- Mexique
À Monterrey, André-Pierre Gignac a encore faim

Le Mexique ne fait pas qu’accueillir la troisième Coupe du monde de son histoire. Depuis quelques jours, il goûte pour la première fois aux saveurs incomparables des pizzas et des poulets rôtis à la marseillaise. Aux fourneaux (ou presque), la légende des Tigres de Monterrey André-Pierre Gignac.
Loin de la polémique née de sa présence aux côtés du staff de la sélection tunisienne, et pas encore immergé sans le vouloir dans le psychodrame provoqué par l’éviction de son père après la déroute contre la Suède, Yanis Lamouchi s’éclate… la panse. À peine arrivé à Monterrey, où la Tunisie lançait (mal) son Mondial, le jeune homme, fils de Sabri Lamouchi, ne sait plus où donner de la fourchette : pizza aux merguez, poulet sauce aux poivrons et aux huit épices, crème brûlée, le décalage horaire sera digéré plus vite que le repas. En face de lui, le maître de cérémonie est aux anges. Tee-shirt Kith dédié à Mickey et ses amis sur le dos, André-Pierre Gignac s’extasie de savoir l’un de ses premiers clients comblé. Pas de pelouse ni de filets qui tremblent à l’horizon : bienvenue à « Petite Canaille », le restaurant le plus provençal du Mexique, que vient d’ouvrir l’attaquant tricolore aux 36 sélections (7 buts).
Gignac, toujours un Tigre ?
« Ici, pas de chichi », prévient d’emblée celui qui est encore pour quelques jours, du moins contractuellement parlant, l’attaquant des Tigres. « S’il faut effilocher avec les doigts, tu le fais », et de joindre le geste à la parole. Il y a quinze jours, il a disputé les 40 dernières minutes de la finale de la CONCACAF Champions Cup (perdue aux tirs au but contre Toluca), concluant par un tir au but marqué mais une désillusion collective ce que tout le monde annonce comme son ultime saison de joueur professionnel. De chichi, il n’y en aura pas à la question de savoir si ce premier investissement commercial à Monterrey marque le début d’une seconde carrière. « Non, t’es fou ! Rien à voir, assure-t-il. Le timing avec la fin de la saison, le début de la Coupe du monde, non, il n’y a aucune stratégie. » Son agent Jean-Christophe Cano, assis à deux assiettes de là, le confirme. D’ailleurs, le football n’est pas invité à table aujourd’hui.
Si André a été la meilleure chose arrivée à Monterrey et même au Mexique ces dix dernières années, le risque d’une fin sans gloire voire conflictuelle existe.
La situation de Gignac est il est vrai complexe. Après onze ans aux Tigres, cinq titres nationaux, 222 buts et un statut de légende vivante dans toute la ville de Monterrey, le natif de Martigues a entendu la nouvelle direction du club répéter ces derniers jours aux médias locaux que « si les portes du club restaient ouvertes, s’il avait toutes les caractéristiques pour devenir un grand cadre technique, son cycle en tant que joueur s’achevait ». Le tout sans rien proposer, visiblement, de concret pour une suite immédiate dans l’establishment de cette formation remise sur le devant de la scène continentale par les prouesses de l’attaquant français.

De quoi faire dire à Angel Nava, influenceur spécialisé dans le ballon rond mexicain, que « même si André a été la meilleure chose arrivée à Monterrey et même au Mexique ces dix dernières années, le risque d’une fin sans gloire voire conflictuelle existe ». Car, de son côté et même s’il ne lâchera pas un mot à ce sujet entre deux bouchés de pizza chèvre-miel, André-Pierre Gignac, 40 ans et 6 mois, n’a jamais caché qu’il s’estimait encore en grande forme et capable de continuer à exercer quelque temps son métier.
Son souhait ? Remettre le couvert avec les Tigres, entraîné par son ex-coéquipier Guido Pizarro, avant la perspective concrète d’une suite sans crampons au sein de l’organigramme directif du club. « La semaine passée, j’ai entamé ma prépa estivale, tout seul. Je vais chaque matin au gymnase en face de chez moi. Je suis tranquille, j’ai fait ce qu’il fallait », glissera-t-il énigmatiquement. Alors que des rumeurs infondées l’ont récemment envoyé dans d’autres clubs mexicains – Pachuca, Atlas -, prêt à rejoindre Antoine Griezmann à Orlando City, voire courtisé par Boca Juniors et l’America, comme l’affirme L’Équipe, lui se dit et se redit « ancré à Monterrey. Et le restaurant ne change rien à cela. »
« C’est quelque chose de manger dans son propre restaurant »
Qu’on le veuille ou non, c’est en causant cuisine que l’idole de toute une ville est actuellement le plus à son aise. « Petite Canaille » est son chez lui, il ne surjoue pas sa fierté d’y recevoir son monde. Avec ses deux associés, son cousin marseillais Ichem Sid et un entrepreneur mexicain, il veille au grain, de l’attente à l’entrée au volume de sauce dans le plat de volaille. La restauration, le triple meilleur buteur du championnat du Mexique (et de Ligue 1 en 2008-2009) l’a dans le sang. Sa mère a tenu un restaurant andalou à Port-de-Bou et la paella de sa grand-mère est « le meilleur plat du monde », deux de ses frères ont choisi cette filière à Fos-sur-Mer et Port-Saint-Louis-du-Rhône et une tante avait une table à Istres. Résultat, la trentaine de pizzas marseillaises proposées à Monterrey répondent à un manque autant qu’à la quête d’un lien transatlantique. « Oui, j’ai une cheffe qui me cuisine de très bonnes choses, mais les saveurs de mon enfance me manquaient, dresse Gignac. Petite Canaille, c’est finalement la connexion que je voulais avoir, une connexion partie d’un simple kif entre amis et d’une envie de convivialité. »

Et maintenant ? Poulet et pizzas engloutis, Gignac sourit, l’œil taquin. « Quand même, c’est quelque chose de manger dans son propre restaurant, assure-t-il. Si ça marche, pourquoi ne pas en mettre dans tout le Mexique ? » Sans s’être concertés, son coéquipier aux Tigres Nahuel Guzmán, gardien international argentin, a ouvert en même temps, et à deux pâtés de maisons, une succursale d’une franchise de glaces. Lionel Messi, David Luiz, Luis Suárez ou James Rodríguez, pour ne citer que des confrères latino-américains, n’avaient pas attendu les Tigres pour se doter de belles tables. Investissement, passion, reconversion, toutes les raisons sont bonnes. Même celles de Gignac, plutôt entre les deux premières. Et même si sa passion première « est et reste le football. Tiens, je vais suivre de près les Bleus et le Mexique à la Coupe du monde ». Aucune des deux sélections ne jouera à Monterrey, mais qu’importe. Le dimanche 14 juin, il était au stade pour des photos dans la loge du gouverneur du Nuevo Léon Samuel Garcia, et surtout pour voir ce qui sera finalement la seule rencontre de la Tunisie sous la houlette de son ami Sabri Lamouchi. Jamais rassasié, Dédé.
Pour sa dernière, Gignac perd une finale avec les TigresPar Florent Mathern, à Monterrey (Mexique)

















































