- Première Ligue
- Demies
- OL Lyonnes-Nantes
Non, le jeu à la nantaise n'est pas mort à Nantes

Sensation de cette saison 2025-2026, les Nantaises sont passées d’un maintien miraculeux en deuxième division aux play-off en trois ans. Un succès qui porte le sceau de Nicolas Chabot, arrivé à la tête de l’équipe en 2023, qui a su redonner ses lettres de noblesse au jeu à la Nantaise tout en l’adaptant au football féminin. Décryptage.
La séquence de 18 secondes a fait le tour du monde. Huit passes, huit joueuses concernées par la construction de l’action et finalement un troisième but d’anthologie marqué par Lucie Calba face à Strasbourg (0-3), également nommé dans la catégorie « Plus beau but de la saison » pour les Trophées LFFP. Pour bon nombre de supporters et d’observateurs, le jeu à la nantaise, disparu depuis si longtemps du côté de l’équipe masculine, est de retour. Il a simplement changé de vestiaire.
🗳️ 𝗟𝘂𝗰𝗶𝗲 𝗖𝗮𝗹𝗯𝗮 nommée pour le but de l’année ! Cette construction collective nantaise face à Strasbourg… on s’en lasse pas ! 😍 👉 C’est en commentaire de la publication @ArkemaPL que ça se passe. #OnEstNantes #ArkemaPL https://t.co/9dosRIa2lu pic.twitter.com/6yMq4cES2I
— FC Nantes Féminines (@FCN_Feminines) May 13, 2026
Collectif rodé, football attractif et coach visionnaire
« En trois ans, on en a mis un paquet des buts comme ça. Je pense qu’on en a mis au moins cinq. Ce n’est plus de la chance, c’est une capacité des joueuses à bien se coordonner », pose d’emblée Nicolas Chabot. Celui qui est devenu entraîneur principal de l’équipe nantaise à seulement 29 ans en mai 2023 a d’abord su profiter du sursis accordé à son équipe, maintenue administrativement en D2 après la liquidation de l’ASJ Soyaux au terme de la saison 2022-2023. La suite n’est qu’un enchaînement de succès. Une promotion en Première Ligue un an seulement après son arrivée, un maintien avec une très honorable 7e place pour la première saison de l’histoire du FCN dans l’élite du football féminin et une qualification en play-off pour la deuxième.
Le jeu à la nantaise c’est ni plus ni moins que l’intention de se connecter ensemble, l’intention de bouger ensemble, d’avoir beaucoup de mouvements, de la créativité, de penser le jeu.
Si le FC Nantes émerveille le monde du ballon rond par son jeu, c’est également grâce à son collectif, pierre angulaire du jeu à la nantaise : « On a toujours eu une qualité de jeu, on a toujours eu un collectif très fort », détaille Chabot. Mais celui qui joue à la fois le rôle de coach, responsable recrutement et directeur sportif sait également l’importance de renforcer son effectif chaque saison avec des joueuses faites pour s’insérer dans son système de jeu : « L’équipe qu’on a cette année est meilleure que celle qu’on avait l’année dernière. On a renforcé l’effectif et grâce à l’apport des individualités, le collectif a été meilleur. Donc à partir de ce moment-là, on garde la même idée de jeu. »
@sofootcom Devant 13 500 spectateurs, le FC Nantes féminin s’est offert la première victoire à la Beaujoire de son histoire, contre le Paris FC (3-1) #footballtiktok #sportstiktok #fcnantes #footfeminin #nantes ♬ original sound - So Foot
Un jeu attractif qui fait la renommée des Nantaises depuis trois saisons. « Notre style de jeu met en valeur les qualités techniques, les qualités tactiques et les qualités associatives sous une haute intensité. À partir de là c’est une grande coordination de mouvements, chacun bouge, mais pas n’importe comment, dans certaines zones. Notre jeu de position c’est la coordination des positions, c’est ce qu’on recherche sur le terrain, explique le tacticien nantais. Après c’est un football qui est technique, intense, offensif, où on a un espace d’organisation collective et une liberté individuelle pour la création, le dribble, la percussion, etc. Ce sont les éléments forts du projet de jeu. » Né à Rezé, dans la banlieue nantaise au milieu des années 1990, Chabot assume parfaitement l’influence du jeu à la nantaise sur sa manière d’appréhender le football, tout en y ajoutant des touches de philosophies espagnole et anglaise, pays où il a voyagé durant sa formation de coach.
Des préceptes de jeu qui l’ont toujours accompagné depuis sa prise de poste en deuxième division : « En toute sincérité, c’était une prise de risque. Je démarrais ma carrière, j’avais aussi beaucoup à perdre. Mais je ne me voyais pas aller sur un autre format, j’étais persuadé que c’était le bon chemin. On a eu la réussite qui va avec, qui fait que les joueuses développent cette croyance en l’idée de jeu, envers le projet, en la façon dont on s’entraîne. »
Une modernisation du jeu à la nantaise
Simplicité, vitesse et mouvement permanent sont les maîtres mots du jeu à la nantaise pensé par José Arribas durant les décennies 60-70, puis perfectionné par Coco Suaudeau et Raynald Denoueix entre 1990 et 2000. Des principes de jeu partagés par les Canaries mais dans un cadre modernisé et adapté au football féminin, où la technicité prime sur l’intensité physique. « Le jeu à la nantaise c’est ni plus ni moins que l’intention de se connecter ensemble, l’intention de bouger ensemble, d’avoir beaucoup de mouvements, de la créativité, de penser le jeu. Mais c’est aussi ce qu’on a retrouvé du côté du Grand Barcelone. C’est aussi ce qu’on retrouve du côté du PSG aujourd’hui », analyse le coach nantais.
Celui qui s’est beaucoup inspiré des méthodologies espagnoles et du football de transition anglais estime que le parallèle avec le football pratiqué par le « Grand Nantes » est logique : « Ce n’est pas faux dans le sens où on a les mêmes fondamentaux de jeu. Après, je ne suis ni Suaudeau, ni Denoueix. Je ne prétends pas l’être. Je suis Nicolas Chabot avec une identité à la fois nantaise, à la fois espagnole et à la fois anglaise. Il y a des inspirations effectivement de ce qui pouvait se faire dans le jeu à la nantaise de l’époque, mais modernisé. »
Julie enflamme une dernière fois Saupin cette saison ! 🔥 Face à l'OL Lyonnes, Julie Swierot inscrit son 4e but sous les couleurs nantaises.#FCNOLL #ArkemaPL pic.twitter.com/3Q5lQRoqhZ
— FC Nantes Féminines (@FCN_Feminines) April 30, 2026
Une comparaison également osée par d’anciens joueurs nantais. À l’instar de Gilles Rampillon, vice-président de l’association du FC Nantes qui assiste à chaque rencontre des féminines et ancien joueur du club passé sous les ordres de José Arribas, qui a souvent considéré les protégées de Nicolas Chabot comme les héritières du jeu à la nantaise, notamment lors d’une intervention sur Ici Loire Océan. Pour autant, « le football il a changé » pour reprendre la formule consacrée par Kylian Mbappé.
L’une des données majeures qui varie par rapport à l’époque du « Grand Nantes » reste l’importance du démarquage pour les joueuses offensives selon Chabot : « Pour créer du mouvement permanent, c’est l’entraînement. Il faut comprendre pourquoi on court, avoir de la motivation à courir et avoir le moteur pour courir. Donc ça s’entraîne au quotidien. On a des séances de haute intensité et aujourd’hui, le démarquage, c’est une des clés du football moderne, disserte le tacticien nantais. Il faut donc être capable de savoir pourquoi on bouge, dans quelles zones on bouge. On identifie des zones d’activation préférentielles, c’est-à-dire que chaque joueuse a ses zones préférentielles sur le terrain. Et on essaie de faire en sorte qu’elle puisse avoir la liberté de bouger dans ces zones-là.et que quand une joueuse bouge, c’est toute la structure collective qui bouge. »
Le foot féminin se doit d’être développé aussi par la qualité du spectacle proposé.
Le football féminin doit aussi tracer son propre chemin selon le tacticien nantais, une donnée qu’il défend à travers ses préceptes de jeu : « Le foot féminin se doit d’être développé aussi par la qualité du spectacle proposé. Plus tu proposes un spectacle de qualité, plus les gens viennent au stade et peut-être défendent un spectacle qui est différent des garçons. Les garçons, il y a énormément de duels, il y a énormément d’impact, il y a énormément de dominante athlétique. Le foot féminin doit aller sur un registre technique, tactique, de relations de jeu, un peu plus collectif peut-être. Donc nous, on a défendu ces préceptes et les résultats ont suivi. Et vu que les résultats ont suivi, je pense que l’attraction a suivi. » De quoi redonner le sourire aux supporters nantais dans une saison marquée par la relégation de l’équipe masculine en Ligue 2, mais qui a vu le jeu à la nantaise devenir le jeu des Nantaises.
La liste des nommées pour les trophées LLFP dévoiléePar Léna Bernard
Propos de Nicolas Chabot recueillis par LB.





















































