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Luis Enrique, le mal-aimé

Victorieux de son septième titre sur neuf possibles, Luis Enrique est devenu, à côté de son prédécesseur Guardiola, l’entraîneur le plus couronné de l’histoire blaugrana. Un bilan qui devrait lui conférer un statut d’idole, mais Lucho se retrouve sous-estimé, la faute à un caractère bien trempé et une popularité médiatique inexistante.

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Lorsqu’il s’installe à son pupitre, la salle de presse n’ose même pas lui dresser des louanges. Quelques « enhorabuena » sont lancés de la part des journalistes catalans, mais les applaudissements restent absents. L’abandon d’une coutume espagnole et de sa presse qui en dit long sur le manque de considération qui touche Luis Enrique, fraîchement double tenant de la Coupe du Roi après son succès sur le FC Séville. Pourtant, l’exploit du natif de Gijón relève de la trempe de Guardiola, Mourinho, Klopp et Allegri. Avec un doublé Copa-Liga acquis au bout du suspense, auquel il faut ajouter une Supercoupe d'Europe et un Mondial des clubs, son bilan est le plus réussi, ou en tout cas le plus rempli de breloques dorées, de tous ses homologues d’Europe. Pis, en y ajoutant le triplé de l’an passé, Lucho peut se targuer d’être l’équivalent de son ami Josep Guardiola dans l’armoire à trophées qui fait la fierté du Camp Nou. Fidèle à son caractère bien trempé, lui ne moufte pas et préfère se gargariser de ce statut de mal-aimé plutôt que de donner dans le Calimero : « Où faut-il signer pour que la saison prochaine soit aussi belle ? »

À Pep le génie, à Luis le déni ?


En plus d’une amitié entamée en 1996, Pep Guardiola et Luis Enrique partagent quelques saisons sous le même maillot ou dans la même classe. D’abord coéquipiers au FCB, ils prennent ensemble le chemin de l’école des entraîneurs - tout comme Paco Jémez, leurs anciens partenaires de sélection - avant de délivrer leurs premiers préceptes au sein de la cantera blaugrana. Bref, un cursus plus ou moins similaire qui se retrouve aujourd’hui dans leur bilan identique à la tête du Barça. Insuffisant, néanmoins, pour les placer sur un pied d’égalité : le génie à Guardiola, le déni à Enrique. « Je ne comprends pas pourquoi, peste l’entraîneur du Rayo Vallecano. Le script est le même, le jeu n’a pas beaucoup changé, et surtout, selon moi, le travail de Guardiola est autant reconnaissable que celui de Luis. » À la différence près que la part belle est donnée aux milieux de terrain sous l’égide du natif de Santpedor, tandis que Luis Enrique s’appuie sur son trident de la MSN. Là encore, la nuance trouve sa genèse dans le profil des joueurs qu’ils étaient : un tout-terrain pour Lucho, une boussole du centre du pré pour Pep.

Moins dans le clinquant, plus dans l’esthétisme, le trio Messi-Iniesta-Xavi distillait ses gâteries dans un orgasme collectif prôné par Guardiola. Aujourd’hui, la triplette sud-américaine fait les beaux jours du Camp Nou et truste toutes les unes. « C’est très facile de dériver vers la formule selon laquelle le Barça gagne grâce à Suárez, Neymar et Messi, plussoie Gustavo Poyet, fraîchement intronisé sur le banc du Betis et interrogé par El Pais. Et puis sa personnalité, que j’adore, mais qui ne passe pas du tout avec les médias, joue dans son déficit de crédit, même si nous, les entraîneurs, savons tous qu’il est un grand. » En résumé, et selon le professeur Arrigo Sacchi, toujours dans El Pais : « Arriver après Guardiola pose un grand problème, car il est difficile d’être meilleur, mais aussi un avantage, puisque la table est déjà prête. Il faut le remercier d’avoir maintenu le football total. » Toujours au rythme du tiki-taka et selon les concepts cruyffiens, le Barça d’Enrique est plus versatile, plus amphibie. Forcément, avec des profils aussi véloces que techniques, les trois de la MSN disposent d’un bagage plus étoffé que la formidable MVP, offrant des situations de contres interdites sous Pep.

Paco Jémez : « Et quand les joueurs sont heureux, ils ne se fatiguent pas »


Face à un FC Séville également en infériorité numérique, harassé par 97 minutes de tension, Lionel Messi entraperçoit l’appel, justement en profondeur, de Jordi Alba. Une action maintes fois répétée en cet exercice et qui permet à Luis Enrique d’exulter sur le banc. C’est que cette finale de Copa del Rey, finalement remportée au bout de la nuit madrilène, ressemble si bien à Luis Enrique. Moins dans le contrôle, plus dans la ténacité, son onze blaugrana a montré des vertus épiques inédites. Une aventure chevaleresque qui manquait à ce Barça aux performances diaboliques, mais qui pâtit du manque de considération de son entraîneur. Pourtant, charismatique et sans langue de bois, Lucho a tout du bon client. À la différence de Zidane et Simeone, encensés pour le parcours de leur Madrid respectif, l’Asturien ne sourit pas et refuse de draguer la légion de faiseurs d’opinion espagnols. En interne, il a bien mis de l’eau dans son vin et s’est offert une paix et un partage du leadership décisifs avec Leo Messi. « Et quand les joueurs sont heureux, ils ne se fatiguent pas » , dixit Paco Jémez, qui ne pouvait mieux résumer cette fin de saison homérique des protégés d’Enrique.

Par Robin Delorme Propos de Paco Jémez recueillis par RD
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