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« Il m'a pétrifié avec son aura ! » : le jour Z de Zidane

C'était l'endroit où il fallait être, dans le 15e arrondissement de Paris, ce mardi matin : Zinédine Zidane, nouveau sélectionneur de l'équipe de France, a été présenté à la presse et à des supporters des Bleus dans la rue. Zizou arrive un poste qui ne l'épargnera pas, malgré son éternel statut d'idole ou de demi-Dieu français.
Aucun chef d’État n’était attendu boulevard de Grenelle, dans le 15e arrondissement de Paris, ce mardi matin, mais c’était tout comme. Des rues bloquées par des barrières temporaires, un contingent de CRS et des grands gestes pour faire signe d’arrêter son vélo à l’approche du croisement de la rue Daniel Stern et de la rue du Soudan : un van noir, vitres teintées, s’engouffrait dans un garage. Il était tout juste 10 heures et il fallait montrer patte blanche, en gros être de la presse ou un salarié de la Fédé, pour continuer son chemin vers l’entrée arrière du siège de la FFF. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour Zinédine Zidane, déjà dans les bureaux pour valider son contrat de quatre ans comme nouveau sélectionneur de l’équipe de France.
Dans la fourmilière
Après une fausse alerte pour les 120 journalistes et photographes, de France et d’ailleurs, accrédités pour l’occasion, le double Z a passé la porte à 11 heures pétantes (bravo pour la ponctualité) dans son costume cravate et derrière Philippe Diallo heureux comme un gosse venant présenter le jouet de ses rêves. Zidane n’a pas besoin de parler pour capter l’attention, il lui suffit seulement d’être Zidane. L’auditorium a changé d’ambiance quand il est arrivé à la place occupée par Didier Deschamps pendant 14 ans et il serait mentir que d’écrire que ça ne fait pas quelque chose de le voir là, devant nous, pour lancer sa nouvelle vie avec les Bleus.
L’équipe de France, c’était la seule chose que je voulais
L’histoire retiendra qu’il a débuté son mandat de sélectionneur par une pensée aux pompiers et au monde agricole en proie aux incendies dans l’Hexagone et notamment en Gironde, où il jouait à la fin des années 1990, avant de se livrer à la Zizou. « Pendant ces quatre ou cinq dernières années, j’ai eu des propositions pour reprendre un club et j’ai tout refusé pour l’équipe de France, c’est la seule chose que je voulais, confiait-il sous les yeux d’Alain Migliaccio et Jacques Bungert, ses conseillers et amis de longue date. Je suis un peu ému et, vous ne pouvez pas le voir, je suis tout excité. C’est quelque chose de fort pour moi aujourd’hui. » L’armée de communicants de la Fédé, présente pour l’évènement de l’année, pouvait avoir le smile : Zidane a peut-être cette image de grand timide très pudique, mais il sait y faire.
Marc Keller, membre du Comex, Hubert Fournier, toujours DTN, et tous les autres ont pu boire les paroles de Zidane (et aussi un peu de Diallo) pendant une trentaine de minutes. L’ancien technicien du Real Madrid a rapidement fait comprendre qu’il ne serait pas question de jeu, de système ou du style Zizou, ces considérations techniques et tactiques arriveront plus tard, sans doute en septembre lors de son premier rassemblement. Devant une forêt de smartphones et des photographes prêts à s’embrouiller pour avoir la meilleure place, Zidane a maîtrisé sa communication, sans non plus réciter son texte et sans que rien ne dépasse, affichant son soutien à notre ami et collègue Christophe Gleizes, toujours enfermé en Algérie, et se montrant laconique sur certaines questions. Il connaît l’exercice des conférences de presse, après plusieurs saisons passées au Real Madrid, et il sait que ces moments dont il ne raffole pas à l’origine feront partie du job.
« C’est pour voir Dieu une fois dans sa vie »
La journée n’était réservée qu’à la presse dans une salle climatisée. Après de nouvelles photos aux côtés de Diallo, Zidane a passé une vingtaine de minutes dans les bureaux pour se présenter aux salariés de la FFF n’étant pas en vacances. Devant l’entrée principale, une petite centaine de supporters, Irrésistibles français et badauds compris, s’étaient donnés rendez-vous boulevard de Grenelle entre les stations de métro La Motte-Picquet et Dupleix pour accueillir le successeur de DD. Il était attendu à 12h15 sous un soleil de plomb qui a pu lui rappeler le Sud ou l’Espagne, il s’est montré à 12h03, prenant le temps de signer des autographes sur des maillots ou des doudous d’enfants, de prendre des photos et de serrer des mains tel un roi thaumaturge. « C’est pour voir Dieu une fois dans sa vie, on l’a vu de tout près, c’était exceptionnel, exulte Jonas, 42 ans, liquette 1998 sur le dos. Pendant 7-8 ans, on l’a partagé avec le Real, il n’est qu’à nous maintenant ! Je n’ai pas osé le toucher, j’aurais pu lui serrer la main… C’était tellement précieux, je n’osais pas, j’étais pétrifié par son aura ! »
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Les membres des Irrésistibles français, le groupe de supporters tricolores depuis 15 piges, ont tous le même discours : il fallait accueillir Zidane comme il se doit. « Il a pris le temps de venir nous saluer, de serrer des mains, c’était important de créer une connexion avec lui », se félicite Fanny, la secrétaire de l’assoc’, quelques minutes après avoir vu Zizou poser accroupi devant le groupe pour la photo. « En tant qu’Irrésistibles français, on était obligés de venir », continue Marjorie, écharpe satin autour du cou. Il y avait les fidèles, les curieux et les passants comprenant de loin la raison de ce petit bazar. « C’est Zidane, c’est ça ? », glisse une dame armée de son caddie de courses.
J’ai un peu peur que son image soit écornée et qu’il perde son aura en cas de mauvais résultats.
Tout le monde connaît Zidane, les plus anciens, les plus jeunes et les deux sont parfois réunis pour ce moment d’histoire. « On a fait l’aller-retour en vélo depuis le 93, Zizou ça représente trop de choses, se réjouit Raphaël, accompagné de ses deux fistons avec leurs maillots floqués Mbappé, le joueur de leur génération. Le dernier cadeau de mes enfants, c’était le livre So Foot de Zidane, je n’ai pas osé le ramener pour le faire signer. Toute ma vie de foot, c’est Zizou. Dans tous nos mots de passe internet, il y a Zizou devant, ceux des enfants aussi ! Ils ont au moins ça comme héritage de ma passion Zidane. »
La lune de miel entre les Français et Zidane dure depuis près de 30 ans et l’euphorie ne retombait pas quelques minutes après l’avoir vu revenir à l’abri du soleil dans le bâtiment de la Fédé. Il est toujours question d’un Dieu, d’un demi-Dieu, d’une icône, d’une idole et de tous les superlatifs possibles quand il s’agit de Zizou en France. La divinité chauve est intouchable, incritiquable et il a pourtant choisi le poste le plus exposé. Se planter au Real Madrid, cela n’aurait pas été très grave (il a fini avec trois Ligues des champions) ; se rater en équipe de France, ce serait une autre histoire. « J’ai un peu peur que son image soit écornée et qu’il perde son aura en cas de mauvais résultats », redoute le jeune quadra Raphaël. Même son de cloche chez Akoss, jeune femme de 31 piges, à quelques mètres : « On est Français, on a l’habitude ! Il peut faire une entrée fracassante et récolter des éloges, puis s’il perd un match, il y aura les critiques, c’est le jeu et il saura gérer la pression. Qu’on lui laisse le temps ! » Zidane a coché toutes les dates, voilà les prochaines : celle de sa première liste (le 17 septembre ?) puis de son premier match en Turquie, le 25 du même mois. Ainsi commence sa nouvelle vie.
Mbappé souhaite la bienvenue à ZidanePar Clément Gavard, à Paris
Tous propos recueillis par CG
















































