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Grégory Lorenzi à l’OM : le grand saut

Après dix ans au Stade brestois, le directeur sportif Grégory Lorenzi met les voiles et va découvrir une autre dimension avec l’Olympique de Marseille. Travailleur acharné, le Corse a su imposer sa patte et sa rigueur dans le Finistère pour écrire les plus belles pages de l’histoire du club breton. Mais quelle est sa méthode et a-t-elle des chances de fonctionner dans la cité phocéenne ?
« Aujourd’hui, je souhaite simplement lui dire merci. Merci pour son engagement, son soutien et tout ce que nous avons construit ensemble pour le Stade brestois. Merci pour toutes ces émotions vécues au fil des années et pour cette aventure exceptionnelle. » Ces lignes écrites par Denis Le Saint, le président du SB29, au moment d’officialiser dans un communiqué le départ de Grégory Lorenzi, montrent la trace laissée par l’ancien défenseur dans l’histoire du club finistérien. Comme cela ne suffisait pas, le dirigeant a été fait citoyen d’honneur de la ville de Brest mercredi par Stéphane Roudaut avant le coup d’envoi de la rencontre face à Strasbourg (1-2). Sollicité depuis des années par plusieurs clubs de l’élite, Lorenzi va enfin quitter la cité du Ponant pour vraisemblablement devenir le prochain directeur sportif de l’Olympique de Marseille. Un bond de géant dans sa carrière qu’il doit en grande partie à sa méthode de travail.
Le magnifique hommage du @SB29 pour Grégory Lorenzi 😍 🔜 Direction l'@OM_Officiel pour le directeur sportif brestois ?#SB29RCSA pic.twitter.com/v6F6uFOoPz
— L1+ (@ligue1plus) May 13, 2026
La recette Lorenzi
D’abord joueur au Stade brestois, Lorenzi avait été propulsé à la tête du sportif en 2016 lorsque Denis Le Saint, devenu au fil des années un père spirituel pour lui, avait pris la présidence du club. Un pari plus que gagnant puisqu’en une décennie chez les Ty-Zefs, le directeur sportif est parvenu à stabiliser l’équipe en Ligue 1, à sortir de son chapeau Éric Roy, devenu assurément l’un des plus grands entraîneurs du SB29, et à amener le club en Ligue des champions, après une troisième place historique lors de la saison 2023-2024 et ce malgré un des plus petits budgets de Ligue 1. Un héritage colossal qu’il a construit brique par brique.
À Brest, il a amené beaucoup de rigueur.
« C’est quelqu’un de très minutieux, qui garde une certaine distance avec la plupart de son entourage, détaille Olivier Dall’Oglio, entraîneur du club breton de 2019 à 2021. C’est pas qu’il soit froid, mais il a une distance professionnelle quelque part. C’est sa personnalité, de vouloir s’isoler. À Brest, il a amené beaucoup de rigueur, que ce soit par son comportement, son boulot, son investissement. Le club avait certainement besoin de ça. » Proche des joueurs et de son entraîneur sans jamais être intrusif, Lorenzi est direct, franc. Une honnêteté à toute épreuve qui trouve sa source dans son profond attachement à l’institution, que l’on doit respecter à tout prix. Comme mentionné par le technicien passé également par Nîmes, Montpellier ou plus récemment Saint-Étienne, le Corse est parvenu à poser un cadre strict dans le club finistérien, où il prenait des décisions présidentielles, notamment sur le plan administratif.

« Lorenzi se fixe des objectifs cohérents et fait tout pour les atteindre, pose François, un membre du podcast Brest On Air. Ce n’est pas le dirigeant qui a une vision romantique du foot ou qui va prendre des risques, il est plutôt pragmatique et c’est un homme de parole. » Une ligne de conduite qu’il est parvenu à tenir jusqu’au bout, allant jusqu’à repousser des avances plus qu’alléchantes sur le plan sportif et financier à l’été 2024, notamment du Stade rennais, par fidélité pour son président. Cette loyauté, ses principes et sa dévotion absolue ont tout de même un prix. Quand un membre de l’effectif ou un coach sort du cadre établi et qu’il se sent trahi, Lorenzi, pas toujours ouvert aux critiques, peut rapidement monter dans les tours. Sa relation avec Éric Roy s’est légèrement tendue cette saison, et par le passé quelques accrochages ont eu lieu avec des joueurs, comme Romain Faivre qu’il avait recadré sèchement lorsqu’il avait forcé son départ du club, ou encore des représentants de supporters, qu’il pouvait parfois incendier au téléphone quand un tweet ne lui plaisait pas.
À la découverte d’un nouveau monde
Si sa signature n’est pas encore officielle et si l’OGC Nice ne semble pas avoir dit son dernier mot (voulant faire valoir un supposé accord selon Nice-Matin), tout porte à penser que Grégory Lorenzi va être le prochain directeur sportif de l’Olympique de Marseille. Une opportunité formidable dans un contexte explosif avec une crise de résultats et une grande réorganisation interne. Le Corse de 42 ans, réputé pour son calme olympien, aura pour mission de ramener de l’ordre dans un club qui n’a été que l’ombre de lui-même cette saison. Habitué à travailler avec une équipe restreinte, dont son frère a fait partie, l’ex-DS brestois devra cette fois composer avec un nombre de personnes bien plus élargi mais aussi et surtout devoir gérer un budget près de cinq fois supérieur à ce qu’il a pu connaître dans le Finistère nord et parvenir à être aussi performant sur le marché des transferts qu’il a pu l’être à Brest avec 28 transferts, pour un investissement de 57 millions d’euros et un retour sur investissement de 364%. « C’est un sacré défi, un gros changement, mais il a vraiment fait ses preuves à Brest, juge Dall’Oglio. J’aurais pensé qu’il prendrait un club intermédiaire, mais s’il a choisi d’aller à l’OM, c’est qu’il se sent assez solide maintenant pour y aller. Il a les capacités pour le faire. »
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— TransferRoom (@transferroom) November 26, 2025
Fin stratège, Lorenzi peut être perçu comme un personnage très politique, qui arrive à manœuvrer un peu tout le monde. Même quand il était contraint à Brest d’attendre le money time lors du mercato pour réaliser de beaux coups – rappelons qu’il n’a jamais acheté un joueur à plus de 5 millions d’euros au SB29 –, ce dernier savait parfaitement jouer la montre et faire patienter ses entraîneurs. « Greg peut parfois être très rigide sur certains côtés, mais quand tu diriges un club, une institution, les intérêts des uns ne sont pas ceux des autres, complète Dall’Oglio. Il faut aussi avoir cette attitude-là, et c’est aussi pour cela peut-être que l’OM est allé le chercher. Quand il prend une décision, il s’y tient et fait en sorte que les autres aussi. » Dans un vestiaire d’internationaux et de stars où les ego vont être bien plus complexes à gérer que dans un club familial comme Brest, la pression sera tout autre pour le Corse, dont l’une des missions majeures sera d’imposer sa discipline.
S’il se foire, il sera étiqueté comme un mec qui a réussi dans un petit club mais qui n’a pas passé le cap.
Avec ce changement de dimension, l’ancien défenseur va sûrement devoir modifier ses méthodes de travail pour pouvoir s’adapter au contexte souvent explosif du club phocéen, toujours en quête d’un trophée depuis 2012. « Les réserves sont importantes, il a tout à changer, il ne faut pas qu’il arrive avec son logiciel actuel. Il va falloir que Lorenzi se réinvente, assure François de Brest On Air. C’est quitte ou double. S’il se foire, il sera étiqueté comme un mec qui a réussi dans un petit club, mais qui n’a pas passé le cap. En revanche, si cela fonctionne, il peut imaginer diriger de belles écuries à l’étranger. » Mouillez-vous la nuque, il est l’heure de sauter dans le grand bain.
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