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Tiens, du football à Paris

Paradoxe : on n'a jamais autant parlé du PSG que ces derniers temps, tout en ne parlant presque jamais de football et de jeu. Mais le combo reprise du championnat + fin du roman Neymar devrait faire revenir le terrain au coeur des débats.

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C'est certain, le PSG n'a pas révolutionné le jeu hier après-midi. Pour être franc, il a à peine proposé un beau match. En envoyant un petit 2-0 contre une équipe faite d'inconnus et de revenants qui découvrait la Ligue 1 pour la première fois de son histoire, les Parisiens ne se sont pas foulés. En même temps, les pages du carnet d'excuses sont bien remplies : la reprise, le mois d'août, l'adversaire facile à manoeuvrer, les rodages à trouver, etc. D'ailleurs, en zone mixte après le match, les joueurs du PSG ne se cachaient même pas et assumaient le fait d'avoir gardé leur costume de vacanciers. Kimpembe a beau n'avoir que 21 ans et n'avoir joué qu'une mi-temps, il osait ce feignant : « C'est le début de saison, c'était le premier match. On a manqué un peu de rythme mais le championnat est long. On n'était pas à 100% : ça va venir au fur et à mesure. Le rythme va revenir. » Plus vieux de quatre mois, Rabiot jouait lui aussi la rengaine des jambes lourdes et fatiguées : « Physiquement on n'est pas au top, c'est pas facile. On avait déjà puisés dans nos ressources face à Monaco au Trophée des Champions mais là, même si on a réussi à gérer, on n'est pas totalement biens physiquement. Pour mettre en place tout ce qu'on veut, c'est un peu compliqué. » Mais même s'ils avaient le pied sur la pédale de frein, les garçons d'Emery ont joué au football. Et après tant de semaines passées à parler autant du PSG en débattant de tout sauf de jeu, voilà qui faisait du bien.

Le dégagisme


Ces derniers temps, le PSG a endossé tous les costumes. Pompe à fric, machine à fantasmes, bras armé d'un méchant émirat qui utilise le sport pour faire oublier ses cochonneries, entreprise milliardaire capricieuse et arrogante... Tous, sauf le costume rouge et bleu, celui de son équipe de football. L'été a été long depuis la finale de Coupe de France en mai dernier, et les trois mois passés à bouffer des infos sur les soucis diplomatiques du Qatar et les rumeurs de transferts ont fait leur effet. Pour se souvenir que le Paris Saint-Germain était avant tous un collectif de joueurs de football avec des gardiens, des attaquants des crampons, des shorts, de la sueur sur le front et des réponses pré-fabriquées en conférence de presse, il faut remonter très loin, à une époque où suivre le PSG était encore une activité courante pour un amateur de sport. En bref, au printemps dernier, quand après s'être fait sagouiner en Ligue des Champions, le club de la capitale se lançait dans une course-poursuite désespérée pour le titre contre Monaco. Mais même à cette époque, beaucoup avaient jeté l'éponge. Paris jouait mollement, l'air de ne pas y croire, encore assommé par le traumatisme du Camp Nou. Et plutôt que de regarder des matchs de Paname pour savoir s'ils allaient rattraper Monaco, une partie du public a préféré mater les matchs des joueurs du Rocher pour voir s'ils allaient conserver leur avance. Comme si, alors que dans les urnes la France était prête à voter pour n'importe qui tant que ça avait l'air nouveau, elle voulait aussi voir le dégagisme à l'oeuvre dans le football en éjectant Paris du trône.

Les vieux réflexes


Pendant l'été, le blason sportif de Paris a eu du mal à être redoré. Le PSG a bien gagné le Trophée de Champions, mais tout le monde s'en fout. Et sinon ? Unai Emery a trainé ses gars jusqu'aux États-Unis pour les faire jouer n'importe comment en International Champions Cup. Mais heureusement pour lui, les gens s'en foutaient encore plus fort et personne n'a assisté à ces matchs de préparation sans intérêt. Dans la foulée, le feuilleton Neymar démarrait et les carottes étaient cuites pour qui ambitionnait de parler un peu de terrain, de tactique, de jeu, bref, de football. Hier, Paris a peut être livré une performance anecdotique, mais les fans ont retrouvé quelques vieux réflexes. On a pu réapprendre à frissonner sur une louche de Pastore même après six mois sans en voir vu une. Ou se souvenir d'à quel point il est jouissif de hurler à Verratti depuis son canapé : « Mais ferme la ducon, tu vas prendre un jaune ! » Ou sentir à nouveau cette angoisse que provoque chaque ballon qui arrive un peu trop près d'Alphonse Areola. Pour résumer, on a redécouvert ce que c'était de regarder un match du PSG. Dans un futur proche, plusieurs choses changeront probablement. Neymar entrera dans la ronde, Pastore se blessera au mollet, Kurzawa se fera tatouer le visage, Lucas jurera que cette saison sera pour lui celle de la confirmation, Areola fera une boulette et laissera sa place à Trapp, qui fera une boulette et laissera sa place à Descamps, qui s'avérera être le meilleur goal du club, et moultes autres aventures suivront. Mais au moins, on se battra pour des questions footballistiques. En attendant les premiers « Mais vous en avez pas marre de parler de foot » qui, à coup sur, seront lancés par ceux qui ont passé leur mois de juillet à commenter le prix du transfert de Neymar.

Par Alexandre Doskov
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