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Pourquoi le foot pourrait bientôt se jouer à dix
L’idée de réduire à 10 le nombre de joueurs sur le terrain revient sur le devant de la scène. Une fausse solution technique à de vrais problèmes philosophiques ?

Luis Enrique, à l’occasion de sa conférence de presse avant PSG-Lille, a évoqué, parmi les évolutions possibles des règles, la possibilité de réduire le nombre de joueurs sur le terrain à dix. La proposition avait été formulée voici presque deux ans par Michel Platini. L’ancien numéro 10 des Bleus avait soumis sa réflexion au micro de RMC : « Peut-être qu’il faudrait enlever un joueur, jouer à 10. Le football, on l’a fait à 11 en 1900, mais en 1900 ils couraient moins qu’aujourd’hui, ils étaient moins costauds, ils allaient moins vite. »
À l’époque, le coach parisien s’était déjà montré plutôt sensible à cette petite révolution : « Je suis ouvert aux situations qui peuvent améliorer le foot. Si peu de joueurs sur un si grand terrain, ça peut être intéressant. Aux JO, j’ai découvert le rugby à 7 et le basket 3×3. Je ne peux pas me prononcer à ce sujet, mais je suis ouvert à toutes choses qui peuvent améliorer notre sport. » Profitons-en pour lui rappeler que le foot ne se pratique pas seulement à 11 et que cette activité ludique a connu de nombreuses déclinaisons depuis son invention moderne en 1863 : futsal à 5, foot à 7 autoarbitré en FSGT (depuis 1968), foot mixte, sans oublier les tournois de sixte lors des vacances de Pâques. Et bien sûr, la récente abomination commerciale de la Kings League.
Aux JO, j’ai découvert le rugby à 7 et le basket 3×3. Je ne peux pas me prononcer à ce sujet, mais je suis ouvert à toutes choses qui peuvent améliorer notre sport.
Par ailleurs, les fameuses lois du foot dit « à 11 », forme dominante notamment dans le haut niveau, n’ont cessé d’être amendées, modifiées ou adaptées, comme pour la règle du hors-jeu (avant 1925, il fallait trois joueurs adverses entre l’attaquant et le gardien) ou encore à travers l’interdiction, en 1992, pour le gardien de prendre à la main le ballon sur une passe en retrait. On s’en doute, l’une des tendances les plus singulières de ces dernières décennies, au fur et à mesure que le football devenait également une immense machine économique dopée surtout aux droits télé, consistait surtout à préserver ou encourager la dimension spectaculaire, et donc offensive, du jeu.
Le foot se joue à 11 contre 11… jusqu’à quand ?
Récemment, le sentiment d’être concurrencé, ou possiblement rattrapé, par d’autres disciplines (le MMA ou la NBA, par exemple), davantage calées sur les besoins des diffuseurs (pauses commerciales, phases intenses propices aux partages sur les réseaux sociaux), a provoqué un léger sentiment de panique chez les marchands du temple de la FIFA et autres instances du ballon rond. L’inquiétude ressurgit chaque fois qu’une compétition, que ce soit l’Euro, la CAN ou la Ligue des champions, se révèle décevante (peu de buts, de suspense, etc.) sur le fond du jeu.

La proposition de Michel Platini, au nom de l’amour du foot offensif, s’inscrit dans ce contexte. Elle possède toutefois la particularité de venir, pour une fois, égratigner la doxa de cette religion profane, qui en a assuré jusqu’ici la diffusion à travers le monde et le droit de compter parmi les loisirs plus populaires sur la planète. Le foot se joue à 11 contre 11, avec un gardien de but, durant 90 minutes sur un terrain aux dimensions bien déterminées. Une évidence désormais intégrée par tous sur l’ensemble du globe. Il faut donc se méfier de toutes les transformations, quelles qu’en soient les motivations, qui viendraient ébranler cette unicité fondamentale et universelle. Cette fameuse unité de lieu, de temps et d’action, si chère au théâtre, et de ce point de vue à Camus et Pasolini, et qui montre à quel point le foot se révèle vraiment parent très proche de cet art.
Enfin, une fois encore, cette tentation pseudo-réformatrice revient, comme avec la VAR et désormais l’IA dans l’arbitrage, à déposséder les joueurs et les arbitres de leur responsabilité et de leur droit. Le foot est d’abord leur œuvre collective, en bien ou en mal. Changer, ici non pas les règles, mais la configuration même de ce sport, conduit à appauvrir ce merveilleux impératif de la contrainte, stimulant l’essentiel de la créativité. Ce sont aux acteurs du terrain de trouver les solutions et d’y prendre plaisir pour conserver au football sa beauté et son pouvoir de séduction. Y compris en nous apprenant, à nous spectateurs, la patience et la frustration.
100 choses plus graves qu’une défaite du Paris Saint-GermainPar Nicolas Kssis-Martov





















































