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L’UEFA est-elle un contre-pouvoir crédible face à la FIFA ?

L’UEFA menace de boycotter les compétitions de la FIFA si Gianni Infantino persiste dans son projet de société commerciale. Mais ne nous trompons pas, il ne s’agit ni d’une révolte, et encore moins d’une révolution.
Un séisme. Pour une fois, le terme n’est pas galvaudé. À peine se terminait une Coupe du monde saturée de polémiques (racisme, ingérence politique, …), que le football s’offre une crise inattendue, inédite dans sa nature, dont l’ampleur et les conséquences nous échappent encore. Réunies en urgence, les fédérations européennes réunies dans l’UEFA ont rendu public un communiqué officiel, approuvé à l’unanimité des 55 membres (apparemment, la Tchéquie aurait rétropédalé) rejetant en bloc le projet fou de Gianni Infantino d’ouvrir des parts de ses compétitions de FIFA – dont la Coupe du monde – à des investisseurs privés.
« À la suite des discussions d’aujourd’hui, aucune équipe nationale de l’UEFA ne participera à une compétition de la FIFA tant que ces propositions resteront d’actualité, sauf si elles sont abandonnées dans leur intégralité, avec l’assurance que la FIFA n’ouvrira plus jamais ses compétitions à des investisseurs privés », peut-on y lire. Pour mémoire, derrière ces derniers se cachait un fonds lié à la famille de Donald Trump, via le frère de son gendre.
Une bataille après l’autre
Cette menace – s’avère inédite – le seul équivalent qui s’en rapprocherait étant le boycott de la Coupe du monde 1966 par les pays africains afin d’obtenir une place directe en phase finale. En assumant la confrontation, l’UEFA assume clairement un rôle politique et le statut de principal opposant face à Gianni Infantino. L’épisode donne surtout corps, de manière brutale et frontale, à une guerre auparavant larvée avec la FIFA.
D’aucuns du côté de Nyon voyaient la main de l’Italo-Suisse derrière la Superligue afin d’affaiblir l’instance européenne (il a fini par se ranger du côté de l’instance continentale), sans oublier les divergences de vues lors de l’exclusion de la Russie. L’UEFA, jamais avare de petits tacles éthiques, a récemment décidé de confier le sifflet de la Supercoupe à Omar Abdulkadir Artan, arbitre officiellement désigné pour le Mondial mais refoulé du territoire américain et abandonné lâchement par la FIFA. Une occasion aussi de casser l’image de grand défenseur de l’Afrique dont aime se prévaloir Gianni Infantino.

Cette fois, le projet de société commerciale oblige les protagonistes à sortir du feutré. D’autant plus que l’UEFA dispose de puissants leviers. L’Italo-Suisse recourt constamment aux modalités singulières d’élection au sein de l’instance internationale pour réduire l’influence européenne. Il sait parfaitement utiliser dans ce but un clientélisme hypocrite alimenté par les mannes financières de ses compétitions, redistribuées de façon plus ou moins transparente. La même recette était à l’œuvre avec sa nouvelle usine à gaz (d’ailleurs presqu’un plagiat de la brillante inspiration de Vincent Labrune avec CVC). Il promettait 40 millions par fédération, du moins à celles qui se soumettraient d’ici le 19 septembre.
L’Europe, une voix suffisamment forte ?
Cette fois, Gianni Infantino vient de subir, en retour de boomerang, l’effet pervers de sa logique exclusivement financière. Le capitalisme est parfois vicieux. Le cœur économique du foot bat toujours en Europe, ainsi que ses principales forces sportives (6 sur 8 en quarts de finale, et la Roja championne du monde) – et donc la valeur de la marchandise, y compris auprès des diffuseurs. Sans oublier, bien sûr, que la prochaine édition se déroule partiellement en Espagne et au Portugal. Sans oublier non plus le poids de la C1 ou le nombre de joueurs africains, sud-américains et asiatiques évoluant dans les championnats européens. L’idispose d’une arme puissante et redoutable. Une arme de dissuasion qu’elle vient enfin de sortir du hangar. Que vaudrait une Coupe du monde sans la France, l’Allemagne ou l’Angleterre ? Qui dépenserait des milliards pour un produit au rabais, notamment après une chute des droits télés ?
La Coupe du monde de la FIFA appartient au football. Il en sera toujours ainsi. Et tant que l’Europe aura voix au chapitre, elle ne sera jamais à vendre.
Naturellement, l’instanc dirigée par Aleksander Čeferin se réfugie d’abord derrière un argumentaire éthique de défense du sport, comme lorsqu’elle avait appelé à la rescousse l’UE et les États pour saborder la Superligue : « Certaines choses sont tout simplement trop importantes pour être vendues. La Coupe du monde de la FIFA appartient au football. Il en sera toujours ainsi. Et tant que l’Europe aura voix au chapitre, elle ne sera jamais à vendre. » Un discours qui vise notamment à contrecarrer d’éventuelles accusations, notamment de la part des fédérations africaines, de se comporter comme de riches enfants gâtés occidentaux, avec un petit fond de colonialisme mal digéré.
Alors, doit-on y deviner enfin l’émergence d’un contre-pouvoir qui viserait à rétablir un peu de sagesse dans la gouvernance du foot mondial, remettre le foot au centre du jeu et abattre un Infantino devenu le double maléfique de Trump ? Ou n’est-ce que l’expression – et un rappel à l’ordre – des rapports de force qui existent dans le petit monde du ballon rond ? On espère qu’il ne faudra pas payer pour le voir.
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