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Malo Gusto : de quoi relever le niveau ?

Nouvel élément dans le deck de Didier Deschamps, Malo Gusto pourrait durablement s’installer dans le couloir droit des Bleus pendant cette Coupe du monde. Une belle consécration pour celui qui se voyait rugbyman.
Le 13 octobre 2023, la France s’imposait sans trembler aux Pays-Bas (1-2). Une victoire synonyme de qualification pour l’Euro 2024 dont Malo Gusto se souvient certainement, puisqu’il fêtait sa première cape ce soir-là. Pourtant, son entrée en jeu à dix minutes du terme n’a rien eu de vraiment flamboyant. Débordé au propre comme au figuré, Gusto voyait les ailiers néerlandais filer comme des balles dans le couloir droit, puis son vis-à-vis, Quilindschy Hartman, réduire la marque pour les Oranje sur ce même côté.
Coïncidence ou non, cette première chaotique est alors restée sa seule sélection pendant plus d’un an. Jusqu’à cette saison 2025-2026, où l’Isérois a fini de briser tous ses plafonds de verre pour devenir l’une des options privilégiées de Didier Deschamps en défense et l’une des valeurs sûres de nos 26 mondialistes. « Je suis là pour jouer » glissait-il d’ailleurs à l’annonce de la liste. Mais alors, l’équipe de France a-t-elle enfin (re)trouvé son prochain latéral droit ?
Un défenseur tout-terrain
Le début de réponse est à trouver dans cette saison, au cours de laquelle Gusto a trouvé la plénitude. Si Chelsea s’est foiré dans les grandes largeurs, force est de constater que le Français a été l’un des catalyseurs des rares bonnes performances du club. En chiffres, il en est l’un des deux défenseurs les plus utilisés (49 matchs, juste derrière Marc Cucurella), ayant surtout été épargné par des pépins physiques longtemps préjudiciables. Indiscutable sous Enzo Maresca puis Liam Rosenior, le défenseur s’est même offert le luxe de passer devant son capitaine Reece James dans la hiérarchie. La régularité, Malo Gusto la doit à une forme physique enfin optimale, mais surtout à une polyvalence dont il a su tirer le meilleur pour aujourd’hui trouver sa place en sélection. Car dans ce duel pour le couloir droit avec Jules Koundé, l’ancien de l’OL a en sa faveur un profil « dragster », qui lui permet d’avaler les mètres et d’apporter un danger constant, tout en assurant ses arrières grâce à de « grosses capacités athlétiques » ajoute Amaury Barlet, l’un de ses formateurs à Lyon. Difficile d’en écrire autant sur Koundé, dont les derniers mois de compétition ont ressemblé à une petite galère.

Dans ce contexte empli de confiance, Gusto aurait donc de quoi remercier Maresca. Avant d’être injustement lourdé de Londres, l’Italien a pris le temps de faire du défenseur un joueur tout terrain, chargé de quitter son couloir en phase offensive, pour se retrouver dans le cœur du jeu. En visionnant les matchs de Chelsea, on ne compte d’ailleurs plus le nombre d’actions achevées avec Gusto dans la surface adverse. Pas plus étonnant que de le voir débuter six rencontres dans un rôle plutôt axial (quatre en milieu droit, deux en récupérateur). La résultante d’une formation lyonnaise réalisée à tous les postes, qui lui permet aujourd’hui de sortir du lot. « Peter Bosz a accepté que Malo fasse des erreurs, concède Éric Hély, entraîneur en U19 rhodaniens. Ça allait peut-être trop vite pour Malo à un moment, il avait encore besoin de s’améliorer défensivement. » Le voici aujourd’hui devenu essuie-glace.
Le rugby, Gouiri et la Cristalline
Ce jeu offensif, Gusto aurait en réalité pu y goûter avec le rugby. Né à Décines, d’un père acheteur pour la SNCF et d’une mère directrice d’association pour personnes âgées et handicapées, il grandit dans la commune boisée de Villefontaine (Isère), place forte du ballon ovale rhônalpin. Du paternel, Philippe – ancien rugbyman amateur – le jeune Malo hérite d’un attrait rugby fort, qu’il prolonge en prenant une licence au club local de l’Avenir XV. « Il était très doué. Je pense qu’il aurait pu faire un très bon trois quarts centre », réécrit Philippe Gusto. Pas de quoi faire frémir le fiston qui touche à tout, dont l’athlétisme, avant de se focaliser sur le football à 12 ans. Via un essai au poste d’attaquant à Bourgoin-Jailleu, avec Amine Gouiri, le talent du gone prend forme, malgré certaines confusions : « Comme j’avais de longs cheveux, les gens venaient voir mes coachs ou mes parents et disaient : “Votre fille est forte, elle est meilleure que tout le monde”. Tout le monde me prenait pour une fille, ça me rendait fou. »
En entretien, il m’a dit qu’il voulait être milieu, et que son second poste c’était arrière-droit. Je l’ai vu jouer, et je lui ai dit : “Écoute-moi, si tu joues arrière-droit, tu réussis. Si tu veux jouer en DH, reste au milieu”.
Bourgoin est un déclic, offrant à Malo le plaisir des premiers tournois, puis le sérieux des détections. Repéré par Amaury Barlet, alors en charge des U13 de l’OL, Gusto intègre une académie dont il franchit les étapes en quatre petites années. Arrivé en tant qu’élément offensif à Lyon, l’ado recule au fil du temps et à mesure que ses caractéristiques techniques se dessinent : « Il a été recruté de Bourgoin en tant que milieu offensif, puis il est passé milieu relayeur, rejoue Barlet, qui se souvient également du point de bascule. Les U17 nationaux n’avaient plus de latéral droit, je propose donc le nom de Malo pour le poste. Il me paraissait le mieux adapté, au vu de ses qualités athlétiques et de projection. »
Avec ce dépannage, Malo Gusto lance en réalité sa carrière, en dépit d’une certaine frustration générée par l’abandon de ce rôle de milieu, comme le souligne Éric Hély, coach en U19 : « En entretien, il m’a dit qu’il voulait être milieu, et que son second poste c’était arrière-droit. Je l’ai vu jouer, et je lui ai dit : “Écoute-moi, si tu joues arrière-droit, tu réussis. Si tu veux jouer en DH, reste au milieu”. » Boosté par de jolies perfs en Youth League notamment, le néo-latéral grille aussi les temps de passage grâce à une attitude de pro, Amaury Barlet décrivant un ado sans excès, qui se baladait « toujours avec une bouteille de Cristalline à la main. » La suite, c’est la signature d’un contrat pro le 17 décembre 2020 et des débuts le 24 janvier suivant lors d’une manita claquée à l’AS Saint-Étienne.
L’appel de Londres
L’apprentissage en Ligue 1 dure six mois, avant d’intégrer le onze dès la saison 2021-2022. Mais entre élongations et douleurs aux ischios, le latéral manque une bonne partie de l’exercice suivant, ne se contentant que de coups d’éclat : contre l’OM en aller-retour, face à West Ham en quarts de Ligue Europa ou dans une remontée folle devant Montpellier (5-4). Chelsea, malade depuis la fin de l’ère Roman Abramovitch, succombe à ce bilan sporadique et dégaine un chèque de 30 millions d’euros en janvier 2023. La conséquence de la fièvre acheteuse de son nouveau propriétaire Tedd Boehly (treize recrues cette année-là), combinée à une politique de prospects bordélique. Ce nouveau monde, Malo Gusto l’apprivoise alors au gré des blessures (genou, cuisse), et finit par en sortir vainqueur aux côtés de Moisés Caicedo, Marc Cucurella et Cole Palmer. Pierre angulaire de ce Chelsea naviguant à vue, le quatuor forme la colonne vertébrale d’une équipe qui finit par se stabiliser, tant bien que mal. « Ces joueurs-là, dès qu’ils ont une brèche, ils s’engouffrent. C’est un truc de fou. Dès leur premier match, ils ne se ratent pas et ils ne ressortent plus de l’équipe ensuite », hallucine Hély en décrivant l’évolution de son protégé.
Malo Gusto was everywhere on the right for @ChelseaFC at St Mary's 🥵 📊 @Oracle | #SOUCHE pic.twitter.com/JcmQQO0JFB
— Premier League (@premierleague) December 4, 2024
Coïncidence ou non, là aussi, la période 2024-2025 marque le retour du défenseur en équipe de France. Doublure de Jules Koundé, Gusto intègre définitivement le groupe à l’issue de la défaite spectaculaire des Bleus face à l’Espagne en Ligue des nations (5-4). Entré en jeu avec son pote Rayan Cherki, le latéral a fait parler ses qualités offensives (poussant Dani Vivian à marquer contre son camp), et rassuré Deschamps dans son choix de l’imbriquer à un fonctionnement que l’on pensait hermétique d’après Barlet : « On peut s’autoriser un autre système de jeu par moments : 3-5-2, 3-4-3. Et là, pour moi, les profils idéaux, ce sont les Hakimi, les Nuno Mendes, les Malo Gusto, qui sont des athlètes de très haut niveau. » Depuis ce match contre l’Espagne, l’intéressé n’a d’ailleurs manqué que deux rencontres sur les onze disputées par la France jusqu’ici.
Maintenant, je veux qu’on parle de Malo le défenseur, et non plus du contre-attaquant.
L’esquisse du terrain rattrapé sur Koundé, confirmée par sa prestation contre Brésil lors de la trêve de mars. « Je dirais même qu’avec Jules Koundé, ils sont dans la complémentarité plus que dans le duel, analyse Landry Chauvin, qui l’a vu gabader en équipe de France U19. C’est bien pour Didier Deschamps. Si la France joue face à de vrais ailiers, alors il faudra certainement aligner Koundé. Si c’est un piston, alors ce sera pour Malo. » Ne restent finalement que deux interrogations : quel axe de progression espérer pour Gusto et pourra-t-il un jour s’imposer en Bleu ? « Son apport offensif est naturel, plus spontané. Le fait qu’il ait élargi sa palette sur le plan défensif en fait un latéral encore plus complet qu’avant », répond Éric Hély, rejoint par Chauvin : « Là où il est le plus fort, c’est pour couper la trajectoire de course de l’attaquant, une fois qu’il l’a rattrapé, il n’a plus qu’à gérer. Quand il était plus jeune, il pouvait aussi tenter des choses superflues. Mais il a gommé tout ça. Maintenant, je veux qu’on parle de Malo le défenseur, et non plus du contre-attaquant. » En deuxième mi-temps face à la Côte d’Ivoire, ce jeudi, il s’est ainsi montré solide dans un rôle quasi exclusivement défensif, quand le couloir gauche de Lucas Digne prenait l’eau. De quoi illustrer la montée en puissance décrite tout au long de ce portrait. Chauvin y croit en tout cas : « Jusqu’ici, en dehors de Jules Koundé, le seul prétendant au poste était Jonathan Clauss. Aujourd’hui, il n’est plus là…» À Malo Gusto d’y croire encore plus.
Bleus : liberté, égalité, humilitéPar Adel Bentaha et Vincent Miffon
Tous propos recueillis par AB et VM, sauf ceux des Gusto tirés de RMC Sport, du Parisien et de Onze Mondial.


















































