- C1
- Finale
- PSG-Arsenal (1-1, 4-3 T.A.B.)
Le triomphe du PSG n’est pas celui du football français

Pour Vincent Labrune, le nouveau sacre européen du PSG est « un signal fort adressé à l’ensemble du foot français ». Pour d’autres, cette deuxième Ligue des champions est la victoire du foot hexagonal. La réalité du Paris Saint-Germain n’est pourtant pas celle des autres.
La finale de la Ligue des champions entre le PSG et Arsenal avait rendu son verdict depuis moins d’une heure que Vincent Labrune diffusait un message comme un mirage. « Pour la deuxième année consécutive, le Paris Saint-Germain est champion d’Europe et c’est une fierté immense, ainsi qu’un signal fort adressé à l’ensemble du football français et européen, posait le patron de la LFP, relayé dans L’Équipe, dans son costume de VRP. Deux titres consécutifs, cela valorise une Ligue, mais aussi un modèle tout entier : nos formations, nos diffuseurs, nos partenaires. C’est une base solide sur laquelle nous allons continuer à construire, car la saison 2026-2027 s’ouvrira avec des ambitions renforcées, sept clubs français qualifiés en Europe, et une position dans l’indice UEFA qui nous permet de nourrir de grandes ambitions collectives. »
Dans la foulée, après avoir eu un mot pour les joueurs de la Ligue des talents en route vers la Coupe du monde, il en a remis une couche, parce qu’il n’y a jamais assez de confiture sur la tartine : « Vous portez avec vous une part de ce football français (les mondialistes) qui, ce soir encore, a prouvé qu’il comptait parmi les meilleurs du monde. » Le triomphe du PSG serait donc celui de tout le foot hexagonal, qui a gagné plus de C1 sur les 364 derniers jours grâce à la machine de Luis Enrique qu’au cours des 25 188 précédents (Opta). Ce serait celui de Paris, mais aussi des autres. Les assoiffés d’optimisme et de belles histoires pourront bien plonger la tête la première dans ce storytelling, quand les autres feront seulement face au désert que cette oasis qu’est le PSG ne peut ni cacher ni sauver.
La réalité du PSG et celle de la Ligue 1
À la tête de la LFP depuis 2020, Labrune n’est pas responsable de tous les maux du football français (d’une bonne partie quand même), mais il ne peut pas faire l’aveugle. C’est le paradoxe de ce milieu des années 2020, où un club évoluant en Ligue 1 impose son hégémonie en Europe dans un contexte de crise économique inédit depuis le début du siècle. Le PSG, dont l’organisation sportive est plus ibérique que française, n’est pas le foot français. Il n’en est même pas son représentant. Le double champion d’Europe est dans un autre monde, une bulle et son vrai championnat s’appelle la Ligue des champions. Cette consécration continentale, c’est le succès du Paris Saint-Germain, un club richissime – comme ses principaux rivaux européens –, adossé à un État et ce n’est pas être médisant que de l’écrire : c’est une réalité. Cela n’empêche pas de louer le travail d’un staff, le visage d’une équipe et la transformation d’un club qui a compris comment gagner.

L’autre réalité, c’est celle vécue par les autres. En Ligue 1, en Ligue 2 et aux échelons inférieurs. Celle d’un monde amateur toujours plus fragilisé, qui voit disparaître des clubs chaque année et doit compter chaque barre de Mars au foyer (une situation déjà évoquée dans une question écrite au Sénat en 2020 au moment du Covid). Celle d’un monde professionnel plombé par l’interminable crise des droits TV, rapprochant davantage la L1 des championnats belges et néerlandais que des quatre prestigieux voisins.
Les clubs devraient après cette saison se partager une centaine de millions d’euros, laissant au champion de France un peu plus de 10 patates et environ 3 millions d’euros à Metz, le dernier de la classe. À l’arrivée du Qatar à Paris et dans le foot hexagonal, les droits TV de la L1 s’élevaient à 688 millions d’euros ; il y a dix ans, on fêtait un record avec 726,5 millions d’euros sur la période 2016-2020. La Ligue 1 n’est pas encore le championnat slovène, comme le prédisait Labrune, mais elle n’a pas non plus le milliard, comme le patron de la Ligue l’attendait. Il voit aujourd’hui les clubs être contraints de dire au revoir à leurs meilleurs joueurs et le meilleur entraîneur de la cuvée 2025-2026 estimer qu’il a besoin d’aller voir ailleurs pour donner une autre dimension à sa carrière.
Le foot français, cela doit aussi être les autres
La chute est drastique, inquiétante et c’est tout un écosystème, plombé par les ego et les erreurs, qui est en danger. Le back-to-back du PSG en Ligue des champions ne devrait pas y changer grand-chose, l’euphorie n’est pas contagieuse et le ruissellement n’existe pas. Ce n’est pas toujours de la faute du club de la capitale – les autres ont aussi le droit de ne pas faire n’importe quoi –, mais l’écrasement du championnat par une superpuissance ne peut jamais être une bonne nouvelle (38 trophées sur la scène nationale depuis 2012, 15 pour les autres). Les dirigeants des autres clubs n’ont pas le luxe de se planter en dépensant 55 millions d’euros sur un gardien, 67 millions sur un défenseur ou 75 millions sur un attaquant. Le PSG, si. Les dirigeants des autres clubs, au moins une bonne partie, appréhendent le passage devant la DNCG et commencent l’été en espérant faire de grosses ventes avant de penser aux achats. Le PSG, non.
Paris a le droit d’être sur son nuage, mais il ne peut pas oublier tout le reste. Il ne peut pas faire comme si cela n’existait pas. Il ne peut pas imposer son état de grâce aux autres, faire comme si la crise n’était pas là, comme si la Ligue 1 pouvait suivre les pas de son maître. Elle n’en a pas les moyens. L’actualité, c’est la crise de la gouvernance et les députés, accompagnés par plusieurs clubs, qui enchaînent les tribunes pour appeler l’Assemblée nationale à examiner la proposition de loi relative au sport professionnel pour pouvoir lancer une réforme (un sujet qui irrite le PSG). Le foot français, ce sont ces autres supporters qui ne vibrent que pour leur club, qu’il s’appelle l’OM, l’OL, Rennes, Nantes, Saint-Étienne, Guingamp, Sedan, Bordeaux, Caen et le reste qu’on n’aura pas le temps de citer. Aimer son club, c’est une histoire de cœur, d’enfance, de territoire, de culture, et tant pis si le bonheur est si rare. Ce sont bien deux mondes différents que l’on peut difficilement rapprocher, même dans la victoire, même dans la joie, même dans l’historique. Le foot français a sans doute besoin du Paris Saint-Germain, mais il a surtout besoin des autres, en meilleure santé, pour continuer à exister.
Ce qu’a dit Marquinhos à Gabriel après son tir au but raté face au PSGPar Clément Gavard




















































