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Abu Bakr Shawky : « La victoire est assez rare pour qu'on sache à quel point c'est spécial »

Propos recueillis par David Alexander Cassan
4' 4 minutes
Réactions
Abu Bakr Shawky : « La victoire est assez rare pour qu'on sache à quel point c'est spécial »

Abu Bakr Shawky a 40 ans et son troisième long-métrage, Notre Histoire : Chroniques du Caire, sorti en salle le 1er juillet, retrace quatorze années mouvementées de l'histoire de l'Égypte depuis le salon d'une famille, largement inspirée de la sienne. Il y a la guerre, de grandes joies et de grandes peines, mais il y est surtout question de foot. Du Zamalek, et des places devant la télé du salon qui portent chance, ou non.

Vous avez passé une partie de votre enfance et votre adolescence en Autriche, alors pourquoi être resté fidèle au football africain et au Zamalek ?

C’est quelque chose qui se transmet en famille, depuis mon père, son père à lui et le père de son père avant lui. Au fond, le foot, c’est la famille, en tous cas dans mon expérience personnelle. Les gens supportent une équipe parce que leur père les a amenés voir un match, qu’ils ont regardé à la télé avec leurs oncles… Le foot, ça vient de là. Moi, j’ai commencé à suivre le Zamalek après avoir assisté à la finale retour de Ligue des champions africaine en 1996, contre les Shootings Stars, une équipe nigériane. On a gagné aux tirs au but, après prolongation. Le vieux stade international du Caire était plein à craquer, on était tout en haut et il n’y avait pas de vrais sièges. Je n’avais que 11 ans, mais je m’en rappelle très bien. C’est comme ça que ça commence.

S’il y avait une seule application et un seul paiement pour voir tous les matchs qui m’intéressent, je n’aurais jamais recours au streaming.

Abu Bakr Shawky

Vous vivez désormais au Caire mais après l’Autriche, vous avez vécu à New York. Comment est-ce que vous suiviez le Zamalek ?

En streaming ! La plupart du temps. Ils essaient de lutter contre le streaming illégal, mais ce ne serait même pas un problème si les matchs étaient accessibles à ceux qui sont prêts à payer. Pour cette Coupe du monde, je voyageais pour la sortie du film et mes accès ne marchaient pas si je changeais de « région” ou de pays. Les diffuseurs rendent ça compliqué alors que s’il y avait une seule application et un seul paiement pour voir tous les matchs qui m’intéressent, je n’aurais jamais recours au streaming.

Vous dites que le football c’est la famille mais, dans votre film, le Zamalek permet aussi de connecter l’Histoire, celle qui se déploie à la TV ou dans la rue, avec l’histoire ou les histoires de la famille que suit le film.

La famille est passionnée par le foot parce qu’elle s’inspire de la mienne, et parce que le football est un sport très égyptien, qui fait partie de leur identité. Dans le film, les échecs successifs de l’équipe font écho à ce que traverse la famille, comme s’ils avaient choisi une équipe si malchanceuse parce qu’ils savent qu’il y a toujours des forces plus grandes qu’eux, qu’ils ne peuvent pas battre. C’est en écoutant les gens parler du film, maintenant qu’il est sorti, que j’ai réalisé que c’était une expérience assez commune.

 

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Supporter le Zamalek est une souffrance dans le film, et un personnage dit effectivement « on est une famille qui ne gagne jamais, même au foot ». Pourtant, c’est un des clubs les plus titrés d’Égypte et d’Afrique, non ?

Oui, disons que je romance un peu l’idée de perdre, et que j’ai pris des libertés créatives à ce niveau-là. Le Zamalek a beaucoup gagné, mais ils ont toujours été outsiders, contre plus forts qu’eux, en jouant souvent de malchance. Ces répliques, je me souviens de les entendre au stade. Dans un derby contre Al-Ahly, il y a vingt ans, on perdait en ratant plein d’occasions. Une frappe a touché la barre et le gars devant nous a dit « même la balle est contre nous ». C’est cette idée que, au foot comme dans la vie, vous faites ce que vous pouvez mais que la chance n’est pas de votre côté.

Il y a une autre réplique géniale dans le film, lorsque la mère de famille pointe que « les hommes ne font jamais rien d’utile ici, à part regarder du foot ». C’est quelque chose que vous avez entendu, ou juste observé ?

Petit, j’ai vu les femmes de la famille être très contentes de nous laisser regarder le foot, faire notre truc entre nous. Ça nous distrayait, et elles pouvaient faire ce qu’elles voulaient. Elles étaient contentes si on gagnait parce que toute la maison était contente, du coup.

Et si vous deviez faire un film de foot, quelle histoire est-ce que vous raconteriez ?

J’ai l’impression de l’avoir déjà fait ! J’ai parlé de mon équipe favorite, en romançant cette idée de l’outsider qui gagne rarement mais gagne gros quand il gagne. La victoire est assez rare pour qu’on sache à quel point c’était dur, à quel point c’est spécial. Sinon, c’est une histoire d’outsider qui m’intéresserait, le plus obscur possible. Le Cap Vert ou Curaçao qui viennent à bout des qualifications pour jouer la Coupe du monde. Si je devais faire un film sur une des histoires de la Coupe du monde 2026 par exemple, ce sont celles-là qui m’intéressent.

Les Égyptiens accueillis en héros à leur retour au pays

Propos recueillis par David Alexander Cassan

Interview complète à retrouver dans le magazine SO FOOT n°238, actuellement en kiosque.

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