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Rennes, le festival de pannes

Par Clément Gavard, à Rennes

Pour la première fois depuis 2016-2017, le Stade rennais a échoué à se qualifier pour une Coupe d’Europe. La série devait s’arrêter un jour, mais ce gros raté arrive dans une saison où le club breton se voulait très ambitieux. Une faillite globale, alors qu’il faut déjà réfléchir à la manière de rebondir. Avec qui et comment ?

Rennes, le festival de pannes

Il régnait une drôle d’ambiance au Roazhon Park, ce dimanche soir, au coup de sifflet final du match nul entre le Stade rennais et Lens (1-1). Pas de bronca, mais un peu de silence puis quelques applaudissements lors du tour d’honneur de l’équipe bretonne, comme si une forme de fatalisme avait gagné le public rennais au bout d’une saison pénible et ratée. Les tribunes sont même restées bien garnies pour le spectacle pyrotechnique proposé par le club, qui avait pris l’habitude de fêter quelque chose au mois de mai. L’échec est pourtant cuisant. Six ans après un succès au Parc des Princes, le 12 mai 2018, qui lui avait permis de retrouver l’Europe, Rennes a dû accepter qu’il ne disputera pas de compétition continentale la saison prochaine, après six qualifications d’affilée.

« Ça fait partie de la vie d’un club », rappelait Julien Stéphan en conférence de presse après la déception. Une phrase devenue une devise ces derniers temps au sein du club, puisqu’il fallait préparer le terrain et parce qu’elle a du sens. La série ne pouvait pas durer éternellement : tous les clubs français, de l’OL à l’OM en passant par Monaco ou Lille, ont connu au moins une saison blanche ces six dernières années, à l’exception bien sûr du PSG. Il faut l’écrire, mais ne pas s’en contenter non plus. Ne pas minimiser la faillite globale du Stade rennais version 2023-2024. Ne pas perdre l’exigence pour un club qui n’est plus le même qu’à la fin des années 2010. Cela passera par des discussions, des remises en question et des choix, peut-être, pour ne pas manquer la saison du rebond et ne pas quitter une période dorée.

Un film d’erreurs

Il serait tentant de trouver un seul responsable à cet échec, mais c’est une succession d’erreurs, sur le terrain comme en dehors, qui ont conduit le Stade rennais à cette saison sans saveur. Florian Maurice ne s’était pas caché l’été dernier : le club avait l’ambition légitime de rester dans le top 4 après avoir réalisé les deux meilleurs exercices de son histoire en matière de points (4e avec 66 points en 2021-2022, 4e avec 68 points en 2022-2023). L’objectif Ligue des champions n’était plus un tabou, mais les dirigeants bretons se sont cognés sur un plafond de verre structurel et ont payé leurs mauvais choix. Ceux en défense, par exemple. Les dirigeants bretons n’ont pas remplacé Hamari Traoré, qui était aussi essentiel dans le vestiaire, comme ils n’ont pas réussi à recruter en défense centrale. Ils ont pourtant cherché à convaincre, en été comme en hiver, des joueurs comme Clément Lenglet, Stefan Savić ou encore Nayef Aguerd, qui souhaitait revenir en Bretagne.

Il nous a manqué un peu de maturité, de malice, d’expérience, parfois un peu d’autorité et de puissance pour valider nos temps forts.

Julien Stéphan

À force de viser trop haut, ils ont dû composer avec une arrière-garde jeune (21,5 ans de moyenne d’âge, aucun joueur de plus de 24 ans), qui a multiplié les erreurs et perdu en confiance. Quand ce n’était pas Warmed Omari, c’était Arthur Theate, Christopher Wooh, Jeanuël Belocian, ou un autre. En Ligue 1, Rennes est la troisième attaque (52 buts) et la dixième défense (44 buts). « Ce n’est pas encore l’heure du bilan, je ne sais pas si c’est à moi de le faire, expliquait Stéphan, arrivé en cours de route en novembre. Il nous a manqué un peu de maturité, de malice, d’expérience, parfois un peu d’autorité et de puissance pour valider nos temps forts. Il nous a manqué une période très, très forte pour remplir des objectifs élevés et être européens à la fin. » Le reste de l’équipe n’a pas non plus brillé, en tout cas pas de manière régulière. Les cadres ont été décevants la plupart du temps, aucune recrue n’a donné entière satisfaction et le cas Nemanja Matić, qui devait témoigner de la croissance du club, a rappelé qu’il était encore loin d’être capable de s’inviter à la table des grands.

L’héritage de Genesio et les conséquences d’une saison blanche

C’est aussi l’échec de Bruno Genesio : cet effectif avait été construit pour lui et par lui, en partie, alors même qu’il avait montré quelques signes de lassitude à la fin du printemps 2023, rencontrant même les dirigeants de Nice dès la saison terminée. Jusqu’à son départ volontaire à la mi-novembre et son remplacement par Stéphan – le choix de l’actionnaire François Pinault – qui a repris une équipe en manque de confiance et de repères, sans non plus être décrochée au classement (14e et proche de la zone rouge, mais aussi à seulement 4 unités de la 6e place). Le technicien breton a éloigné le club d’une saison vraiment galère (1,62 point par match de moyenne), mais n’a pas réussi à l’emmener plus haut et à gommer les « limites rédhibitoires » de son équipe, ses mots prononcés après la défaite contre Brest. La perspective d’un avenir européen ne semblait pas si lointain lors de la dernière trêve internationale, celle durant laquelle il avait été prolongé jusqu’en 2026, avant que le Stade rennais ne perde le fil en championnat (4 défaites, 2 victoires, 1 nul depuis) et sa demi-finale de Coupe de France à Paris.

L’absence de Coupe d’Europe aura des conséquences ; d’abord économiques (entre 15 et 20 millions d’euros de recettes en moins prévues dans le budget), même si le club sera moins embêté par le fair-play financier ; ensuite sportives, les deux sont liés, puisque le mercato devrait être mouvementé et qu’il va peut-être falloir convaincre les joueurs susceptibles de rester (et de venir) que le projet rennais vaut toujours le coup. Stéphan : « Le plus important, c’est la capacité à analyser, et derrière, à rebondir, à repartir de l’avant. » En attendant le bilan de la direction devant la presse, qui devrait avoir lieu dans les prochains jours sauf bouleversement, des réflexions sont menées sur la stratégie sportive à adopter. Le club a investi des sommes importantes ces deux dernières saisons (environ 170 millions d’euros), mais il a aussi beaucoup vendu (environ 240 millions d’euros). En parallèle, il a également tenu à conserver son ADN, la formation, en accordant parfois trop de confort à des jeunes demandeurs de temps de jeu, mais pas toujours prêts à être installés comme titulaires dans une équipe ambitionnant le podium.

Et maintenant, quel est le projet ?

Il reste la question des hommes, forcément. L’entraîneur n’a pas été conforté au début du printemps pour être mis à la porte avant l’été et le président Olivier Cloarec ne semble pas menacé, lui qui est aussi impliqué dans le projet du nouveau centre d’entraînement (en cours de chantier) ou du nouveau stade souhaité par le club. Le nouveau trio que les deux hommes forment avec Maurice paraît cependant moins uni, moins en osmose. Ce qui peut aussi ne pas les empêcher de travailler ensemble en bonne intelligence. Stéphan comme Maurice ont d’ailleurs à chaque fois démenti les bruits faisant état de relations supposées fraîches, on peut les croire ou non. « On a les mêmes idées footballistiques, on parle le même langage », insistait le directeur technique en mars dernier, près de cinq mois après avoir hésité à quitter le navire en même temps que Genesio. L’ancien attaquant était arrivé sur les bords de la Vilaine en 2020 en assurant que le projet n’avait « pas changé », mais qu’il était « plus ambitieux ». Qu’en sera-t-il demain ?

On a les mêmes idées footballistiques, on parle le même langage.

Florian Maurice au sujet de Julien Stéphan, en mars dernier

Il est le patron du sportif, donc aussi responsable de cette saison et de la situation, comme il a également eu sa part dans les précédentes réussites. Ce n’est pas tout noir ou tout blanc. Il a pris la parole dans le vestiaire après la fin des espoirs dimanche soir, on le disait déçu, touché, et on l’a vu quitter le Roazhon Park avant même la fin du feu d’artifice. Le projet, justement, peut-il se poursuivre avec Maurice ? Ce sera le fil rouge de ces prochains jours, alors qu’un jeu d’influences s’exerce depuis plusieurs mois en coulisses. C’est la loi d’un club de foot, du Stade rennais, où ceux qui murmurent à l’oreille de François Pinault peuvent être entendus et lancer des petites (ou des grandes) révolutions. Ce qui n’est pas toujours bon signe.

La tendance était à un statu quo ces derniers temps et il n’était pas question d’envisager la suite sans Maurice, ce dimanche soir. Reste à savoir ce qui se décidera tout en haut de la pyramide, là où beaucoup de choses se jouent. L’Équipe glissait ce lundi que Maurice pourrait être menacé. Le nom de Bruno Cheyrou, qui n’a pas vraiment convaincu comme responsable du recrutement à l’OL, dont il est parti en janvier, est même cité. Ce dernier connaît un peu le club, celui d’avant, pour y avoir joué entre 2006 et 2010. Un soir de défaite à Hambourg en Coupe de l’UEFA (3-0), en novembre 2007, il avait dit ceci : « Je crois que depuis quelques jours, on a pu voir que l’on est un petit club, une petite équipe et surtout des petits joueurs. » Il va désormais s’agir de faire les bons choix pour que le Stade rennais ne revienne pas plus de quinze ans en arrière.

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Par Clément Gavard, à Rennes

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