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Back-to-back vers le futur

En remportant une deuxième Ligue des champions de rang, le PSG a définitivement brisé son plafond de verre et appartient désormais aux grands d’Europe. La faute à un coach, Luis Enrique, qui a rationalisé le club le plus hystérique d’Europe et apporté une sérénité à tous les niveaux. Un miracle qui fait du bien.
Quelle saveur a un back-to-back en Ligue des champions quand on a connu le fiasco de Haïfa, le set de tennis contre la Juventus, le contrôle raté de Christophe Revault à Munich, la séance de tirs au but irrespirable contre les Rangers, le triplé de Sergueï Semak au Parc des Princes ? Immense. Unique. Indélébile. La première victoire dans la compétition reine a un goût particulier, teinté d’émotion, de douceur, de découverte, de dépucelage. Remettre le couvert aussi vite était envisagé, mais cela semblait plus relever de la douce utopie. Plus d’effet de surprise. Plus de pièce qui tombe constamment du bon côté. Plus d’Ousmane Dembélé qui se transforme en Gerd Müller.
Après tout, ce n’est pas un hasard si, à part le Real Madrid de Zidane, aucune équipe n’avait réussi à conserver sa couronne européenne depuis la chute du mur de Berlin. Il faudra maintenant ajouter le Paris Saint-Germain de Luis Enrique, qui a recommencé sa folie conquérante. Certes, la finale est moins dominatrice que face à l’Inter en 2025, mais l’issue reste la même : Marquinhos et ses dents blanches ont ramené la coupe aux grandes oreilles dans la capitale. Encore.
La fin de l’hystérie
Les fans du PSG ont accueilli la première victoire comme une bénédiction. Comme un dû après tant d’années de moqueries et de ratés européens. Personne ne peut enlever cela aux Parisiens, qu’ils soient fans du PSG depuis l’arrivée des Qataris ou depuis Jean-Pierre Dogliani, Dominique Baratelli, Jean-Luc Sassus ou Charles-Édouard Coridon. Les Parisiens ont couru après le Graal, forcément bien aidés par l’argent du Qatar, mais ont mis 15 ans à se hisser sur le toit de l’Europe. Un Vieux Continent où les équipes de Premier League sont tout aussi bien dotées financièrement que ce PSG et où le Bayern, le Real et le Barça ont les ressources, l’aura et l’ADN de la victoire en eux.
Et puis, Paris est arrivé à conserver son titre grâce à la même recette qu’en 2025 : un staff technique compétent, brillant, efficace, adossé à un coach qui est devenu la seule star de cette équipe, Luis Enrique. L’Espagnol a opéré un ménage conséquent dans l’effectif, ne voulant plus dépendre d’un joueur offensif cannibale, même si celui-ci facturait 50 buts par an, pour miser sur un collectif capable de résister à toutes les épreuves et en toutes circonstances. Surtout, Luis Enrique a réussi à rationaliser un club hystérique, malade, pressé, fragile, traumatisé.

En trois campagnes européennes, Paris est devenu une bête froide, capable de résister aux tempêtes, au but encaissé contre le cours du jeu, aux absents, à la pression médiatique et populaire, tout en conjurant le karma. Le PSG fait peur car il s’adapte. Mord. Pique. Ne rompt jamais. N’abandonne jamais. Ne s’avoue jamais vaincu là où, avant, le moindre grain de sable entraînait une réaction en chaîne débouchant toujours sur le même schéma : tout brûler, tout recommencer.
2025 pouvait être l’aboutissement d’une vie, mais il s’apprécie, au regard du sacre de Budapest, comme une étape dans le processus. Avec QSI, le PSG voulait se donner les moyens – le fameux « rêvons plus grand » – de concurrencer l’ordre établi. Pour ça, il fallait de l’argent, des joueurs hors normes et du temps. Paris a mis beaucoup d’argent sur la table pour s’offrir beaucoup de stars, mais ne s’est jamais donné le temps de rien. Comme un enfant gâté. Il fallait tout, tout de suite. Mais arriver au sommet demande de la répétition et, surtout, d’apprendre à perdre, à perdre et à perdre encore. Le PSG a essayé des choses, misé sur des stars, sur des empilements de joueurs, mais il y avait toujours un hic. Une décision arbitrale. Une défaillance mentale. Un tibia de Demba Ba. Une main de Presnel Kimpembe.
« Vous ne pouvez pas comprendre »
Et puis 2023 est arrivé. Bizarre de se dire qu’il aura fallu passer par Christophe Galtier pour se rendre à l’évidence de ce qu’allait être Luis Enrique. Un coach qui assume le poids de la pression, qui s’estime, à juste titre, au-dessus de la mêlée. « Vous ne pouvez pas comprendre », aime-t-il répéter. Le boulard du type… ou alors est-ce l’arrogance des champions ? Luis Enrique a gagné une deuxième C1 de rang en ayant eu 15 jours de répit entre les deux saisons, en envoyant son gardien titulaire, et grand artisan du titre de 2025, manger des pizzas ailleurs, et en opérant comme seuls changements deux gardiens, dont un titulaire annoncé envoyé sur le banc dès janvier, et un défenseur central ukrainien qui demeure encore une interrogation. Le tout en étant invaincu lors de la phase à élimination directe (9 matchs). Ça vous place l’aura et le talent du bonhomme, et la manière dont l’amateur de cyclisme a façonné et construit son groupe. Une escouade de joueurs talentueux, polyvalents, allant tous dans le même sens sans jamais perdre de vue l’aspect collectif. Comme aimaient le dire Will Smith et Martin Lawrence en 1995 dans Bad Boys : « On roule ensemble, on meurt ensemble ».

Ce dimanche, il y a moins de larmes liées à ce sacre. Moins de frénésie. Moins de folie. Blasés, les Parisiens ? Pas du tout. C’est la force d’une habitude qui s’installe. Une fois, tu peux plaider l’accident, l’alignement des planètes, la chance. Deux fois de suite, c’est le début d’une hégémonie, d’une force collective qui se projette déjà sur un objectif ambitieux : trois à la suite. Le PSG est définitivement entré dans la cour des grands d’Europe. Le club de la capitale a autant de C1 en vitrine que la Juventus et Benfica et donne pourtant la sensation d’être au début de son cycle actuel. Autrement dit, la marge de manœuvre est grande pour ce groupe et ce staff. Alors, si le peuple parisien est en priapisme depuis samedi soir, il sait qu’il peut aussi dormir tranquille tant que la direction sportive actuelle est en place. Jamais la sérénité n’avait autant dégouliné du sommet du club et on n’a cessé de le répéter, surtout dans les moments délicats : l’exemple vient toujours d’en haut.
Le PSG fonce sur la révélation de la saison en Premier LeaguePar Mathieu Faure











































