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Medhi Benatia à l'OM, un adieu et des leçons

Pendant près de 25 minutes, après la victoire de Marseille contre Rennes, Medhi Benatia s'est présenté de la presse et a fait du Medhi Benatia. Il a fait le bilan, allumé les joueurs, parlé de Roberto De Zerbi et regretté le grand gâchis de cette saison. Son successeur, qui doit être Grégory Lorenzi, peut en tirer des leçons.
Il était 00h09 quand Medhi Benatia s’est pointé dans une zone mixte qui avait été prévenue de son arrivée, ce dimanche soir au Vélodrome. L’horloge affichait 00h32 quand le désormais ex-directeur du football de l’OM a quitté les micros avec un clin d’œil en même temps qu’il quittait, trois mois après avoir posé sa démission, son costume de dirigeant de Marseille. En un peu moins de 25 minutes, l’ancien défenseur a été le moulin à paroles qu’il aime être et qu’il avait déjà été à Lorient, il y a un mois tout pile. Il a fait son bilan, un peu, il a lancé quelques piques, beaucoup, et son discours a surtout rappelé à quel point son destin phocéen était intimement lié à Roberto De Zerbi. Il a livré ses vérités, ses sentiments, ses frustrations et c’est un peu toute la saison, qui a semblé durer des années, qui a défilé devant ses yeux et les nôtres. Tous les problèmes de l’OM, tout ce qu’il ne faut plus faire et tout ce qui doit changer pour que la suite ne s’écrive pas dans le même chaos.
Le grand gâchis
Paradoxalement, la saison de Marseille s’est mieux terminée qu’elle n’avait commencée. L’OM a battu Rennes et aucune bagarre n’était à déplorer dans les vestiaires après le coup de sifflet final. C’est déjà ça. Il ne fallait en tout cas pas compter sur Benatia pour venir relativiser la cinquième place et la qualification en Ligue Europa sur le gong. « Évidemment que c’est du gâchis, pestait-il. Si on m’avait fait signer en début d’année pour finir troisième, j’aurais dit non, non et non. On voulait chercher au minimum la deuxième place, on était ambitieux. » Au bout de l’histoire, l’OM n’est ni deuxième, ni troisième, ni quatrième et chacun faisait ses petits calculs pour savoir où étaient les deux points manquants pour le podium et la Ligue des champions (Nice, le Paris FC, Strasbourg, Toulouse, Nantes, Angers, le choix était cornélien). Ce n’est pas un hasard quand cela se répète et les responsabilités sont toujours partagées dans le foot.
« Je suis venu au stade, je n’ai pas fait comme Kita, je ne suis pas resté à la maison. » La très loooooongue prise de parole de Medhi Benatia pour sa dernière à l’OM (en quasi-intégralité). pic.twitter.com/grTRVrotsU
— SO FOOT (@sofoot) May 17, 2026
Benatia n’avait pas le même ton qu’au Moustoir, mais il a encore et toujours égratigné ses joueurs. Il leur a reproché leur irrégularité, leur manque de fiabilité, leur degré de motivation en fonction des adversaires et bien d’autres choses. « Aucun entraîneur ne va te dire qu’il faut tout donner contre les gros, se mettre le cul par terre contre le Real Madrid et gérer contre Nantes, soufflait-il. Moi, je n’ai jamais eu un entraîneur qui m’a demandé ça. Et je n’ai jamais vu Roberto ou Habib demander ça au groupe. C’est un gros gâchis. » C’était le mot de la soirée, sans doute celui de la saison, dont il aura été le seul survivant du trio qu’il composait avec Pablo Longoria et Roberto De Zerbi. « Certains vont dire que c’est parce que j’ai annoncé ma démission en février, que Roberto De Zerbi n’était plus là, ce n’est pas vrai. Tout le monde était là pour le match contre Nantes ici, à Bruges aussi, on a montré le même visage. Le mal de cette saison, c’est l’irrégularité. Quand tu rencontres des difficultés, tu as toujours deux ou trois leaders qui prennent les choses en main et vont permettre de te remettre sur les rails. Malheureusement, on a essayé de mettre ça en place, de le corriger. On n’a pas réussi. C’est le plus gros échec pour moi. »
« Je suis venu au stade, je n’ai pas fait comme Kita »
Le directeur du foot de l’OM n’a pas tout bien fait et n’a pas tout mal fait en deux ans et demi. Ce dimanche soir, il n’a jamais cessé de parler de « Roberto », dont il a plus mentionné le nom que celui de Beye, le coach qu’il avait choisi pour finir la saison. Il a encore été question de ce qu’est Marseille et de ce que doit être l’OM, leur mantra qui n’a plus aucun sens à l’issue d’un tel échec. « Quand tu portes ce maillot, tu dois savoir que tu ne peux pas faire ce genre de prestation. Tu dois toujours donner un minimum dans la performance et on ne l’a pas fait, continuait Benatia. Roberto disait : « Si nous deux, on n’arrive pas à donner à l’équipe plus de passion, plus de sang, personne n’y arrivera. » On n’a pas réussi à avoir ce supplément d’âme, ce qui a donné des résultats catastrophiques et mes sorties que je ne regrette pas (…) Je suis venu au stade, je n’ai pas fait comme Kita, je ne suis pas resté à la maison. Je ne me cache jamais. »

Il serait trop long de lister toutes les punchlines et autres formules balancées par Benatia. Tout le monde aurait pu faire mieux, dans cette histoire, et l’ancien défenseur marocain n’avait pas tort de rappeler que directeur du foot démissionnaire ou non, les joueurs ne jouaient pas pour un dirigeant, mais pour un club. Ce sont pourtant les joueurs qu’il avait choisis, avec ses anciens acolytes, et c’est aussi le travail d’un dirigeant, d’un bâtisseur de se renseigner sur tout ce qui sort du terrain et de construire un groupe de joueurs et d’hommes. C’est donc également son échec, à lui comme à Longoria et De Zerbi.
Les successeurs de tout ce beau monde auront des leçons à retenir sur un plateau : moins de promesses, moins de grands discours, moins de « ce que doit être l’OM », comme si on parlait d’un club qualifié chaque année en Ligue des champions depuis 15 ans. Ce n’est pas le glorieux passé du club phocéen qu’il faut invoquer pour que Marseille (joueurs, staff, salariés, dirigeants, supporters) retrouve un peu de constance, c’est seulement le bon sens. Place à Grégory Lorenzi ? « Si c’est lui, je lui souhaite beaucoup de réussite, beaucoup de patience, parce qu’il en faut, et j’espère qu’il restera droit dans ses bottes, comme il l’a fait en Bretagne, qu’il viendra avec son sang corse et qu’il ne fera pas de demi-mesure comme on aime faire ici, quand on se fait prendre par le contexte. » Il a trois mois pour voir venir la prochaine saison et les fameux pronostics estivaux qui verront l’OM futur champion.
Le souhait de Benatia pour l'avenir de l'OMPar Clément Gavard, au Vélodrome














































