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Assiste-t-on à la naissance d'une Génération PSG ?

Par Ulysse Llamas
5' 5 minutes
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Assiste-t-on à la naissance d'une Génération PSG ?

Comme Reims dans les années 50, Saint-Étienne dans le 70's, Marseille dans les 90's et Lyon au début des années 2000, Paris est en train d'entrer dans les cœurs de nombreux jeunes français, et pas que dans la capitale. Nés après 2005, ils se mettent à rêver d'Ousmane Dembélé et à ne jurer que par la Ligue des champions.

Pour eux, l’adhésion au PSG coule de source. « C’est normal, c’est la meilleure équipe », récitent-ils en cœur, qu’ils viennent d’Angoulême, du Puy-en-Velay ou de région parisienne. Les célébrations à Clermont-Ferrand, Rennes et partout en France l’ont montré : on peut être fan du PSG sans être de Paris. On peut découvrir le football par les dribbles d’Ousmane Dembélé, de Kvicha Kvaratskhelia et de leurs potes. Depuis deux saisons, leurs victoires s’insèrent dans les imaginaires et attirent de nombreux nouveaux supporters. Au point de parler de génération PSG ?

Hégémonie culturelle

« Une génération se définit d’abord par deux choses : une classe d’âge et une problématique commune à cette classe d’âge », pose l’historien François Da Rocha Carneiro, récent auteur d’Un peuple et son football : Une histoire sociale. La classe d’âge ? Les ados et plus jeunes, biberonnés aux succès européens du PSG. La problématique commune ? Leur ferveur pour le PSG. Plusieurs raisons expliquent cet attrait. Les succès sportifs tiennent une grande part, bien sûr. Grâce à eux, de nombreux jeunes, dans les cours d’écoles, rêvent d’imiter les plus grands. La qualité des joueurs est également à prendre en compte, au même titre que leur dimension attachante. D’autres, enfin, entendent majoritairement parler du PSG et souhaitent participer à un moment d’euphorie collective. « Le PSG réussit le pari du récit, dépeint Da Rocha Carneiro. En enterrant le bling-bling des années Neymar, le club a gagné en humilité. Celle-ci est incarnée par l’entraîneur Luis Enrique, un hommes de souffrances. Avec ce récit, un fan peut plus facilement oublier tout l’argent mis pour arriver. »

Plus que le championnat, la Coupe d’Europe rassemble beaucoup plus de supporters.

Christian Lopez, défenseur de Saint-Étienne en 1976. 

Plus que la Ligue des champions, Paris a remporté une victoire culturelle. C’est ainsi qu’on voit fleurir des lunettes de ski ou des bandes Hechter partout. Pas besoin de connaître Patrick Colleter ou Mateja Kežman : pour cette jeune génération, le PSG projette dans l’imaginaire le luxe, la réussite et placent la capitale française sur la carte du monde du foot. « Plus que le championnat, c’est la Coupe d’Europe qui nous a fait changer de dimension, pose Christian Lopez, fer de lance de Saint-Étienne, finaliste de la coupe d’Europe en 1976. Elle rassemble beaucoup plus de supporters. Après 1976, on avait des fans partout en France, peu importe où on allait. » 

Un jeune cool.
Un jeune cool.

Identités multiples

Il y aurait donc une génération PSG comme il existe une génération Saint-Étienne. Christian Lopez répond par l’affirmative, quand François da Rocha Carneiro ajoute un élément de définition : la génération présente un « caractère monolithique », une homogénéité. « Dans l’histoire des clubs français en coupes d’Europe, on observe que d’autres clubs sont entrés en dissidences avec les vainqueurs. Quand Reims, dans les années 1950, transmet des émotions, des Français adorent aussi Nice, voire Lille. Quand Saint-Étienne gagne, dans les années 1970, beaucoup vibrent pour Nantes. En ce qui concerne la génération OM, des clubs comme Monaco, Bordeaux ou Paris participent à ces dissidences. » Ce PSG des années 2020, qui cadenasse l’élite du football français, monopolise les jeunes fans, mais certaines dissidences subsistent : l’OM reste l’adversaire numéro 1 du PSG, l’OL a encore une génération de fans et Lille reste le principal concurrent du PSG en Ligue 1. Plus récemment, Lens réussit également son récit.

« À mon top, dites Dominique Rocheteauuuuuuuu »
« À mon top, dites Dominique Rocheteauuuuuuuu »

Aussi, chaque génération projette ses imaginaires. « Reims renvoie à la période de la construction européenne du foot, remet François Da Rocha Carneiro. Saint-Étienne, c’est davantage la génération qui découvre l’Europe, celle des jumelages et des rencontres, le tout aidé par la télé en couleurs. Marseille, c’est la conquête de l’Europe, celle de Maastricht et de la naissance de la Ligue des champions, et sans assise locale. » Le PSG profite d’un autre attrait : l’entrée dans une nouvelle phase de l’évolution du football. Le club incarne « la conquête du monde. C’est la victoire de la capitale et de la ville mondiale. »

Au point que ce succès signifie la fin des particularismes ? Pas forcément, car la polygamie des clubs n’est pas inenvisageable. « Le global ne va pas forcément signifier la perte du local. On n’est pas des monolithes », précise François Da Rocha Carneiro. Il n’y a rien de compliqué, à l’ère des identités multiples, qu’un jeune angevin (par exemple) se prenne de passion pour le PSG. « L’affirmation du PSG en Europe fait peut-être qu’on perdra plus de fans du Barça et du Real Madrid. On renationalise peut-être le supportérisme à distance, estime plutôt François Da Rocha Carneiro. D’autant plus que le PSG ne joue plus dans la même catégorie en France. » Christian Lopez, lui, trouve incroyable d’avoir toujours autant de fans des Verts, même cinquante ans après. « On parle plus de nous que de l’équipe actuelle, mais il y a peu de chances de croiser des maillots du PSG à Saint-Étienne », sourit-il. 17 000 personnes étaient à Geoffroy-Guichard pour assister à un jubilé des Verts ce week-end. Seront-ils autant au Parc des Princes en 2076 ?

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Par Ulysse Llamas

Tous propos recueillis par Ulysse Llamas.

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