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Gianni Infantino, la mauvaise idée de trop ?

Alors que les élections pour la présidence de la FIFA s'ouvriront le 18 mars 2027 où il s'avance en cavalier seul, Gianni Infantino continue de repousser toujours plus loin les limites de l'acceptable. Après les nombreuses polémiques qui ont entouré la dernière Coupe du monde, le maître du football mondial a désormais une nouvelle lubie : ouvrir les droits commerciaux des prochains Mondiaux à des investisseurs privés. De quoi provoquer une levée de boucliers dans le milieu du football.
Dix jours se sont écoulés depuis que Gianni Infantino, le président de la FIFA, et Donald Trump, le président des États-Unis, ont pratiquement soulevé le trophée de la Coupe du monde à la place de Rodri à l’issue de la finale de la Coupe du monde qui a vu l’Espagne triompher de l’Argentine (1-0). Dix jours durant lesquels Infantino n’a pas cessé de faire parler de lui pour autant, en témoigne la dernière polémique née ce mardi.
Comme révélé par le Times et le Telegraph, le mage de la FIFA a une nouvelle idée qui n’a rien de géniale : ouvrir les droits commerciaux de la Coupe du monde masculine, féminine et de la Coupe du monde des clubs aux capitaux d’investisseurs privés. En résumé, un énorme apport d’argent immédiat pour la FIFA et les fédérations, en contrepartie d’une partie des bénéfices reversés à ces investisseurs. Une ligne rouge de plus pour de nombreux acteurs du football, après le projet d’élargissement à 64 équipes à l’horizon 2030.
Infantino en toute impunité
L’idée de Gianni Infantino est simple : créer une filiale commerciale baptisée « FIFA Forward Enterprise », qui contrôlerait les droits commerciaux de la Coupe du monde masculine, féminine et de la Coupe du monde des clubs. Un peu à la manière de Vincent Labrune avec CVC à l’époque. La FIFA conserverait ainsi une participation majoritaire, mais entre 20 et 30% du capital seraient ouverts à des investisseurs privés, pour une opération valorisée à environ 17,3 milliards d’euros.
Les 211 fédérations membres recevraient chacune une participation estimée à environ 17 millions d’euros. Reste à s’intéresser aux profils de ces potentiels investisseurs. Parmi eux, Josh Kushner, milliardaire fondateur de Thrive Capital et frère du gendre de Donald Trump, dont les relations avec le dirigeant suisse ne sont plus à démontrer. Pire encore selon le Times, face à l’appât du gain, les prochaines Coupes du monde pourraient se dérouler tous les deux ans, un serpent de mer depuis quelques années.
Forcément, l’UEFA n’a pas tardé à réagir, dans un contexte de guerre froide avec la FIFA : « Cela franchit une limite que les instances dirigeantes du football ne devraient jamais dépasser. L’UEFA prend la situation très au sérieux. Il en va de même pour toutes les fédérations nationales de football, ainsi que pour toutes les parties prenantes : ligues, clubs, joueurs, supporters, gouvernements et tous ceux qui ont à cœur l’avenir de ce sport […] Aucun d’entre nous n’est propriétaire du football. Il n’appartient pas à la FIFA de le vendre. »
Nous sommes profondément préoccupés par l’absence de procédure régulière.
La CONCACAF, la confédération du football d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes, pourtant jugée très proche de la FIFA et de Gianni Infantino, a également réagi dans un communiqué regrettant le processus mis en place : « La CONCACAF n’a été informée de cette affaire que par le biais des médias, puis par un communiqué de presse. Nous sommes profondément préoccupés par l’absence de procédure régulière. »
Une position qui rejoint celle de Philippe Diallo, président de la FFF, qui a fait part de son inquiétude sur les ondes de France Inter ce mercredi matin : « Nous avons découvert à travers un communiqué de presse un projet très important sur lequel nous n’avons aucun détail. Et qui soulève beaucoup d’interrogations sans que les membres que nous sommes, fédérations, n’aient pu être associés et ne disposent d’aucun élément particulier pour se prononcer sur des sujets qui sont, évidemment, fondamentaux pour l’avenir du football. »
Même son de cloche du côté de l’AFC, la confédération asiatique, qui déplore également un manque de transparence : « L’AFC n’a pas été consultée au sujet de cette proposition. Si l’AFC reconnaît l’importance d’explorer des approches innovantes susceptibles de renforcer l’avenir du football mondial, des initiatives d’une telle ampleur et aux conséquences aussi importantes doivent reposer sur les principes de bonne gouvernance, de transparence et de consultation véritable. »
Une poudrière avant les élections de mars 2027
Les différentes polémiques entourant le Mondial 2026 ont définitivement creusé un écart entre Infantino, la FIFA et le reste du monde du football. Un fossé symbolisé par les relations glaciales qui régissent les rapports entre l’instance du football mondial et l’UEFA. Une guerre froide qui s’est clairement réchauffé le 19 juillet dernier lorsqu’Aleksander Čeferin, président de l’instance du football européen et vice-président de la FIFA, a boycotté la finale du Mondial entre l’Espagne et l’Argentine. De quoi envisager une scission entre les deux organisations ? La question mérite d’être posée mais semble loin d’avoir une réponse claire. L’Union européenne a également apporté son soutien à l’UEFA dans sa fronde via le commissaire européen Glenn Micaleff, qui a fustigé la nocivité de « la commercialisation effrénée du football ».
Le règne d’Infantino pourrait toutefois prendre fin dans huit mois, lors du 77e Congrès de la FIFA qui se déroulera dans la capitale marocaine, le 18 mars 2027. À cette occasion, le président de l’instance du football mondial espère être réélu pour les quatre prochaines années, soit jusqu’en 2031. Seul Gianni Infantino s’est pour le moment déclaré candidat à sa propre succession en avril 2026 et le Guardian avance que plus de 200 pays ont déjà apporté leur soutien au Suisse, dont la FFF, qui espère organiser le Mondial en 2038. Un troisième mandat déjà dans la poche ? Il faudra voir si les nombreuses polémiques et les idées saugrenus du dirigeant se pensant intouchable ne poussent pas un adversaire porté par l’UEFA à se lancer d’ici le 18 novembre, date butoir pour présenter sa candidature. Malheureusement, la ligne rouge est déjà franchie depuis un moment.
Les notes de L'OdysséePar Léna Bernard





















































