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Irrésistibles sans frontières

Si le déplacement aux USA a refroidi beaucoup de supporters, l’équipe de France peut compter, depuis le début du Mondial, sur des fans de toutes les nationalités qui bleuissent les tribunes américaines à chaque rencontre de la troupe de Deschamps. Le symbole d’une sélection qui n’a jamais été aussi sexy, et d’un pays qui vit le soccer comme bon lui semble.
La fan zone du MetLife Stadium de New York – qui, évidemment, ne se trouve pas du tout à New York – est un formidable confluant offrant une certaine idée de l’Amérique, et de cette Coupe du monde : de la musique, forte, de la fast food, chère, du matraquage publicitaire et un joyeux melting-pot. Les maillots bleu et vert menthe à l’eau y étaient innombrables, le 16 juin pour l’entrée en lice de l’équipe de France dans ce Mondial 2026, mais il fallait un peu de chance – et beaucoup de patience – pour intercepter, au milieu de la populace, une conversation dans la langue de Francis Cabrel. Et pas uniquement à cause de la sono : sous les tuniques floquées du numéro 10 – Mbappé pour les uns, Zidane pour les autres – se cachent plus souvent des Américains, Asiatiques ou Sud-Américains.
Je peux citer plusieurs joueurs de l’équipe de France : tous ceux qui jouent à Paris.
Dans un pays qui compte autant de diasporas que de chaînes de restauration rapide – le harcèlement de Dunkin’ Donuts, parlons-en – et 72 millions de touristes à l’année, un paquet de nationalités semble avoir décidé de se rallier derrière cette équipe. Ou plutôt derrière Kylian Mbappé, évidemment cité une fois sur deux lorsqu’on interroge ces nouveaux aficionados. « Le seul match de Coupe du monde que je suis allé voir, c’était au Qatar, France-Pologne. Et Mbappé avait été phénoménal », témoigne par exemple un Ricain croisé au bien nommé Gillette Stadium, écharpe bleue bêtement enfilée façon Jacques Chirac un 12 juillet. Certains citent aussi Henry, Zidane ou Platini : « Pour moi, ça a commencé en 2006, avec ce penalty de Zidane contre l’Italie, glisse un autre Yankee. J’étais jeune, mais je me souviens de la finale. » Le coup de foudre peut aussi être beaucoup plus récent, comme pour ce couple chinois installé aux US : « La France m’a fait découvrir le football, et nous avons regardé le PSG gagner la Ligue des champions il y a un mois. Je peux citer plusieurs joueurs de l’équipe de France : tous ceux qui jouent à Paris. »
Guinée, Salvador, Trinité-et-Tobago
Pour certains, les 110 euros dépensés chez Nike racontent une histoire. Comme celle de Herwold : « J’ai des ancêtres français, ils ont quitté le pays pour fuir la Révolution, et sont venus dans les Caraïbes », sourit le Trinidadien, qui explique descendre d’une longue lignée, les « Rostang ». Ses deux potes américains, attablés avec lui dans les coursives du Philadelphia Stadium, sont plus ancrés dans le présent. « J’aime la façon dont le PSG joue, je suis un fan de sport, dit le premier, casquette World Cup 94 vissée sur la tête pour rester patriote et masquer les cheveux blancs. La France possède de super joueurs. Je connais mieux les joueurs français que les Irakiens. » « Je viens du Colorado, mais j’aime Mbappé, pose le second, entre deux nuggets, sous ses lunettes teintées et son maillot aux couleurs des sièges du RER B. Je suis un gros fan de soccer depuis 45 ans. La France joue toujours bien, et je veux voir de bonnes équipes. »
Les dernières collections des Bleus ont fait fureur, comme cette fameuse pièce lifestyle noire entre tenue d’arbitre et de gardien de but (« Ils n’avaient pas de maillots suédois, alors j’ai pris la meilleure alternative », confie un Étasunien), mais pour brouiller les pistes, nos amis des quatre coins du globe peuvent se montrer très pointus : citons par exemple un maillot de 2004 floqué « Petit », ou une réplique de celui de 1990, portée par un fan d’Arsenal tombé in love de cette sélection par la faute de Thierry Henry et des Frenchies de Highbury. « Moi, pour être honnête, c’est parce que le bleu me va bien », admet sa conjointe, dont le gros « France » inscrit sur un tee-shirt Adidas se suffit à lui-même.

Elvia, Salvadorienne de 36 ans immigrée à Philadelphie, cite également Riton, et le Mondial 98, comme point de bascule. Elle et son maillot « statue de la Liberté » sont venus passer une tête au rassemblement des supporters français, au City Hall Garden de Philly, à la veille du seizième face à la Suède. Un meeting où l’on pouvait aussi retrouver Hunter, à qui l’on donnerait plus que les 21 ans qu’il affiche sur le passeport. Vêtu d’un maillot bariolé du Philadelphia Union, l’habitant du quartier est venu donner de la voix, en tant que « fan de la culture française » : « Je supporte les États-Unis en numéro un, et la France en deuxième ».
Je veux mon autographe de Kyky. J’ai attendu depuis huit heures devant l’hôtel !
Le même jour, en quittant le NovaCare Complex des Eagles (foot US), où s’entraînaient les Bleus, on est tombé sur Aboubacar – du moins, il est tombé sur nous –, venu de Guinée pour la Coupe du monde, « principalement pour voir la France », et qui cherchait en vain à assister à la séance du jour : « Je veux mon autographe de Kyky. J’ai attendu depuis huit heures devant l’hôtel ! » Il kiffe les Bleus « depuis toujours, toutes les générations : Zidane, Pogba… La “Pogbance”, c’est une vraie star en Guinée ! Aujourd’hui, les Guinéens aiment Mbappé. On aime beaucoup la France. En 2018, c’était sensationnel. »
Numéro 76 : La Fayette
Antoine, 47 ans, a vu le jour en France, de parents ayant fui le Vietnam. Et pour lui, tous les Américains ont une bonne raison de supporter les Bleus : « La France a aidé les États-Unis lors de la Révolution. Cette connexion est à jamais inscrite dans l’histoire. » Croisés le lendemain, jour de France-Paraguay mais surtout de 250e anniversaire des États-Unis d’Amérique – qui plus est à Philadelphia, berceau de la nation –, Cristina et Gassiel, expatriés mexicains, ont carrément joué le jeu avec un hommage au marquis de La Fayette, héros français de l’indépendance du pays : « Merci La Fayette, 1776-2026 » imprimé en format A1, bicorne sur le crâne – le même que celui enfilé par Rayan Cherki au coup de sifflet final – et maillot « La Fayette – 76 » du plus bel effet. « On ne serait pas là, à fêter cet anniversaire, sans l’aide de la France. Alors allez les Bleus ! », s’enthousiasme Cristina, dont la mère est née… dans l’Hexagone. Aline, venue de Grande-Bretagne et dont la mission autour du Lincoln Financial Field est de peindre en bleu blanc rouge – et à la verticale – les joues des supporters, cite les Kazakhstanais parmi ses meilleurs clients.
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Une cote de popularité à l’étranger dont les Bleus n’ont même pas conscience, si l’on en croit Guy Stéphan : « On est un peu dans notre bulle. Évidemment, on voit l’effervescence qu’il y a autour de l’hôtel. Quand on part à l’entraînement, on voit que les gens sont là, ils sont contents de nous voir. Mais on n’est pas focalisés sur ça. »
« Les Américains et les touristes supportent les Bleus parce qu’on est favoris, qu’on a les meilleurs joueurs du monde, analyse Valentin, capo des « Baroudeurs français » qui, avec les Irrésistibles, assurent l’animation avant et pendant les matchs des Bleus, depuis un mois. Ce n’est pas un pays de football, mais c’est un pays qui aime faire la fête. On le voit bien en tribunes quand ils encouragent les Français. » Seul hic, selon Valentin : le succès du maillot extérieur chez les supporters étrangers. « C’est vrai qu’il est beau, mais le problème, c’est qu’on ne peut pas faire une tribune bleue comme à l’Euro. » Avant le Maroc, la consigne a d’ailleurs été donnée, sur les boucles WhatsApp : « Tous en bleu à Boston le jour du match […] et ce jusqu’à la finale si possible SVP les gars ! […] Mettez vos tenues blanches/vertes les autres jours. » Traduction, s’il vous plaît ?
Ces Bleus qui pourraient manquer la potentielle demi-finalePar Jérémie Baron, aux États-Unis
.Tous propos recueillis par JB.












































