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« Le foot, c'est vraiment accessoire » : les clubs amateurs de Gironde face aux flammes

Plus de 42 000 hectares ravagés et une semaine de lutte acharnée pour les pompiers : la Gironde brûle et souffre. Si le foot n’est pas la priorité, les clubs amateurs du coin, comme US Lège-Cap-Ferret ou le Haillan Foot 33, font leur préparation comme ils peuvent et misent sur l'entraide.
Dans le joli monde du foot amateur, la fin du mois de juillet rime souvent avec la fin des vacances. C’est la saison des footings sous un grand cagnard et des tests VMA pour remettre la machine en route avant que la compétition ne reprenne ses droits. Dans le Sud-Ouest, cette année, les président de clubs amateurs ont la tête ailleurs. Les flammes qui dévorent des hectares de pinèdes girondines depuis vendredi prennent logiquement le dessus sur la préparation et le ballon rond.
Au Haillan Foot 33, club de Régional 3, la reprise aura été de courte durée. « Nous avons repris le chemin de l’entraînement la semaine dernière. Mais vendredi soir, à la fin de la séance, les fumées ont commencé à vraiment arriver. Donc, on a stoppé rapidement, raconte le président Lory Specia. C’était oppressant, ça prenait les poumons et ça piquait les yeux. Ce n’étaient pas les bonnes conditions pour jouer au football. » Dans un communiqué adressé à ses joueurs, il a recentré les priorités du moment : « Le foot, c’est vraiment accessoire et un peu inutile dans ce genre de moment. » La commune du Haillan, un peu plus de 11 000 habitants au compteur, a fait partie des villes évacuées ce week-end, notamment en raison du taux de particules fines dangereuses pour la santé flottant dans l’air.
Même son de cloche à une cinquantaine de bornes de là, du côté de l’US Lège-Cap-Ferret, pensionnaire de National 2. Le président Bernard Martin a mis, lui aussi, le ballon de côté : « On a dit à nos joueurs que le football n’était plus notre priorité en ce moment. » L’épreuve traversée par toute la région pèse lourd sur le moral. Être évacué sans savoir dans quel état on retrouvera sa maison, penser à ceux qui vivent près des flammes : l’ambiance reste pesante en Gironde, où le feu est stabilisé mais la situation toujours critique et incertaine.
Cela demande de rester en contact avec les joueurs amateurs au quotidien. « Tous les coachs restent en relation avec les joueurs, notamment par le biais des groupes WhatsApp, confirme Bernard Martin. Ils leur demandent, avec des fiches, comment ils se sentent physiquement, mentalement et moralement. » Sans trop de surprise, le moral est dans les chaussettes pour certains, comme l’explique le dirigeant : « J’ai eu personnellement les joueurs au téléphone. Ils m’ont dit que physiquement, mentalement et psychologiquement, ils sont un peu abattus. Ils savent que leurs parents ou que leurs grands-parents sont perturbés par la situation, donc ça les gêne aussi. »
Délocalisation et débrouille
Si le Haillan Foot 33 a préféré tout suspendre, notamment après un communiqué du district interdisant toute pratique sportive jusqu’au 9 août, l’US Lège-Cap-Ferret, dont la ville a fait face à une reprise de feu importante ce mardi matin, a choisi un autre cap. Le championnat reprend dans un mois avec un déplacement chez l’US Castanet et déjà deux amicaux sont passés à la trappe. Les joueurs continuent malgré tout de s’entraîner, à plus de deux heures de leur centre habituel, du côté de Libourne.
Je peux vous dire que lorsque le feu s’approche à 30 ou 40 mètres de la maison de vos parents, ou du logement que vous occupez, le stress est immense.
« On s’entraîne le matin de 10h à 12h à Libourne. Le maire de la ville, Philippe Buisson, a eu la sympathie de nous prêter ses installations pour nous permettre de continuer notre préparation là-bas », détaille le président, sans être totalement convaincu par la formule, tout le monde ne pouvant pas s’y rendre selon l’endroit où chacun a été évacué. Par exemple, ce mardi matin, seuls trois joueurs ont posé le pied sur la pelouse pour s’entraîner : « Il y en a qui sont à Arcachon ou Bordeaux, ils sont à plus d’une heure, une heure et demie. On ne s’entraîne pas bien. En réalité, cette préparation, ça n’en est pas une. »
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Face à cette préparation chamboulée par Dame Nature et aussi la bêtise humaine, Bernard Martin confie que la Ligue et le district planchent avec l’ensemble des clubs pour trouver une solution et repousser le début de saison. « Je peux vous dire que lorsque le feu s’approche à 30 ou 40 mètres de la maison de vos parents, ou du logement que vous occupez, le stress est immense, explique-t-il. On est envahi par le désarroi et la panique au moment de partir. Ensuite, il faut attendre plusieurs jours avant de savoir si sa maison ou son appartement a été détruit ou épargné. Pour beaucoup, cette attente a duré trois, quatre, parfois cinq jours. Cette situation entraîne des nuits écourtées, une inquiétude permanente et un profond mal-être. Puis vient le moment d’essayer de retrouver ses proches, d’obtenir des nouvelles de chacun, de savoir où ils ont été évacués, ce qu’ils ont vécu et si leur habitation a été touchée par l’incendie. »
Un tournoi pour reverser la buvette aux pompiers
Si le retour à la normale ne sera pas pour tout de suite dans la région bordelaise, le ballon rond pourrait bien avoir un rôle à jouer une fois la fumée retombée. « Il faudra que le foot serve socialement à redonner un petit peu de goût, de dynamisme et d’amitiés aux joueurs, souhaite le dirigeant de l’US Lège-Cap-Ferret. Le fait de pouvoir se réentraîner, de jouer un petit peu, de rigoler avec les copains sur une pelouse, ça peut leur faire du bien mentalement. »
Un arbitre de chez nous remplit les cuves des pompiers et des joueurs sont partis au parc des expos de Bordeaux pour aider.
Personne ne sait quand le Haillan Foot 33 pourra reprendre le chemin de l’entraînement, ni quand l’US Lège-Cap-Ferret rentrera vraiment chez elle, mais l’épisode a fait naître un élan de solidarité qui donne de l’espoir aux deux présidents. Dans le club de Lory Specia, John Rispal, arbitre maison qui bosse dans le transport, « œuvre depuis vendredi en remplissant les cuves des pompiers. J’ai aussi des joueurs qui sont partis au parc des expos de Bordeaux pour aider. »
Le dirigeant du Haillan compte d’ailleurs organiser un tournoi à la rentrée, « afin de faire une bonne buvette et de tout reverser aux pompiers ». De son côté, Bernard Martin a constaté « beaucoup d’entraide » entre ses joueurs, certaines familles ayant hébergé celles d’autres coéquipiers. « Je sais qu’il y en a qui se sont entraidés. Il y a eu énormément de solidarité entre nous », partage-t-il très ému. En attendant que les flammes s’éteignent et que la vie retrouve son cours en Gironde, on guette avec impatience le retour des coupelles et du bon vieux 30-30.
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Tous propos recueillis par EM




















































