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Bad Bunny et Booba : à chacun son couplet

Par Nicolas Kssis-Martov
4 minutes
Bad Bunny et Booba : à chacun son couplet

Booba au Parc des Princes avant PSG-OM, Bad Bunny à la mi-temps du Super Bowl : deux artistes ont fait le show dimanche soir de part et d’autre de l’Atlantique. Avec dans chaque cas une façon particulière de penser la place de l’artiste et de la politique dans le sport.

La prestation de Bad Bunny, devenu l’icône de l’opposition à Donald Trump, était extrêmement attendue à la mi-temps du Super Bowl. Déjà parce qu’il s’agit d’une tradition dans un pays où le sport s’est très vite inscrit dans la culture de l’entertainment, mais aussi parce que l’arrivée du « roi » des États-Unis au pouvoir a donné un nouveau sens à ce spectacle, tout comme Kendrick Lamar avait partiellement anticipé l’an dernier les drames que provoquerait l’élection de l’autocrate orange (quand tout le monde n’avait retenu que le règlement de comptes avec Drake).

Quelques heures plus tôt, à Paris, Booba entrait sur la pelouse du Parc des Princes en guise de préliminaire du Classico, afin d’enflammer le public avant le choc (partiellement réussi en raison de problème de sonorisation). La présence du Duc de Boulogne s’inscrit dans une dynamique récente du club, qui propose désormais des concerts en préambule de ses plus belles affiches (SDM l’an dernier contre l’OM). Cette démarche choque parfois et certains lui reprochent de trop « américaniser » notre football, sans en respecter la culture ni les habitudes.

Comparer les deux prestations est toutefois difficile (notamment en matière de moyens). Bad Bunny ne prenait pas parti entre les Seahawks, victorieux, et les Patriots en finale de la NFL. Le Portoricain était surtout venu porter une parole : « The only thing more powerful than hate is love » (La seule chose plus puissante que la haine est l’amour), dans la continuité de son discours lorsqu’il avait reçu le prix du meilleur album aux Grammy Awards (le tout premier hispanophone à le décrocher).

Pas le même registre

Bad Bunny est certes un showman, mais il est aussi en croisade dans une Amérique où il refuse de tourner, de peur que la « milice » de l’immigration ne vienne rafler le public aux portes de ses concerts. Cette problématique risque également de se poser durant la Coupe du monde de football. Donald Trump ne s’y est pas trompé et avait de toute façon décidé de boycotter la cérémonie avant de lâcher une de ses saillies racistes dont il a désormais l’habitude sur Truth Social : « Le spectacle de la mi-temps du Super Bowl est absolument épouvantable, l’un des pires de tous les temps ! Il n’a aucun sens, c’est un affront à la grandeur de l’Amérique et il ne représente pas nos standards de succès, de créativité ou d’excellence. Personne ne comprend un mot de ce que dit ce type, et la danse est répugnante, surtout pour les jeunes enfants qui regardent l’émission partout aux États-Unis et dans le monde entier. Ce “spectacle” est une véritable gifle pour notre pays. »

Rien d’équivalent du côté du Duc de Boulogne – sans être le Super Bowl, un Classico est clairement pourtant un point d’orgue de la Ligue 1 – qui a livré une commande pour son client, le PSG (à l’instar de son titre Ici c’est Paris, après la victoire en Ligue des champions). Sa performance s’inscrit dans une rivalité sportive qui trouve aussi un prolongement dans le rap, avec en face de lui Jul devenu l’ambassadeur de Marseille et de l’équipe de De Zerbi. Le message de Bad Bunny affirmait l’unité des peuples, pendant que des danseurs élevaient au-dessus d’eux les drapeaux de tous les pays qui composent l’Amérique. Booba, lui, a enfilé une cagoule avec l’inscription « Fuck l’OM ». Il aurait pu proposer une petite digression ou un clin d’œil – lui qui réside à Miami, ville ô combien latino – à ce qui se déroulait au Levi’s Stadium à Santa Clara, mais la ligne idéologique du personnage s’avère pour le moins nébuleuse.

La piraterie n’est jamais finie ?

Il n’empêche : la présence de ces deux artistes lors de ces moments forts de la vie sportive de leurs pays fournit un indicateur significatif des relations entre le sport, les cultures dites « urbaines » et la situation politique. Ils sont issus tous deux de l’immigration postcoloniale. Bad Buny est de Porto Rico, dont les 3,2 millions d’habitants bénéficient d’un passeport américain sans aucun des droits des citoyens américains, et qui reste clairement une colonie US. Booba, de son côté, assume toujours son héritage africain et l’histoire tragique qui l’accompagne, notamment l’esclavage. Dimanche soir, il a ainsi lâché « Faites du bruit pour le Sénégal et le PSG, on est ensemble » avant de chanter DKR, croisant les succès du pays d’origine de son père, devenu champion d’Afrique, et du club pro le plus proche de son fief de Boulogne, champion d’Europe.

Sachant aussi qu’Andrea Boccelli ne sera pas dispo pour toutes les cérémonies, l’exemple de Bad Bunny interroge surtout directement la France. Comment réagiraient nos rappeurs (Jul ou Booba pour demeurer dans l’antagonisme Marseille/Paris) en cas d’accession de Jordan Bardella au pouvoir, accompagné en tribune présidentielle de Rachida Dati et de Sarah Knafo à la tête de la mairie de Paris, s’ils devaient assurer le spectacle lors d’une finale de Coupe de France ?

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Par Nicolas Kssis-Martov

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