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Samuel Umtiti : « Strasbourg peut devenir un modèle en gagnant cette Ligue Conférence »

On a tous en tête ce missile sol-air qui a arraché la lucarne de White Hart Lane il y a 13 ans. C'est une des raisons pour laquelle le nom de Samuel Umtiti est lié à la Ligue Europa. Une compétition qui échappe toujours aux clubs français mais que le champion du monde 2018 suit avec grande attention. Et l'OL n'y est pas pour rien.
Tu es ambassadeur de la campagne Enterprise associée à la Ligue Europa de l’UEFA. Pourquoi cet engagement ?
J’avais à cœur de mettre en lumière toutes les personnes qui travaillent autour d’un terrain de foot, qui veillent au bon déroulement d’une partie et permettent aux joueurs d’êtres dans les meilleures dispositions au moment de disputer des compétitions aussi importantes que la Ligue Europa, notamment. Ce sont des chauffeurs, des restaurateurs, des agents de sécurité, ou d’autres corps de métiers dont le rôle est important pour que tout se passe bien.
Ils seront encore sur le pont ce soir, pour les demi-finales de Ligue Europa et de Ligue Conférence. Qu’attends-tu de ces quatre affiches ?
À du football de qualité, déjà. On a déjà bien été servi en ce début de semaine avec le match PSG-Bayern, mais les équipes engagées font aussi partie des meilleures d’Europe. La Ligue des champions est la vitrine du foot européen mais il y a de la qualité partout, et pas seulement dans les équipes du haut de tableau de leur championnat. En tant que passionné de foot, j’ai toujours autant plaisir à allumer ma télé pour suivre ces matchs à fort enjeu. Surtout que les demi-finales ont toujours quelque chose de particulier, provoquent un stress à part. Il s’y passe souvent de belles choses et on a toujours droit à de belles ambiances, parce que ce sont les derniers duels en aller-retour, dans les stades des équipes en lice. Sortir en demie, c’est toujours douloureux et frustrant parce que tu vas passer à côté d’un truc spécial, une expérience rare.
Cette compétition te permet de découvrir d’autres cultures, de te déplacer dans des pays, des villes ou des stades que tu ne connaissais pas forcément auparavant, rencontrer des top joueurs, se mesurer à un autre type de football.
Aston Villa-Nottingham Forest et Fribourg-Braga en C3, Rayo Vallecano-Strasbourg et Shakhtar Donetsk-Crystal Palace en C4 : quelle affiche qui t’intéresse le plus ?
Pas facile mais je vais dire le match d’Aston Villa qui a montré de belles choses cette saison, et bien évidemment celui de Strasbourg. C’est une équipe qui m’a donné énormément de plaisir en championnat et en Europe. Leur match retour contre Mayence a montré qu’il savent mettre de l’intensité, de l’envie et de la justesse dans tout ce qu’ils font.
Tu as disputé 13 matchs de Ligue Europa dans ta carrière (contre 26 en C1). Qu’en gardes-tu comme souvenir ou comme attachement ?
C’est ma première expérience européenne et j’ai pris énormément de plaisir. Cette compétition te permet de découvrir d’autres cultures, de te déplacer dans des pays, des villes ou des stades que tu ne connaissais pas forcément auparavant, rencontrer des top joueurs, se mesurer à un autre type de football. Face aux Espagnols, aux Italiens ou aux clubs de l’Est de l’Europe, la manière de jouer est différente. Et à titre personnel, ça m’a aussi permis de me faire connaître à l’étranger. Ces matchs toute l’Europe les regarde et si tu fais une bonne rencontre, ton nom va sortir et on va commencer à te regarder un peu plus sérieusement.

Tu nous recommandes donc Chernomorets Novorossiïsk, au bord de la mer Noire en Russie ?
C’est vrai que c’était une destination un peu inconnue, mais on s’adapte. Là, où j’ai pris le plus de plaisir en déplacement, c’est en Angleterre, avec l’ambiance, les supporters, etc. En tout cas, celui à Tottenham restera gravé parce qu’il y avait tout pour passer une bonne soirée.
Oui surtout un super but de ta part. C’est d’ailleurs resté le seul que tu as marqué en compétition européenne : 13 ans plus tard, comment tu le raconterais ?
Si je me souviens bien, ça part d’un centre de Steed Malbranque qui est repoussé et qui arrive sur moi. Sur le moment, ça vient tellement rapidement que dans ma tête, j’entends « il faut que tu tires Sam ». Honnêtement, je ne peux pas mieux la prendre et quand elle part, tu n’entends plus personne dans le stade, à part les supporters lyonnais qui étaient en face de moi. C’était il y a 13 ans maintenant, mais c’est comme si c’était hier. La vidéo de ce but a tellement tourné, avec un super angle de caméra, que ça restera forcément un moment marquant dans ma carrière européenne.
The only way to mark Umtiti's birthday 😎 🇫🇷 Happy birthday, @samumtiti! 🎈 #UEL pic.twitter.com/dIFVkuqF7X
— UEFA Europa League (@EuropaLeague) November 14, 2021
Tes anciens clubs Lyon et Lille ont bien commencé leur campagne en Ligue Europa mais se sont arrêtés en huitièmes de finale. Pourquoi les clubs français ont-ils autant de mal à passer ce cap qui leur permettrait enfin d’inscrire leur nom au palmarès ?
Dans le cas de l’OL et du LOSC cette saison, je pense qu’il leur a manqué un peu de réussite aussi, surtout pour Lyon sur le match retour (contre le Celta de Vigo, NDLR). C’est dommage parce que je pense qu’ils auraient mérité d’aller au bout. Pour Lille, je pense que l’enchaînement des matchs n’a pas été simple, il leur manquait pas mal de joueurs à une certaine période. Mais ces parcours contribuent à accumuler de la confiance et de l’expérience. Au fur et à mesure, ils sauront mieux gérer ces rencontres. Il y a de la qualité dans les équipes françaises et la Ligue Europa devrait être un objectif comme ça a pu être le cas pour les équipes espagnoles quand elles raflaient tout. Il faut qu’il y ait en France cette mentalité d’aller prendre toutes les compétitions européennes.
Est-ce que ces compétitions ont été prises un peu à la légère par les clubs français ?
Ça a pu l’être oui, mais ça fait un moment que tout le monde a pris conscience de l’importance de jouer ces compétitions à fond. Quand tu vois l’envie que met le Racing Club de Strasbourg, c’est un engagement qu’on devrait voir chez toutes les équipes françaises et tout au long de la saison. Strasbourg peut devenir un modèle en gagnant cette Ligue Conférence, et je pense qu’ils vont le faire.
On peut qu’être surpris positivement par cette saison de l’OL qui s’annonçait compliquée et pleine d’incertitudes.
Pour revenir sur l’OL, ton club formateur, la saison avait très mal démarré avec les problèmes avec la DNCG. Dix mois plus tard, quel bilan faire de tout ça ?
On peut qu’être surpris positivement par cette saison qui s’annonçait compliquée et pleine d’incertitudes. Les joueurs qui sont arrivés n’étaient pas forcément connus, il a fallu reconstituer un groupe, mais le travail a été très bien fait. Le coach (Paulo Fonseca) a réussi à former un vrai collectif et à apporter une vraie intensité dans l’animation offensive comme défensive. Il a été très bon là-dessus et ça a permis d’insuffler une vraie dynamique positive, notamment lors de cette série de treize matchs sans défaite. Dans ces conditions, c’est quelque chose d’assez fou de les voir se battre aujourd’hui pour le podium et pour une place en Ligue des champions, même si c’est une compétition que l’Olympique lyonnais devrait jouer tous les ans.
Est ce qu’on peut faire un parallèle avec ce que tu as vécu avec Rémi Garde et cette génération de jeunes formés au club, dans un contexte économique tendu ?
Ce sont deux époques et deux contextes différents. On a été lancés dans le grand bain parce qu’il y avait ce projet de grand stade à financer, c’est vrai, mais on nous a réellement confiance. On n’avait pas d’expérience, mais beaucoup de qualité et une soif d’apprendre qui nous a permis d’être rapidement performants. Aujourd’hui, les jeunes lancés par Fonseca ont pour beaucoup été achetés dans d’autres clubs et assez peu ont été formés au club. Même si quand on voit les résultats, force est de constater que ce recrutement a été très bien fait.
Il y en a un qui fait le pont entre ces deux périodes, c’est ton ami Corentin Tolisso. Est-ce que tu l’as déjà vu aussi fort que cette saison ?
Ah oui, bien sûr. Ce qu’il fait cette saison, c’est du Corentin Tolisso, tout simplement. C’est la pièce maîtresse de l’équipe, celui qui apporte l’équilibre. Déjà à l’époque, il savait être décisif et pouvait marquer énormément de buts, un box-to-box, qui courait énormément. Et là, on revoit le Corentin Tolisso que tout le monde admire.

Son retour en équipe de France a été évoqué. Est-ce que c’est quelque chose que tu aurais aimé ou que tu aimerais voir ?
Oui, comme tout le monde. Je le dis en tant qu’ami, en tant que frère, en tant qu’ex-coéquipier et en tant qu’amoureux de l’équipe de France : il peut apporter énormément de choses à ce groupe-là. Mais réalité, c’est qu’il y a énormément de monde à son poste. Il y aura des choix à faire, mais le plus important, comme je lui ai dit, c’est qu’il soit en phase avec lui-même sur ce qu’il a réussi à faire sur cette saison pour atteindre son objectif. Même s’il ne l’atteint pas, il aura fait tout le nécessaire.
On est à un mois et demi de la Coupe du monde, il y a des finales à jouer et des championnats à terminer. Comment gère-t-on cette période quand on est un joueur concerné par tout ça ?
Inconsciemment, c’est humain d’avoir le Mondial en tête mais il faut d’abord penser à son club, surtout si tu as la possibilité de finir champion. Il faut continuer à faire les efforts mais être plus attentif à la récupération. C’est ça le plus important, surtout avec l’enchaînement des matchs. Et mentalement, il faut encore prendre les matchs les uns après les autres, sans penser à ce qui arrive derrière.
La prochaine Coupe du monde, tu la vivras derrière un micro. Tu t’épanouis dans ce nouveau rôle ?
C’est bizarre à dire, parce que gamin, j’avais ce rêve de jouer une Coupe du monde, ce qui est fait, mais aussi de connaître cette expérience en tant que consultant. J’ai passé tellement de temps devant ma télé à suivre des matchs incroyables, donc pouvoir vivre les matchs de cette manière, goûter à ces ambiances, c’est un autre rêve qui se réalise. Là, on est un peu dans l’attente mais je me prépare comme il faut. Quand je regarde un match, j’ai besoin d’avoir des personnes qui savent ce qu’elles disent au commentaire, qui savent aussi t’emmener dans cette ambiance. Donc le défi sera de faire sentir aux gens tout se qui se passe sur le terrain de la meilleure des manières possibles.
En Europe, la France fait moins bien que Chypre et la PolognePropos recueillis par Mathieu Rollinger





















































