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Pourquoi 2026 sera l’année de Jonathan David
Vivement critiqué depuis le début de saison, Jonathan David (25 ans) peine à trouver confiance sous le maillot de la Juventus, qu’il a rejointe l’été dernier. Et si certaines rumeurs font déjà état d’une possible fin d’aventure dans le Piémont, son expérience lilloise laisse à penser que les tifosi devraient se montrer patients avec leur nouveau cannoniere.

« Qui sait comment Jonathan David a gagné son surnom ? Car de l’Iceman censé transformer les rêves de de la Juventus en réalité, il ne reste qu’une flaque d’eau créée par un mélange d’anxiété, de peur et d’arrogance » : la métaphore, aussi poétique qu’acerbe, est l’œuvre du quotidien Tuttosport, au lendemain de la contre-performance de la Juventus à domicile face à Lecce (1-1), le 3 janvier. La raison principale ? Le penalty tiré par l’international canadien à la 66e minute – entre une panenka foireuse et un plat du pied mollasson – et facilement détourné par Wladimiro Falcone, le portier adverse.
Un sacré loupé qui surprendra les supporters du LOSC, longtemps habitués au réalisme de JoDav’ depuis le petit rond blanc : avec 26 pénos transformés sous le maillot des Dogues, Iceman avait convaincu les foules d’un sang-froid à toute épreuve dans l’exercice, en témoignent ses pions importantissimes et décisifs face au Real Madrid (1-0), à l’Atlético de Madrid (1-3) ou au voisin lensois lors d’un derby électrique (1-0) – liste non exhaustive. Un penalty loupé ne mérite pas un tel clouage au pilori, mais cet échec représente surtout un élément à charge de plus dans le bilan statistique famélique du natif de Brooklyn, depuis sa venue dans le Piémont.
Déjà un diesel chez les Dogues
Les critiques, David commence à y être habitué, depuis son arrivée de l’autre côté des Alpes. Débarqué l’été dernier en provenance de Lille, sans le poids d’un lourd transfert – il est arrivé libre – mais avec celui du costume de remplaçant de Dušan Vlahović que l’on annonçait alors partant, le bison canadien peine pour l’instant à répondre aux attentes placées en lui à la Juve, qui tente tant bien que mal de se mêler à la lutte pour le Scudetto. Auteur d’un seul pion en Serie A (face à Parme), auquel il convient d’ajouter ses deux réalisations européennes (face aux ogres Bodø/Glimt et Pafos) mais aussi un bon paquet de gros ratés et de performances en demi-teinte, David a beaucoup de mal à retrouver l’efficacité parfois insolente qui était sienne en France, en témoignent ses 109 caramels en 232 apparitions dans le Nord. S’il faut bien reconnaître que le vrai-faux départ de Vlahović, l’instabilité sur le banc turinois ou l’arrivée surprise de Loïs Openda le dernier jour du mercato n’ont pas contribué à l’idylle entre Johnny et la Vieille Dame, la raison de ces débuts poussifs est peut-être plus simple qu’il n’y paraît : le diesel Jonathan David a besoin de temps.
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Ce fut le cas à Lille, où on oublierait volontiers qu’avant de devenir le troisième meilleur buteur de l’histoire du club, l’ancien Gantois avait connu des débuts là aussi compliqués. Avec deux petits buts à la trêve lors de sa première saison (ainsi qu’un penalty raté face au Celtic, tiens tiens), la recrue la plus chère de l’histoire du LOSC (achetée pour 26 millions d’euros en juillet 2020) avait mis du temps à convaincre, aux côtés de Burak Yılmaz, dans le 4-4-2 de Christophe Galtier. « Pour jouer le haut de tableau, il nous fallait une assise défensive très forte et dès le début, le travail de Jonathan était monumental en empêchant le gardien ou la défense adverse de relancer proprement. Très vite, il a été une pièce centrale dans la récupération du ballon, même si les gens ne se sont rendu compte de son importance que lorsqu’il a commencé à marquer des buts », tempère son ancien coéquipier Jérémy Pied, marqué par la sagesse du jeune homme face aux critiques. « Au lieu de s’énerver, il s’est mis à travailler deux fois plus, continue-t-il. Tim’ Weah et moi, qui jouions moins, on l’accompagnait pendant une heure et demie après chaque entrainement et on enchaînait les centres : frappes du gauche, du droit, jeu de tête, penaltys, enchainements, tout y passait, c’était fou ! Aujourd’hui, s’il traverse une passe moins bonne en Italie, je n’ai aucun doute sur sa capacité à travailler dur pour montrer aux supporters qu’il peut être ce numéro 9 qu’ils attendent tous. »
Just a chill guy
On reconnaît souvent les grands attaquants à leur capacité de rebond, et ça tombe bien, car le mental est depuis toujours une arme pour Jonathan David. Sous le feu des critiques trois jours après le penaltygate, et alors que le spectre d’un retour de Federico Chiesa ou une arrivée d’Alexander Sørloth au mercato d’hiver plane toujours au-dessus de sa tête, c’est dans sa capacité de résilience que le natif de Brooklyn a dû puiser pour s’offrir ce qui ressemble à un premier match référence, face à Sassuolo (0-3) le 6 janvier, avec une subtile passe décisive en pivot pour lancer son compère d’attaque Fabio Miretti, suivie quelques secondes plus tard d’un but plein de sang-froid : une percée et un bel enchaînement du gauche pour sanctionner une bévue de l’arrière-garde neroverda. Suffisant pour lancer véritablement sa carrière turinoise ? Seul l’avenir le dira, mais on se dit que le numéro 30 bianconero a toutes les armes pour inverser la tendance en ce début d’année.
Ponerse nervioso no es algo para Jonathan David 🥶 #SassuoloJuve pic.twitter.com/pQd70VLASu
— Lega Serie A (@SerieA_ES) January 7, 2026
Pour cela, il peut compter sur le soutien de son entraîneur Luciano Spalletti, pas en reste lorsqu’il s’agit de défendre son poulain face aux critiques, notamment en maniant l’humour culinaire – une étrange histoire de parmigiano râpé sur ses pasta alle vongole. Il avait d’ailleurs réitéré sa confiance à son attaquant après le naufrage contre Lecce, le titularisant trois jours plus tard face à Sassuolo. De plus, le soutien de ses coéquipiers pourrait bien être le ciment de la confiance du Canadien : « À Lille, il avait gagné le respect du vestiaire en travaillant comme un fou, ce qui lui avait permis d’évoluer en pleine confiance jusqu’à ce que les buts arrivent. Jonathan, c’est un grand compétiteur, mais avant tout un garçon très chill : ce mec n’emmerde personne, ne s’énerve jamais et reste toujours très calme », se souvient Pied, champion de France avec son compère en 2021. Au Mapei Stadium, les nombreuses étreintes au cou de David après son but (des titulaires aux remplaçants, en passant par Mister Spalletti) semblent attester de l’attachement profond des cadres juventini à leur chill guy, et balaient les rumeurs selon lesquelles celui-ci serait isolé d’une partie du vestiaire.
À Lille, il avait gagné le respect du vestiaire en travaillant comme un fou. Ce mec n’emmerde personne, ne s’énerve jamais et reste toujours très calme
La Vieille Dame, au cœur d’une lutte effrénée pour le titre en Serie A, ne sera d’ailleurs pas la seule à espérer le réveil du bison en cette nouvelle année : ses partenaires de sélection comptent sur le meilleur buteur de l’histoire du pays (37 pions en 73 sélections) pour briller lors du Mondial à la maison et s’extirper d’une poule abordable (Suisse, Qatar et un barragiste encore inconnu). Qu’il arbore la liquette rouge ou rayée, 2026 pourrait bien être l’année de la relance pour le diesel Jonathan David : la réception de la Cremonese, ce soir à l’Allianz Stadium (20h45), ressemble à l’occasion idéale d’enchainer et mettre en pratique ces belles résolutions.

Par François Goyet
Propos de Jérémy Pied recueillis par FG























































