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Mbappé, un monde à reconquérir

Par Clément Gavard
6' 6 minutes
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Mbappé, un monde à reconquérir

Moins de quatre ans après avoir été un perdant magnifique au Qatar, Kylian Mbappé retrouve la Coupe du monde, la compétition qui l’obsède et l’avait fait roi en 2018. Pour le capitaine des Bleus, ce troisième Mondial doit être celui de la reconnexion avec une partie du public qui ne le supporte plus et donc une occasion d’écrire une belle histoire.

Kylian Mbappé n’a pas besoin de parler pour être omniprésent, partout, tout le temps. Pour la première fois depuis qu’il est sélectionneur de l’équipe de France, Didier Deschamps s’est pointé devant la presse sans son capitaine à la veille d’entrer dans une Coupe du monde. Le taulier était accompagné de N’Golo Kanté, le capi numéro 2, au MetLife Stadium, préférant éviter plusieurs heures de voiture à l’homme qui portera le brassard contre le Sénégal, ce mardi dans le New Jersey. Dans les débats, dans les têtes, sur nos écrans, à Paris comme à Boston, il n’y en a que pour Mbappé. Le joueur de 27 ans n’a pas la Ligue des champions ni le Ballon d’or, mais il a ce statut qu’il a toujours voulu – sans les paparazzis – et la sensation qu’on ne lui pardonnera rien en oubliant tout. Le revoilà devant son tournoi préféré et un nouvel Everest comme le tournant d’une carrière, celui qui doit permettre à Mbappé de redevenir le maître de son histoire.

Trois ans de désamour

Ce n’était même pas quatre ans en arrière : la finale de Lusail, le triplé animal d’un homme entré dans la légende en perdant et les ovations à Lens, à Rennes, et un peu partout dans l’Hexagone. « Nous reviendrons », avait promis Mbappé sur le réseau social connu pour son oiseau bleu à l’époque. Il revient, avec les Bleus dont il est le capitaine, dans la compétition qui l’avait couronné roi à 19 ans. Sans l’euphorie mélancolique de janvier 2023 ni l’étiquette de super-héros français. Entre la fin de son aventure avec le Paris Saint-Germain, depuis sacré deux fois champion d’Europe, ses déclarations, ce qu’il est et ce qu’il représente, Mbappé a perdu des fans et gagné des haters. Il le sait et c’est peut-être le plus triste dans l’histoire. « Président de la République ? Non, je suis assez détesté comme ça », se marre-t-il pour répondre à une boutade dans Le Parisien. Accepter d’être le mal-aimé, quelle drôle d’idée.

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Pourtant, en ce froid lundi de décembre 2022, sur la place de la Concorde, il n’y avait que de l’amour à donner aux Bleus et à Mbappé à leur retour du Qatar. De l’eau a coulé sous les ponts, des matchs ont passé, Antoine Griezmann est parti un peu fâché et le numéro 10 tricolore a fait des erreurs, de sa conférence de presse je-m’en-foutiste au Parc des Princes en septembre 2024 (« ce que pensent les gens, c’est le cadet de mes soucis ») aux quiproquos autour de ses absences à certains rassemblements. Ce n’est plus Kyky de Bondy, le gamin bluffant de Monaco, c’est Kyks du Real Madrid, son manque d’implication défensive et ses rendez-vous manqués. Tout serait, maintenant, de la faute de Mbappé : les deux saisons blanches des Merengues, les mauvaises perfs de son pote Ousmane Dembélé chez les Bleus et tout le reste. L’attaquant a son rôle, mais ne peut pas être le responsable de tout ce qui flanche.

Cause toujours

Il y a son histoire en clubs et celle avec l’équipe de France, deux narratifs bien différents. Cette Coupe du monde 2026, sa troisième, doit être celle de la reconnexion. Elle peut passer par sa communication, un exercice toujours périlleux quand on s’appelle Mbappé et que chaque intervention, chaque phrase, chaque mot sont décortiqués pour lui faire dire ce qu’il n’a peut-être pas eu envie de dire. En 2022 au Qatar, il avait fait le choix de se murer dans le silence, se limitant aux trois questions obligatoires après son trophée d’homme du match contre la Pologne en huitièmes de finale. Ce ne sera pas le cas cet été et Mbappé n’avait même jamais autant causé.

C’est la première fois de ma vie qu’un record me paraît irréel. On est là avec Léo, on va venir gratter la nuque de Klose.

Kylian Mbappé

On l’a vu dans Vanity Fair au printemps, avec une sortie contre le RN qu’on a envie de féliciter, mais aussi en train de jouer de la flûte ou de se déguiser chez James Corden, de se souvenir du bon vieux temps avec son ex-partenaire de Monaco Valentin Liénard dans le cadre d’un partenariat avec Sorare. Plus formel : Mbappé a fait un passage sur M6, une présentation du groupe France dans L’Équipe – comme dans Ouest-France avant le dernier Euro – et a lâché quelques confidences au Parisien en répondant aux questions de ses copains de l’équipe de France, du staff ou de ses proches. Comme s’il avait besoin de s’ouvrir (un peu), de parler, de partager avec cette partie du public qui ne le comprend pas ou plus. Lui dit que c’est ainsi en France, le pays qui aime brûler ses idoles après les avoir aimées et avant de les aimer à nouveau.

Klose toujours

C’est sur le terrain que Mbappé doit justement redevenir une idole absolue – attention, sa cote de popularité reste immense. Il pourrait devenir le meilleur buteur de l’histoire des Bleus pendant la compète (il est bloqué à un but d’Olivier Giroud depuis trois matchs de disette, une éternité pour lui). Il est déjà meilleur passeur (34 offrandes, une de plus que Griezmann et neuf devant Zidane) et il deviendra face à l’Irak, si tout va bien, le dixième joueur à atteindre la barre des 100 sélections en plus de 100 ans d’histoire de l’équipe de France. Il est déjà un monument de cette sélection, sans disposer de l’aura de Zizou et de l’unanimité autour de lui.

« Je sais qu’il n’y a pas d’émotion plus forte que de gagner la Coupe du monde », répète-t-il dans Le Parisien. Il n’a jamais caché son obsession pour cette grand-messe du foot des nations, dont il pourrait aussi devenir le meilleur buteur, cet été ou plus tard, après s’être consolé avec ce titre honorifique lors de la dernière édition (8 pions en 7 matchs). « C’est la première fois de ma vie qu’un record me paraît irréel, assure-t-il. Moi, je suis à combien ? 12 ? Messi à 13 et Klose à 16. On est là avec Léo, on va venir gratter la nuque de Klose. » Il doit pourtant accepter de ne pas être le sauveur : c’est avec les autres qu’il avait vu la vie en doré en 2018, et Griezmann, comme d’autres, avait été immense jusqu’à sa finale ratée en 2022. Cela doit être la France de Mbappé, Dembélé, Olise, Doué, Upamecano et Tchouaméni, pas celle du seul Kylian. C’est ainsi qu’on écrit une belle histoire.

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Par Clément Gavard

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