois-moi, il faut une sacrée humilité et une sacrée personnalité pour arriver à se dire qu’on ne peut plus être utile pour entraîner le Real Madrid...



Ok pour l’humilité, l’indépendance et sa connaissance du vestiaire. Mais est-ce suffisant pour gagner avec le Real Madrid sans discontinuer ? Notamment ce record incroyable de trois victoires en Ligue des champions d’affilée.
Unzué : En tant qu’êtres humains normaux, gagner une Ligue des champions constitue une fin en soi. Zidane ne l’a pas conçu de cette manière : il s’est mis en tête que le plus important était de maintenir ses joueurs dans un esprit de compétition afin de marquer l’histoire. Et pour marquer l’histoire, il faut réaliser des choses extraordinaires. Gagner la Ligue des champions une fois n’est pas si extraordinaire. La gagner trois fois consécutivement, c’est extraordinaire. Et cette performance-là se retrouve parfaitement dans l’identité que souhaite se donner le Real Madrid. C’est une institution basée sur la victoire. Peu importe l’état de forme au début ou en milieu de saison. Ce qui compte, c’est qu’à la fin, le Real Madrid doit soulever le trophée. Tant que la saison n’est pas terminée, le Real peut se relever et gagner. Nous ne pouvons pas vraiment le quantifier, mais c’est quelque chose que les joueurs captent, et Zidane savait parfaitement se servir de cette marque de fabrique lors de son passage au Real.
Paco Jémez : Ce qu’il a réalisé au Real, il l’a fait et cela lui donne évidemment beaucoup de mérite. Mais bon, tu as les joueurs du Real Madrid...



Est-ce à dire que ça n’aurait pas été possible dans un autre club ? Est-il un entraîneur uniquement fait pour les grandes équipes et les grandes stars ? On a vu qu’il a eu bien plus de difficultés lors de son passage avec les jeunes du Castilla.
Jémez : Cela dépend beaucoup de ton point de chute. Ce que je peux t’assurer, c’est que si une grande star se met à diriger une petite équipe, tu pourras peut-être réaliser du très bon travail, mais tu ne pourras jamais remporter de titre. Les titres ne sont à la portée que des grandes équipes. Quand tu entraînes une équipe plus petite, tu essaies avant tout de te maintenir. Attention : les deux objectifs sont tout aussi élevés l’un que l’autre. Bref, Zidane a eu la chance, enfin c’est mieux de dire « la valeur » , d’être là au bon endroit au bon moment. Mais quand tu regardes bien, toutes les grandes stars n’ont pas forcément les capacités pour entraîner une grande institution d’entrée de jeu. Cela signifie aussi beaucoup sur la capacité de cheminement lié à chaque entraîneur. Imagine que Zidane ait débuté avec le Rayo Vallecano, par exemple. Ou alors, Guardiola avec Eibar... Je ne sais pas où ils en seraient aujourd’hui.
« Zidane a eu la chance, enfin c’est mieux de dire "la valeur", d’être là au bon endroit au bon moment. Mais quand tu regardes bien, toutes les grandes stars n’ont pas forcément les capacités pour entraîner une grande institution d’entrée de jeu. » Paco Jémez, entraîneur du Rayo, de Grenade et de Las Palmas
García Remón : Lorsque que vous travaillez avec des jeunes, comme ceux du Castilla, il faut avoir conscience du groupe que l’on a sous la main. Ce n’est pas comme s’occuper d’un arbre dont vous savez qu’il donnera toujours le même fruit. Il y a des générations où le fruit n’est pas bon et tu as beau être le plus grand entraîneur au monde, tu ne peux pas rendre un mauvais footballeur bon du jour au lendemain. Impossible. Dès lors, je pense que les grands entraîneurs sont reconnaissables à la gestion des grandes stars. Et c’est ce que Zidane a démontré. Selon moi, Zidane est destiné à coacher les grandes équipes, et je ne le vois pas aller entraîner une formation de milieu de tableau après tout ce qu’il a accompli jusqu’à présent. Je le vois sélectionneur de l’équipe de France ou entraîneur d’un autre grand club européen. C’est un homme de grands défis.
Óscar García : Difficile à dire. Peut-être qu’avec moins de pression, Zidane serait capable d’exiger toujours autant de ses joueurs. Chaque club, qu’il soit grand ou moins grand, possède sa spécificité. C’est vraiment une question difficile, car réussir quelque part n’est jamais facile.
Unzué : Je ne crois pas que Zidane soit uniquement fait pour les grands clubs, tout simplement parce qu’un grand coach peut réaliser de grandes choses avec une équipe moins reconnue. Une bonne écurie du milieu de tableau dirigée par Zidane pourrait s’installer parmi les meilleures équipes du championnat. Pourquoi ? Parce que je suis persuadé que Zidane parviendrait à tirer la meilleure version de ses joueurs pour construire un collectif très compétitif. J’entends souvent certains dire : « Ah, si Guardiola n’avait pas eu Messi, il ne serait pas aussi reconnu. » ou « Ah, si Guardiola n’avait pas eu le Bayern, il n’aurait pas gagné le championnat d’Allemagne. » Ces gens-là savent-ils vraiment ce que signifie la gestion d’une équipe obligée de gagner tout le temps, même les matchs amicaux ? Contrôler cette pression en gardant tous ses joueurs concernés par le projet commun, ce n’est vraiment pas facile.
Lacombe : C’est un entraîneur qui gagne, et c’est déjà très révélateur. Gagner trois fois de suite la Ligue des champions, gagner le championnat d’Espagne, sans compter les autres trophées qu’il a pu remporter, cela le fait rentrer dans la catégorie des très grands. On ne peut pas gagner autant de titres et être considéré comme un coach lambda.

Et en matière de style de jeu, comment définiriez-vous la patte Zidane ?
Unzué : Derrière cette volonté insatiable de gagner, il y a aussi une volonté de profiter du ballon tout en recherchant de l’équilibre dans la manière de construire ses occasions.
Marcelino : C’est un entraîneur qui parvient à obtenir un rendement optimal de son équipe. Grâce à la cohésion importante de son vestiaire, il arrive à convaincre ses joueurs de jouer d’une manière bien déterminée pour atteindre la victoire. Dans le jeu, je dirais qu’il est adepte des combinaisons collectives et qu’il s’oriente vers l’attaque.
Lacombe : Yaz’ avait envie de certains joueurs, mais il n’a pas pu les obtenir. Qu’a-t-il fait ? Il s’est adapté. Il a opté pour un jeu de position et en fonction des grands rendez-vous, il utilisait les attaques rapides et une défense renforcée pour arriver à gagner. Il a l’avantage d’avoir des influences italiennes et espagnoles, je pense qu’il s’en sert.
Jémez : Le jeu du Real Madrid sous Zidane est assez similaire à ce qu’il proposait en tant que footballeur, finalement.
Marcelino : J’ai vu Zidane jouer de près et effectivement, je vois une corrélation entre le Real Madrid entraîné par Zidane et le profil de Zidane footballeur. Son équipe cherche à garder le contrôle du match avec une possession du ballon régulière.
Unzué : Bien sûr que sa personnalité se reflète aussi sur la personnalité de son équipe. Il suffit d’avoir vu Diego Simeone sur un terrain pour comprendre que son équipe est le parfait symbole de ce qu’il était sur une pelouse. Luis Enrique, Guardiola, pareil. Et tout cela est naturel, comme une alchimie. Maintenant, cela nécessite une ouverture d’esprit totale pour que les joueurs puissent comprendre la véritable signification du message que l’entraîneur souhaite faire passer. Zidane est exactement dans cette dynamique-là, et j’ai l’impression que ses piliers sont : profiter grâce à la vision du jeu et mettre le talent au premier plan. Si Zidane a pris quelque chose de Johan Cruyff, c’est de « rassembler les meilleurs » comme il avait l’habitude de le dire. Le souvenir que j’ai de ses équipes, c’est le désir de performer de la meilleure façon possible.



« Aujourd’hui, il y a beaucoup de football d’entraîneurs et plus beaucoup d’entraîneurs de football. Zidane appartient à cette seconde catégorie. » Juan Manuel Lillo, adjoint de Guardiola et inventeur du 4-2-3-1

Est-ce que la tactique passe au second plan chez Zidane ?
Juan Manuel Lillo : Certains disent de lui qu’il est un « alineador » (celui qui se contente de mettre des noms sur la feuille de match, NDLR). Mais en quoi est-ce un problème d’être un « alineador » , en fait ? Il choisit correctement ceux qui doivent jouer ? C’est ça ? Il choisit ceux dont l’interaction élèvera le rendement respectif, ceux dont la synergie développera les capacités individuelles, ceux qui se mélangent le plus facilement.
Óscar García : Ce terme d’ « alineador » est trop réducteur pour définir l’entraîneur Zidane. Si tu ne fais que sélectionner les joueurs en leur disant juste quelques mots simples, tu ne peux pas gagner trois Ligue des champions consécutives.
Unzué : J’ai tout de même l’impression que Zidane a fait quelques changements tactiques intéressants lors de son expérience au Real Madrid, du moins lors de son second passage. Il s’est parfois adapté en fonction des rivaux qu’ils affrontaient. S’il voyait une brèche à exploiter, il y allait. De l’extérieur, j’ai vraiment tendance à penser que son Real a changé entre ses deux passages. Le positionnement des latéraux notamment. Lors de sa dernière saison, il s’est parfois retrouvé avec un axe à trois défenseurs. Cela témoigne d’une forme de travail tactique, au-delà de la gestion du groupe.
Lacombe : Derrière un projet de jeu, il y a de la tactique. Yaz’ est un grand tacticien, mais il va toujours s’adapter à un effectif en place. Zidane ne prend pas de feuille blanche en disant : « Je veux lui, lui, lui... » . Cruyff ou Guardiola, c’est plutôt dans ce style-là. Mais vous vous voyez établir un projet de jeu avec un ego comme Cristiano Ronaldo, vous ?
Unzué : Penser de la sorte, ce n’est pas très original et moderne. Je vous dis cela, car, de par mon expérience au FC Barcelone, je crois beaucoup dans les méthodes et les idées tactiques. Quand un joueur se façonne à travers un système, il s’améliore de manière progressive. Et l’observer en tant que membre d’un staff, c’est quelque chose d’absolument fantastique. Mais effectivement, le plus important dans le football reste la confiance des joueurs envers le staff technique et, in fine, l’entraîneur. Sans une confiance totale d’un groupe, la tactique devient inutile. Savoir bien gérer un groupe a toujours été quelque chose d’absolument vital dans le football. Il y a 30 ou 40 ans, les entraîneurs étaient avant tout des meneurs d’hommes avant d’être des penseurs du football. Aujourd’hui, la tactique a énormément évolué, mais la gestion des hommes reste la priorité absolue. Si l’équipe est bien structurée, mais qu’il n’y a pas une forme de solidarité avec l’entraîneur, tu ne parviens pas au sommet, et ton château de cartes finit par s’effondrer.
Lillo : Aujourd’hui, il y a beaucoup de football d’entraîneurs et plus beaucoup d’entraîneurs de football. Zidane appartient à cette seconde catégorie.

Le fait d’avoir tout gagné aussi rapidement pourrait lui être préjudiciable dans le futur. Zidane est-il condamné à l’excellence ?
García Remón : D’une certaine manière, c’est possible. Dans tous les cas, je le répète : on ne prend pas la mesure de tous les trophées qu’il a pu remporter. C’est peut-être lié aussi à sa philosophie de vie : c’est une personne tranquille, au contraire d’entraîneurs qui vivent par la polémique et l’affrontement au quotidien. Zidane disparaît pour laisser place à l’expression de son équipe. C’est peut-être aussi pour cela qu’il n’a pas la mise en lumière qu’il mériterait.
« Il est effectivement habité par une forme de sérénité. Je ne sais pas si cela est inné... À mon avis, c’est un domaine dans lequel il a travaillé pour se canaliser. » Guy Lacombe, ancien formateur de ZZ
Marcelino : De mon côté, je peux simplement dire que j’ai connu une personne très fair-play, éduquée et respectueuse avec le reste des entraîneurs, des adversaires, des arbitres et des journalistes. C’est vraiment un exemple dont nous devons nous inspirer afin de l’imiter.
Óscar García : Zidane n’a jamais été un joueur très colérique avec ses employeurs ou dans la presse. C’est un aspect de son comportement à souligner, parce que ce n’est vraiment pas facile de toujours garder son sang-froid et de toujours avoir les mots justes dans des situations parfois très périlleuses.
Unzué : Quand vous voyez ses conférences de presse, Zidane parvient toujours à soigner sa communication, et c’est une qualité dans son profil. Pourtant, les Clásicos sont souvent perçus par la presse comme une forme de guerre entre deux clans, un match où le malheur au perdant sera terrible. Zidane n’est jamais entré dans ce jeu-là, c’est un homme pacifique. Et dans le milieu des entraîneurs, c’est vraiment un comportement très honorable et élégant.
Lacombe : Il est effectivement habité par une forme de sérénité. Je ne sais pas si cela est inné... À mon avis, c’est un domaine dans lequel il a travaillé pour se canaliser. Il y a eu tellement de moments difficiles. Il y a toujours eu de l’attente autour de lui. Il a parfois pensé à s’arrêter... Mais justement, il connaît toute cette pression et comme il est entraîneur, il souhaite absolument protéger ses joueurs de cela.
Lillo : L’équipe de Zidane, c’est une équipe qui engendre très peu de conflit, de l’amabilité envers les joueurs, de l’harmonie entre tout le monde, qui fait en sorte que ses éléments expriment leur créativité... Zidane est un grand entraîneur, sans aucun doute.

Entretiens issus de notre livre consacré à Zinédine Zidane, disponible ici.

Jamel Debbouze : « Zidane est un roi obligé de porter sa couronne toute sa vie »
Propos recueillis par Antoine Donnarieix, Aquiles Furlone et Thibaud Leplat