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« Franchement, Pacho est un monstre »

Propos recueillis par Vincent Miffon
12' 12 minutes
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« Franchement, Pacho est un monstre »

Sans faire de bruit à l’image du joueur discret qu’il est, Willian Pacho s’est imposé comme le joueur le plus régulier du PSG et un rouage essentiel de Luis Enrique. Après bientôt deux ans à Paris, peut-on déjà considérer le roc équatorien comme une référence mondiale à son post, et une légende parisienne ? Voici l’avis de ceux qui l’ont précédé dans la ligne défensive du PSG

Le casting

Jocelyn Angloma : arrière droit du PSG de 1990 à 1991 et international français.

Grégory Bourillon : défenseur central du PSG de 2007 à 2010.

Didier Domi : arrière gauche formé au PSG, puis pro de 1994 à 1998 et de 2001 à 2003.

Bruno Ngotty : défenseur central du PSG de 1995 à 1998, héros du sacre parisien en Coupe des coupes en 1996 face au Rapid Vienne.

Christophe Jallet : défenseur latéral et capitaine du PSG (2009-2014), ancien international français aujourd’hui consultant chez Canal+.

 


Quelle impression générale avez-vous de Willian Pacho ?

Jallet : C’est une excellente surprise puisqu’à vrai dire, je ne le connaissais pas bien avant qu’il arrive au PSG. Il a fait partie de cette équipe incroyable la saison passée qui a roulé sur l’Europe en fin de saison. Je trouve qu’il a l’âme d’un vrai défenseur… C’est un défenseur hyper fiable qui fait partie des meilleurs d’Europe à son poste tout simplement !

Ngotty : Je ne regarde pratiquement plus que la Coupe d’Europe mais c’est quelqu’un qui dégage beaucoup de sérénité, qui fait très bien son boulot. C’est quelqu’un qui sait d’où il vient et il donne toujours le meilleur de lui à chaque match.

Bourillon : C’est le défenseur complet par excellence, que ce soit dans son intelligence de jeu, dans sa présence physique, dans les duels et dans la relance aussi. Et je le trouve très complémentaire avec Marquinhos. Sa sérénité est vraiment contagieuse. Depuis qu’il est arrivé, on sent une défense plus solide….

Domi : Il a tous les traits d’un grand défenseur central. Les deux choses les plus importantes, c’est sa vitesse et sa lecture du jeu. En plus, il a l’agressivité et commence à prendre du leadership. Et c’est quelqu’un de très brave, courageux, vaillant. Et c’est surtout un excellent coéquipier. Non, franchement, c’est un monstre. Et puis, il a ce côté sud-américain, avec toute sa grinta, il n’a peur de personne. Il est vraiment fort.

Angloma : Ce qui m’impressionne chez lui, c’est son calme et sa sérénité. Pour jouer aussi bien dans une équipe comme le PSG, il faut énormément d’assurance et de confiance en soi. Et ça, il l’a.

Il perd rarement le ballon et ne tente pas des transversales : il joue simple à côté de lui, et je pense qu’il est entré dans un système de jeu qui lui correspond parfaitement.

Christophe Jallet

En tant que spécialistes de la défense, quelles particularités techniques avez-vous noté ?

Angloma : C’est un défenseur moderne, il est dur sur l’homme mais sait jouer avec calme, il ne panique jamais. C’est difficile d’allier les deux en tant que défenseur, mais lui, il arrive justement à faire la part des choses. Je pense que c’est son caractère aussi. Je le trouve très complet comme défenseur.

Jallet : Il fait peu de fautes, il est dans l’engagement propre. On ne le voit quasiment jamais tacler.

Ngotty : Il n’est jamais trop proche de l’attaquant pour ne pas se faire déborder. Il est très bon dans l’anticipation. Dans son jeu, il n’en fait jamais trop, même s’il est intransigeant dans son marquage. Il a des joueurs devant lui qui font le jeu donc il n’a pas forcément besoin de relancer au-delà.

Jallet : C’est vrai qu’il ne fait pas de folie dans la relance. La grande qualité d’un défenseur, c’est de savoir jouer avec ses qualités. Il perd rarement le ballon et ne tente pas des transversales : il joue simple à côté de lui, et je pense qu’il est entré dans un système de jeu qui lui correspond parfaitement. Moi, il y a vraiment une image que je retiens de lui pour matérialiser son état d’esprit, c’est le ballon récupéré sur le deuxième but en finale face à l’Inter. Il va gratter ce ballon désespéré qui allait sortir en corner et grâce à cette intervention, derrière le jeu se déploie et ça fait 2-0.

 

Messieurs les centraux, sur quels aspects vous retrouvez-vous dans le jeu Pacho ?

Bourillon : Aucun ! (Rires.) C’est vraiment un tout autre niveau.

Ngotty : Je pense que la comparaison sera plus sur les aspects défensifs qu’offensifs. Au niveau de la carrure, je pense que physiquement il est un peu comme moi. Il est solide sur l’homme, c’est un peu ce que j’étais. C’est compliqué quand même de se comparer avec quelqu’un, surtout que les époques sont très différentes. Avant, nous les défenseurs, nous avions plus de liberté tactiquement. Eux, c’est plus rigide. Aujourd’hui, pour les défenseurs centraux, ce n’est plus la peine de se projeter comme nous le faisions puisque devant. Lui ne tire pas les coups francs, moi je les tirais… C’est pour ça que c’est compliqué de se comparer, le football a évolué depuis.

Vous aussi, vous mâchiez autant de chewing-gums ?

Ngotty : (Rires.) Non, non, non ! J’étais pas chewing-gum du tout, je jouais jamais avec. C’est son truc à lui. J’espère qu’il en mâchera encore plus pour être toujours aussi bon !

Jallet : Ça c’est très bizarre mais on a tous nos petites superstitions. S’il se sent à l’aise comme ça, je veux bien lui en fournir longtemps des chewing-gums !

Bourillon : Non ! Je n’en prenais pas, c’est dangereux ! Il n’a pas peur de s’étouffer ? Mais rien que cette attitude-là, déjà, ça fait un mec tranquille avec de la prestance. J’aime bien son attitude sur le terrain. Avec ce qu’il dégage, les attaquants savent qu’ils vont vivre un match difficile.

Angloma : C’est impossible de jouer avec ça ! Des fois je me demande bien comment ils font…

À part améliorer son pied droit… je ne vois pas vraiment d’axe de progression.

Jocelyn Angloma

Avez-vous aussi relevé des axes de progression et des points faibles dans son jeu ?

Ngotty : C’est dur de donner un point faible chez quelqu’un qui joue dans une équipe qui marche aussi bien que celle du PSG ! Aujourd’hui s’il fait aussi bien son boulot, c’est aussi parce qu’il a une équipe qui est très forte autour de lui. Et dans cette équipe, ses points faibles ne ressortent pas. C’est un joueur qui est assez jeune, il n’y a pas de faiblesse dans son jeu aujourd’hui.

Domi : Je dirais qu’il peut parfois avoir de petits sauts de concentration, notamment dans sa lecture du jeu. Mais il n’a que 24 ans, avec les années il va prendre de la bouteille et de la roublardise.

Jallet : Si de temps en temps il avait la capacité à pouvoir casser les lignes par une première relance ou à renverser le jeu à l’opposé, ça serait une corde de plus à son arc. Ce n’est pas forcément ce qu’on lui demande aujourd’hui, c’est vrai. L’autre sujet, c’est la régularité. C’est un joueur qui en plus est assez jeune, donc il faudra voir sa faculté à réitérer ses performances de très haut niveau sur du long terme. Mais je n’ai pas envie d’en demander trop à un mec qui fait déjà correctement son boulot.

Bourillon : Il faudrait être vraiment très exigeant pour lui trouver de réels défauts. Il va vite, il lit bien le jeu, il a une bonne passe, il a une bonne relance, il est bon dans les duels, il est bon de la tête, il est bon dans la lecture des trajectoires… Et en plus son attitude est superbe. Il est vraiment top.

Angloma : À part améliorer son pied droit… je ne vois pas vraiment d’axe de progression.

Où le placer dans la hiérarchie mondiale des défenseurs ?

Domi : C’est l’un des meilleurs oui, mais pas encore le meilleur. Parce que t’as d’autres clients quand même : Dayot Upamecano qui a aussi des sautes de concentration parfois, ou William Saliba, qui fait très peu d’erreurs.

Ngotty : Oui Upamecano qui fait aussi une saison exceptionnelle dans un club qui l’est tout autant.

Bourillon : Il ne faut pas aller trop vite non plus. Après, pour prétendre au titre de meilleur défenseur de la planète, il faut savoir répéter des saisons à ce niveau.

Angloma : Il doit encore continuer à s’affirmer. Il doit devenir le patron de la défense du PSG, et pour l’instant ça reste Marquinhos.

Jallet : À partir du moment où vous êtes un titulaire de l’équipe championne d’Europe, vous faites partie des meilleurs à votre poste. Il joue avec les plus grands, et il est en train de s’imposer doucement comme une valeur très sûre mondialement. Et je pense que la Coupe du monde l’aidera aussi puisque ça a une caisse de résonance encore plus forte que l’Europe.

Pacho-Marquinhos, c’est plus fort que Thiago Silva-Marquinhos ?

Jallet : (Rires.) Pour moi, ce n’est pas pareil. Thiago Silva était beaucoup plus élégant avec le ballon et c’était un formidable relanceur, avec une qualité technique très largement au-dessus de la moyenne pour un défenseur. Mais il avait peut-être un peu moins d’intensité dans sa capacité à défendre. Lui était vraiment dans la défense de l’anticipation alors que Pacho est beaucoup plus dur sur l’homme. En revanche, Marquinhos était beaucoup plus jeune, c’était lui, le bébé dans la relation avec Thiago Silva alors que là, avec Pacho c’est lui, le papa. Ce sont deux joueurs complètement différents qui matchent parfaitement avec les qualités de Marquinhos à l’instant T. Pacho, c’est un peu le Marquinhos d’il y a 10 ans.

Ngotty : Thiago Silva a marqué la nouvelle ère du PSG. Aujourd’hui, Pacho n’est qu’au début de tout ce que Thiago Silva a fait. Pour l’instant, Thiago Silva est le meilleur défenseur de l’histoire du club.

Bourillon : Non, je ne pense pas. Parce que Marquinhos, quand il faisait la paire avec Thiago Silva, il était à son prime aussi. Même s’il est encore excellent, il était vraiment à son prime. Thiago Silva aussi, c’était quand même un défenseur monstrueux. Donc, non, ce sont deux époques différentes, deux styles de jeu aussi complètement différents du PSG. À l’époque, l’équipe était plus exposée, moins dominante.

Domi : Si Pacho avait connu un Marquinhos avec deux trois ans de moins, la paire aurait été la meilleure. En plus de son leadership, Thiago Silva avait une lecture de jeu fantastique. Pacho, il a ce côté animal, il n’a peur de personne et accepte les responsabilités. (Il réfléchit.) La meilleure paire, c’est Pacho-Marquinhos. C’est la plus complémentaire. Quand tu regardes Marquinhos et Thiago Silva, les deux ont de l’élégance. Et je pense que Pacho est moins élégant mais plus animal, ce qui fait que c’est encore plus complémentaire.

Angloma : C’est tellement différent… C’était quand même très fort, Thiago Silva ! Moi, je l’aimais énormément, cette charnière brésilienne. Mais on pouvait aussi sentir parfois de la fébrilité. La différence avec Pacho, c’est qu’il est toujours serein.

 

En quoi c’est particulier de s’imposer dans un club comme le PSG, avec la pression que l’on connaît ?

Ngotty : Le problème quand on arrive au PSG, c’est qu’on est sujet à une forte concurrence. Moi quand je suis arrivé à Paris, il y avait des défenseurs internationaux confirmés : il y avait moi, il y avait Paul (Le Guen), Alain (Roche)… C’est la même chose aujourd’hui. On arrive dans un club où il y a trois, quatre, cinq défenseurs et puis il n’y en a que deux qui jouent, il y a du turnover… Contrairement aux autres clubs, quand on arrive à Paris on n’est même pas sûr d’être titulaire. Pour gagner une Coupe d’Europe, un championnat, la coupe et tous les trophées, il faut un groupe. Et un groupe, c’est plusieurs joueurs.

Paris, c’est un club très exposé médiatiquement. Le moindre faux pas est détaillé, disséqué et pointé du doigt. Mais aujourd’hui, ce sont des joueurs qui ont le talent et l’expérience pour faire face à tout ça.

Grégory Bourillon

Jallet : C’est toujours compliqué quand on arrive. Moi c’était différent, j’étais déjà au club quand c’est devenu le « grand Paris » donc j’avais déjà l’expérience du club. C’est vrai qu’au début c’est toujours impressionnant. Le stade, l’environnement, il faut tout appréhender. Je pense que c’est l’une de ses grandes forces à Pacho, l’année dernière il est arrivé un petit peu comme un cheveu sur la soupe, on n’a pas trop parlé de son transfert mais il a réussi à s’imposer. Et quand on ne nous attend pas, c’est toujours plus facile. Là où il a été très fort, justement, c’est après le titre de champion d’Europe la capacité à réitérer sur la deuxième saison, celle de la confirmation. C’est ça qui est fort. Mentalement il est très solide et ce côté « Am-Sud », cette grinta lui permet de relever tous les challenges.

Domi : Le caractère et la tête, ça fait beaucoup dans l’intégration d’un joueur. Surtout pour un défenseur, parce que c’est un peu le disque dur de l’équipe. Les défenseurs, ils voient tout.

Bourillon : Paris, c’est un club très exposé médiatiquement. Le moindre faux pas est détaillé, disséqué et pointé du doigt. Mais aujourd’hui, ce sont des joueurs qui ont le talent et l’expérience pour faire face à tout ça. Zabarnyi a souffert un peu de ça. On a seulement pointé ses erreurs, mais on en a oublié toutes ses qualités. Il faut être patient.

Angloma : La différence avec mon époque, c’est qu’il y a les réseaux sociaux maintenant. Vous êtes jugé tout le temps par tout le monde. L’entourage joue aussi beaucoup pour s’acclimater à un club comme le PSG, c’est très important. La personnalité du joueur, aussi.

Le considérez-vous déjà comme une légende du PSG ?

Ngotty : Ce sont tous des légendes aujourd’hui ! Le fait d’être dans ce PSG, dans cette nouvelle ère, de gagner la Ligue des champions et tous les autres titres, et de repartir cette saison dans une nouvelle campagne de C1 avec une nouvelle demi-finale à la clé…

Domi : S’il continue comme ça, bien évidemment. Mais là, c’est trop tôt parce que ça ne fait pas assez longtemps qu’il est là.

Bourillon : Il faut quand même un peu de longévité, ce qu’il n’a pas encore. Mais par rapport à ses performances individuelles et aux trophées collectifs qu’il a pu gagner avec le PSG, forcément il fait partie des joueurs dont on se rappellera.

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