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L'AJ Auxerre, son ADN c'est la Ligue 1

En ballotage défavorable face à Nice et au Havre au coup d’envoi de la dernière journée, l’AJ Auxerre a finalement bouclé sa saison sur la pelouse du LOSC par un troisième succès d’affilée, synonyme de maintien direct. Les supporters icaunais ont vécu une soirée au-delà de leurs espérances et se voient récompensés de leur soutien sans faille.
Arrivés à l’aire d’autoroute où les attendent l’escorte de police qui les accompagnera jusqu’au Stade Pierre-Mauroy, les plus de mille supporters auxerrois ont du mal à croire le dispositif mis à leur disposition pour parcourir les trois quarts d’heure de route restants jusqu’à Villeneuve-d’Ascq. Près d’une quinzaine de véhicules et quelques motos ouvriront la route aux onze bus affrétés pour l’occasion. Enorme, d’un côté comme de l’autre. Logique aussi : au terme d’une saison ratée sur le plan sportif, la fidélité et le soutien du public icaunais ne se sont jamais démentis et ce déplacement à Lille est là pour le prouver.
Dans le parcage bourré à craquer, les drapeaux bleu et blanc claquent au vent sans discontinuer. Ceux qui ont les mains libres les utilisent pour applaudir à tout rompre ou pour jeter un œil sur l’évolution du score des matchs Lorient-Le Havre et Nice-Metz, décisifs dans la course au maintien. C’était le début d’une soirée à graver dans la grande histoire de l’AJA, un petit club qui ne cessera jamais de surprendre et de rappeler qu’il occupe une place de choix dans l’histoire du football français.
Mettre les mains dans le cambouis
Au coup d’envoi, l’AJA n’avait pas complètement son destin en main pour se maintenir directement. Malgré deux succès importantissimes engrangés face à Angers, puis au Gym, les Bourguignons pointaient à une longueur derrière le HAC et comptaient le même nombre de points (31) que les Aiglons. En cas de revers face à une équipe de Lille supérieure sur le papier, ils auraient logiquement terminé à cette place de barragiste qui leur était prédestinée, ayant passé 25 journées sur 34 dans la zone rouge et affronté Saint-Etienne, ce même club qu’ils avaient envoyé en Ligue 2 il y a quatre ans.
On va le vendre 50 millions au Bayern demain et je suis prêt à l’y amener moi-même !
Personne n’avait donc vraiment envie de tenter le sort et malgré le souvenir du match aller face aux Dogues, qui avaient battu Auxerre juste avant Noël dans un scénario typique pour les joueurs de Christophe Pélissier (résister, marquer, puis s’effondrer et finalement perdre) cette saison, pas question d’avoir des complexes. Le meilleur moyen d’obtenir ce maintien était d’aller chercher soi-même.
L’assaut Sinayoko
Au vu de l’état de nervosité affiché par les locaux sur le terrain, tout portait à croire que Bruno Genesio ne les avait volontairement pas tenus au courant du score de Lyon-Lens à la mi-temps (0-3), déterminant pour le dernier ticket direct pour la Ligue des champions que défendait le LOSC. Le parcage lui, jubilait en voyant – de loin et malgré un énorme filet de protection – Lassine Sinayoko ouvrir officiellement le score en première période après un but refusé à Sinaly Diomandé pour une position de hors-jeu. Puis, après un second acte passé à repousser les assauts lillois, conclure superbement une contre-attaque à la dernière minute et faire le break pour permettre à son club formateur de valider sa présence en Ligue 1 pour une 36e saison. Score final : 0-2, l’AJA est bien allée chercher son maintien toute seule, comme la grande dame du championnat de France qu’elle est.
😂 Lassine Sinayoko : "Si on avait commencé comme on avait fini, on aurait peut-être joué le titre." La bonne humeur du buteur malien 🇲🇱 après le maintien de l'@AJA ! pic.twitter.com/ZsdQlQb2NT
— L1+ (@ligue1plus) May 17, 2026
« Si on avait commencé la saison comme on l’a finie, on aurait peut-être pu jouer le titre », se marrait le héros du soir au micro de Ligue 1+. Du soir ou de la saison ? Plutôt la seconde option en réalité. Si Christophe Pélissier a prouvé une fois de plus qu’il est le plus grand faiseur de miracles du foot hexagonal avec ce sixième maintien obtenu depuis le début de sa carrière, qui plus est avec un effectif sans profondeur et miné par les blessures à répétition, « Lasso » a été le facteur X qui a permis de faire la différence sur le plan comptable. Ses 12 buts inscrits (ce qui est peu pour un attaquant pur, convenons-en, mais représente tout de même 35% du total des pions marqués par l’AJA, 34) ont souvent permis à son équipe de repartir avec des points précieux et évitent au joueur de 26 ans de lui faire ses adieux après une relégation en Ligue 2.
Demain c’est pas loin
Car oui, à peine la saison est-elle terminée que les supporters auxerrois savent qu’il faudra dire au revoir à l’un de leurs chouchous. « On va le vendre 50 millions au Bayern demain et je suis prêt à l’y amener moi-même ! », se marre un ultra en remontant dans le bus. Plus pragmatiquement, Lassine Sinayoko ne partira pas pour 50 millions et il y a peu de chances de le voir évoluer sous le même maillot que Michael Olise à Munich, mais il partira. Déjà fortement courtisé par Nice et Lens au dernier mercato, l’international malien, dont le contrat se terminait en juin 2026, a eu la classe de prolonger pour un an cet hiver, histoire de ne pas poursuivre son destin sans garnir au passage les caisses du club qui l’a révélé.
Après la vente lucrative de Rudy Matondo (15 millions d’euros) au Paris FC en février dernier, la direction auxerroise pourra réaliser un joli coup financier en cédant son joyau, avant de se regarder en face et analyser franchement l’échec de la politique sportive qui a caractérisé cette saison 2025-2026. Si Christophe Pélissier continue l’aventure sur les bords de l’Yonne (il lui reste un an de contrat), il aura besoin de renforts à tous les postes pour compenser les potentiels retours de prêt (Namaso, Mara, El Azzouzi, Faivre…) et compléter l’ossature qu’il a bâtie aux forceps en cessant de se casser la tête journée après journée pour composer un XI de départ. L’AJA, dont le stade va bientôt voir sa capacité monter de 17 500 à 20 000 places, a l’ADN d’un club de Ligue 1 et le potentiel pour s’y maintenir à long-terme. Avant de rêver plus grand. Les supporters en sont convaincus, ils attendent désormais qu’on leur donne raison.
Lassine Sinayoko : « On aurait peut-être joué le titre ! »Par Julien Duez, à Villeneuve-d’Ascq


















































