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Pourquoi la plupart des joueurs du PSG galèrent avec leur sélection ?

Par Vincent Miffon
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Pourquoi la plupart des joueurs du PSG galèrent avec leur sélection ?

Loin de leur confort au PSG où ils marchent sur l'Europe depuis deux ans, les Parisiens peinent à avoir le même éclat avec leur sélection nationale respective. De là à les considérer comme de simples « system players » incapables de performer ailleurs que dans la capitale française sous Luis Enrique ? Décryptage.

Tête baissée, visage fermé et sourcils froncés, Vitinha quitte le pré en traînant la patte, comme une âme affaiblie et vagabonde. Anthony Taylor l’intercepte et lui demande de se dépêcher de sortir pour effectuer le changement. On joue la 83e minute de jeu, et le choc entre le Portugal et l’Espagne est jusqu’alors indécis. Il s’agira du dernier match dans ce Mondial de Vitinha, la Roja ayant écœuré la Seleção au buzzer, dans le temps additionnel, quelques minutes après sa sortie.

Le petit milieu lusitanien a donc quitté sa compétition prématurément, en laissant une impression vraiment mitigée. Celle d’un joueur titulaire lors des cinq matchs du Mondial sans jamais les finir et qui a donc enchaîné les prestations toutes plus ternes les unes que les autres, sans jamais dégager l’assurance, la maîtrise ou la virtuosité qui lui permettent habituellement d’être le métronome du PSG de Luis Enrique. Mais « Viti » n’est pas le seul. D’autres Parisiens n’ont pas été aussi clinquants que dans la capitale française sur ce Mondial.

Loin de Paris, la fête est finie

Le Portugal est coutumier du fait. En plus de Vitinha, son compère au milieu João Neves n’a pas non plus ébloui. Et même Nuno Mendes : brillant contre l’Espagne, il a mis Lamine Yamal dans sa poche – une fois de plus, il a visiblement la bonne recette – avant de sortir sur blessure dès l’entame du second acte. Loin d’être neutre, l’ancien du Sporting n’a pas non plus été aussi supersonique et virevoltant sur cette compétition qu’il ne l’est au Parc des Princes. Dans l’équipe adverse, on retrouvait aussi un joueur dans le même cas. Indiscutable au PSG quand il n’est pas blessé et pratiquement meilleur joueur espagnol lors du sacre à l’Euro 2024, Fabián Ruiz a carrément perdu sa place dans le onze de Luis de la Fuente.

Combien de joueurs performent avec ce Portugal ? Mets Vitinha et Nuno dans l’équipe d’Espagne. Tu penses qu’ils ne vont pas réussir ?

Didier Domi, ancien joueur du PSG et ex-international Espoirs français

Et que dire de Willian Pacho, impliqué sur le premier but du Mexique en seizièmes de finale ? Roc au PSG, véritable force tranquille et même étiqueté « meilleur défenseur » du monde, l’homme au chewing-gum n’a pas dégagé autant de sérénité sur ce Mondial, à l’image d’une sélection équatorienne qui a déçu et n’a pas été à la hauteur de la hype qu’elle avait générée en qualifications. Quant à Marquinhos, le capitaine n’a pas eu le même leadership avec le Brésil. Le constat reste moins radical pour Achraf Hakimi, essentiel au Maroc sans être le même joueur que sous Luis Enrique, comme pour les représentants en équipe de France : Doué peine à trouver sa place quand il est lancé titulaire, Dembélé a longtemps alterné le bon et le moins bon avant que Deschamps ne trouve finalement la bonne formule aux côtés de Mbappé et Olise, quand Warren Zaïre-Emery et Lucas Hernandez chauffent le banc.

Pour résumer : à part pour Bradley Barcola, qui s’éclate en Bleu, la vie en sélection n’est pas aussi belle qu’à Paris. Si bien que l’écart entre un collectif parfaitement huilé qui marche sur le Vieux Continent et le foot de sélection est parfois colossal. Au final, pour Didier Domi, ancien joueur du Paris Saint-Germain et ex-international Espoirs français, ce contraste est on-ne-peut-plus logique : « C’est presque pas le même métier. Tu travailles tes circuits au quotidien en club. En sélection, tu ne peux pas influer sur la progression des joueurs, tu n’as pas le temps de travailler les automatismes et complémentarités. »

Pas de mauvais joueurs, que des mauvais contextes

Comme la culture de l’instant et la démesure s’emparent souvent des amoureux de football, certains vont jusqu’à parler de « system players » – ou « joueurs de système » pour les fâchés avec la langue de Shakespeare – abaissant les Parisiens à des joueurs sublimés par le système de Luis Enrique qui redeviennent neutres et lambdas en sélection. Comme si, loin du strass de la capitale, le carrosse redevenait citrouille. Juger le foot comme cela serait trop réducteur, et surtout trop simple. « Le football, ce n’est pas une question d’avoir un grand joueur A et un grand joueur B, rappelle Didier Domi. Ce qui compte, c’est ce qu’il y a entre les deux : le cadre, l’environnement. Combien de joueurs performent réellement avec ce Portugal ? Mets Vitinha et Nuno dans l’équipe d’Espagne. Tu penses qu’ils ne vont pas réussir ? C’est juste une question d’environnement. »

Deschamps a fait des choix forts en remettant Dembélé à droite et Olise dans l’axe.

Didier Domi

Au Portugal, les Parisiens ne sont pas les seuls en difficulté. Meilleur joueur de Premier League cette saison, Bruno Fernandes a aussi traversé ce Mondial sans son influence mancunienne. Pour Didier Domi, les principaux fautifs ne sont pas les joueurs, mais bien les sélectionneurs. « Avec le Portugal, Roberto Martinez n’a pas trouvé d’harmonie pour fluidifier le jeu. C’est tout le contraire de Deschamps, qui a fait des choix forts en remettant Dembélé à droite et Olise dans l’axe ». Le sélectionneur tricolore a justement réussi là où d’autres échouent : permettre à ses meilleurs joueurs de cohabiter et d’exprimer chacun leurs qualités. « Ce que les sélectionneurs peuvent faire, c’est ce que fait Deschamps : mettre tes joueurs dans les meilleures conditions, trouver une harmonie entre tous, estime Domi. Mais ça ne doit jamais être au détriment de la structure et de la stabilité défensive de l’équipe ! En équipe de France, des joueurs t’offrent cette stabilité. Le meilleur exemple, c’est Olise, qui fait le plus d’efforts dans l’équipe. »

Épuisement global

Certains Parisiens semblent aussi complètement éreintés, cramés et épuisés. C’est le cas de Vitinha, qui a disputé pas moins de 131 matchs depuis août 2024 (toutes compétitions confondues en club et en sélection) et qui n’a pratiquement pas eu de repos et de coupure en deux ans. « Il faut aussi prendre ça en compte, bien sûr ! Contre la Colombie en première période, le Portugal était complètement coupé en deux. Ça n’a pas aidé Vitinha non plus, ça l’a même enfoncé et fait exploser physiquement », se rappelle Didier Domi. Encore une fois, on en revient aux faillites tactiques des sélectionneurs.

Non, les fameux « system players » n’existent pas. D’autant plus que les joueurs du PSG sont ceux qui ont le plus marqué dans ce Mondial, établissant même un nouveau record de buteurs émanant d’un même club. Tout est une question d’environnement, de complémentarités et d’automatismes, sans oublier la question de la forme physique. Une formule magique se confirme toujours dans le football : il n’y a pas de mauvais joueurs, seulement de mauvais contextes.

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Par Vincent Miffon

Tous propos recueillis par VM

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