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FC Nantes : tout est chaos

Par Ulysse Llamas
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FC Nantes : tout est chaos

Ce dimanche à la Beaujoire, le FC Nantes, condamné à la Ligue 2 pour la troisième fois de son histoire, a conclu de la pire des manières sa triste saison de Ligue 1. Le dernier épisode de l'année s'est terminé à la 22e minute après l'intrusion de supporters encagoulés sur la pelouse, et il n'en fallait pas plus.

« Casse toi Waldemar, prends ton fils avec toi. » Plutôt que cette profession de foi, seul son audible depuis cinq mois à la Beaujoire, le peuple nantais se souviendra d’une image. Ce n’est pas la frappe de Rémy Cabella à la 16e minute de Nantes-Toulouse, mais l’arrêt du dernier match de Ligue 1 du FC Nantes avant belle lurette. Des supporters encagoulés ont fait irruption sur la pelouse à la 22e minute, fumigènes à la main, pour exprimer leur colère quant à la situation de leur club de cœur, condamné à la la Ligue 2. Vahid Halilhodžić a tenté de leur en dissuader, car « c’est comme ça, c’est Vahid », mais c’était trop tard. Stéphanie Frappart, officielle de la rencontre, a décidé de mettre un terme à la soirée. Une manière de protéger tout le monde et d’abréger beaucoup de souffrances. Vahid n’est pas le seul à le certifier : c’est « triste ».

Vahid, seul rescapé du naufrage

Des images de caméras l’ont vu prostré, seul dans les vestiaires alors que des supporters accouraient vers ces derniers devant des joueurs incrédules. « J’ai essayé d’y retourner mais les gars de la sécurité sont trop costauds. Si j’avais eu quelques années de moins, peut-être que j’aurais pu m’en défaire… », marmonera le Bosnien. Deux jours après avoir fêté ses 74 ans, le troisième meilleur buteur de l’histoire du FC Nantes, n’aurait pas pu faire grand chose, tant la Brigade Loire était déterminée à faire entendre son ras-le-bol. Et Vahid d’affirmer : « Qu’est-ce qu’ils veulent faire ? Je connais la guerre, c’est rien ça. »

La soirée avait commencé par des sifflets. Seul « coach », acclamé par un tifo (« Vahid, sur le terrain comme sur le banc, toujours sincère et passionné : le peuple nantais te doit un éternel respect »), a été épargné. Plus tôt, Waldemar et Franck Kita avaient fait faux bond (contrairement à Medhi Benatia), se présentant au déjeuner au club puis en filant en jet comme on file à Varenne. La BL écrivait : « Des directeurs planqués et grassement payés qui profitent de la médiocrité : cassez-vous de notre ruine ! » 

Il y a des ruines dans l’Ouest, et ce n’est pas la première fois que la sonnette d’alarme est tirée. Le FC Nantes, huit fois champion de France en moins de quarante ans, ne peut pas échapper tous les étés à ce qui arrive à n’importe quel élève qui ne bosse pas son contrôle : l’échec. Nantes descend en Ligue 2 pour la troisième fois seulement de son histoire, démarrée en 1943, et pour la deuxième fois du mandat Kita. Un Nantes-Toulouse plonge encore dans des ténèbres, bien plus profonds que la lourde défaite en finale de Coupe de France 2023 contre ce Téfécé.

Le FC Nantes, ce n’est pas le président-propriétaire. On est tous supporters de ce club.

Vahid Halilhodžić, entraîneur du FC Nantes.

En 2006-2007 déjà, un Nantes sous les ailes de Dassault avait connu trois entraîneurs et des recrues à tout va l’hiver, comme Fabien Barthez, sorte de Rémy Cabella d’une autre époque. Alors que leur équipe était déjà condamnée, des supporters envahissent la Beaujoire le jour de la der’ à domicile, contre Toulouse. Fin 2016, un Nantes-Toulouse avait également vu des ultras tenter d’accéder à la loge des Kita par les tribunes. « Depuis un certain moment, il y a une animosité vis-à-vis des dirigeants. Mais il faut faire la différence entre les dirigeants et le club, tentait de distinguer Vahid Halilhodžić ce dimanche. Le FC Nantes, ce n’est pas le président-propriétaire. On est tous supporters de ce club. On a pas mal de regrets. En plus de 40 ans de carrière comme joueur et entraîneur, je n’ai jamais vécu ça. » En 2009, après une saison à deux coachs, des bastons entre les joueurs et des conseils deux roues de Pascal Praud, qui qualifiait les Valenciennois de « pompes à vélo ». Nantes était descendu pour la dernière fois avant ce printemps 2026.

En termes de points, la pire saison de l’histoire du FCN

17 ans après, le vélo est arrivé à Nantes, Pascal Praud est toujours conseiller de Waldemar Kita, le club n’a pas de cellule de recrutement et les Jérôme Alonzo et Michael Gravgaard de l’époque ont été remplacés par Uroš Radaković et Francis Coquelin. Le club flirte avec la zone rouge depuis le confinement, sans projet sportif ni cohérence. 18e en 2021 et barragiste miraculé contre Toulouse, il n’a terminé qu’une fois dans le top 10 depuis (en 2022). Le FCN n’a pas gagné deux fois d’affilée à domicile depuis octobre 2023 et a enchaîné les défaites cette saison, les cinq revers d’affilée du début d’année faisant craindre la pire série de l’histoire du club.

La victoire en coupe de France a été une parenthèse enchantée, masquant un temps la réalité des Ligériens. Aucun entraîneur n’a tenu deux saisons complètes sur leur banc depuis Michel Der Zakarian, entre 2012 et 2016, plus de 200 joueurs ont foulé la pelouse en 15 ans, les jeunes du centre n’ont pas de perspective ou sont dans le flou (que devient Tylel Tati ?). Pas un sou n’est dépensé au mercato, et même quand on croit à l’Europe comme Mostafa Mohamed en début de saison, la réalité rattrape et l’histoire refait surface, d’un joli documentaire sur Raynald Denoueix à l’issue logique du mirage du Collectif nantais.

Comme Saint-Étienne en 2022, Nantes risque de repartir en Ligue 2 avec une lourde sanction. Des huis clos ou un retrait de points sont possibles, et le navire est toujours aussi flou : pourquoi faire revenir Philippe Mao, ancien coordinateur sportif, au recrutement ? Franck Kita va-t-il enfin arranger sa relation avec son papa ? Quels joueurs seront là ? Quel entraîneur ? Quelle sera la politique de formation, alors que l’état de la Jonelière inquiète ? Bref, tout ce qu’un club normalement constitué, comme Auxerre ou, bien trop haut, Lens devrait connaître. Les points de réjouissance sont moindres : le courage de Vahid, une équipe féminine en réussite grâce au travail d’un club aligné (tiens, tiens), et une formation encore florissante. Pendant ce temps-là, Luís Castro, viré en décembre, est en passe de maintenir Levante en Liga. La saison nantaise n’avait ni besoin de ça ni d’un dernier calvaire pour être déjà un fiasco.

Vahid dégoûté par l’arrêt du match à Nantes

Par Ulysse Llamas

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