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Bordeaux : le cauchemar sans fin

Rétrogradés en National 2 en 2024, les Girondins devraient une nouvelle fois rater la montée, la faute à une série de défaites au plus mauvais moment. Alors que d’autres clubs historiques passés par là ont su trouver les ressources pour enclencher une nouvelle dynamique, le Bordeaux de Gérard Lopez n’en finit plus de s’embourber.
Gérard Lopez l’assure, il n’est pas du genre à baisser les bras. En plein été 2025, à peine réussis ses examens de passage devant le tribunal de commerce de Bordeaux et la DNCG, le propriétaire des Girondins bombe le torse : « On vise une montée tous les deux ans. […] On a compris comment fonctionne le National 2. On ne pourra plus se cacher : on joue la montée, uniquement la montée. » Certes, le club a vu sa masse salariale encadrée, a encore une dette de 26 millions d’euros à éponger, mais pour l’homme d’affaires hispano-luxembourgeois, ça ne fait rien. Les Girondins monteront en troisième division en 2026, retrouveront la Ligue 2 en 2028, avant de faire leur grand retour dans l’élite en 2030. À vrai dire, il n’y avait sans doute pas grand monde en Gironde pour croire sérieusement à ce plan quinquennal à la sauce Lopez, mais enfin, une montée, rien qu’une petite montée dans la nouvelle Ligue 3, c’était encore de l’ordre du vraisemblable.
Quelques mois plus tard, l’affaire est bien mal embarquée. Avec un match en plus, Bordeaux pointe déjà à six points du leader de sa poule de National 2, La Roche-sur-Yon – seule la première place étant synonyme de montée. Si voir les Girondins reprendre la tête sur le gong est encore mathématiquement possible, dans les faits, il faudrait un improbable concours de circonstances. Alors, les Girondins se mettent à rêver d’accéder à la Ligue 3 comme meilleurs deuxièmes des trois poules que compte la N2, ce qui leur permettrait d’être repêchés en cas de défection administrative d’une équipe de division supérieure. Un plan sur la comète un peu désespéré, qui montre bien l’état du marasme dans lequel le club est englué depuis des années.
Bourbier bordelais
Et pourtant, les choses n’avaient pas si mal commencé. Pour oublier une première saison ratée en N2, l’effectif est presque intégralement chamboulé. Des joueurs a priori largement au niveau posent leurs valises dans le Sud-Ouest, à l’image du gardien néerlandais Jan Hoekstra, ancien international des moins de 20 ans, ou du latéral marocain Oualid El Hajjam, 69 matchs de Ligue 1, 114 de Ligue 2 et deux sélections nationales au compteur. Avec sa petite dizaine d’éléments passés par le monde pro, Bordeaux enchaîne sérieusement les victoires pendant des mois, parvenant à conserver sa première place jusqu’à la trêve.
Rien n’a été remis en ordre, le club est toujours entre les mains d’un président qui l’a mené là où il est.
Et puis patatras : comme la saison dernière, voilà que les Girondins perdent les matchs qui comptent, d’abord contre leur concurrent direct yonnais, puis à domicile face à Chauray. Le signe d’un effectif cramé, reposant sur un noyau de joueurs trop limité pour espérer tenir sur la durée. Appelé en pompier après la mise à pied de Bruno Irles, Rio Mavuba ne pourra sans doute pas faire de miracles. « Chaque année, c’est la même chose, souffle Guillaume, Girondin depuis le berceau et longtemps abonné au club. On part avec un effectif ric-rac, construit à la va-vite même s’il y a de bons éléments ; on commence bien la saison, on est leaders, Gérard Lopez se met un peu à trop parler ; alors on s’écroule, et les joueurs finissent en roue libre. »

Un éternel retour, comme si les Girondins ne pouvaient pas repartir de zéro, contrairement à ce qu’ont pu connaître tant d’autres clubs historiques français eux aussi rétrogradés ces dix dernières années. De Strasbourg au Mans en passant par Grenoble, tous ont tenu à reprendre d’une page blanche après le crash, souvent à l’aide d’une nouvelle direction ancrée localement. Sauf qu’à Bordeaux, ce satané Gérard Lopez ne semble pas près de lâcher les manettes. « Rien n’a été remis en ordre, le club est toujours entre les mains d’un président qui l’a mené là où il est, déplore Alain Giresse, légende des Girondins s’il en est. On a du mal à croire que ceux qui ont failli puissent relancer le club au plus haut niveau. »
De son côté, Lopez répète à qui veut bien l’entendre qu’il n’y est pour rien : en bon samaritain, l’homme d’affaires n’a fait que reprendre un club déjà bien mal en point en 2021. Certes, c’est sous sa direction que les Girondins ont terminé bons derniers de Ligue 1 en 2022 et qu’ils ont été renvoyés en N2 faute de ressources suffisantes deux ans plus tard. Mais enfin, à l’écouter, s’il n’était pas là, les Girondins auraient pu disparaître : « Quand je suis arrivé, le club était au tribunal de commerce. Il n’y avait personne pour le sauver. […] On doute de l’amour que je peux maintenant avoir pour ce club-là, pour les gens, pour les joueurs, pour les supporters dont je reçois des messages de remerciements. Je le fais pour ces gens-là, je n’ai rien à gagner », se défendait-il dans les colonnes de L’Équipe en janvier. Le plaidoyer donnerait presque envie d’y croire, si on oubliait un instant la gestion financière pour le moins baroque du président bordelais depuis son arrivée. Ou ses bilans pas moins accablants dans les autres clubs qu’il a dirigés : déclaré en faillite, le club belge de Mouscron ; plombés par les dettes et renvoyés en cinquième division, les Portugais de Boavista. La faute à pas de chance, décidément.
Un avenir bouchonné
L’institution a été sauvée, répète inlassablement Gérard Lopez. Justement, parlons-en de l’institution. Un stade encore bien rempli, un logo, un nom, voilà tout ce qu’il semble rester des Girondins de Bordeaux cuvée 2026. Suffisant pour que ses adversaires de National 2 fassent le plein de spectateurs une fois par an, trop heureux d’accueillir un tel club sur leur pelouse. Suffisant aussi pour convaincre Ligue 1+ de diffuser ses matchs à domicile et même son déplacement décisif à La Roche-sur-Yon mi-mars. Mais derrière la vitrine plus ou moins intacte, plus rien ne suit. Les Girondins ressemblent à ces bâtiments historiques qu’on évide, maintenant leur seule façade intacte pour prétendre les préserver, tout en les débarrassant de leur substance. Forcément, ceux qui ont participé à construire l’histoire du club ne s’y retrouvent plus vraiment. À commencer par Lilian Laslandes. « Mon club de Bordeaux, je ne le reconnais plus. Pour moi, ce n’est plus le même club », lâche l’ancien attaquant des Girondins au micro du podcast Kampo.
Un départ de Gérard Lopez, ce serait aussi beau qu’une montée.
Alors que Gérard Lopez multiplie les piques contre les « anciens », accusés de le critiquer injustement sans avoir rien fait, Alain Giresse l’a lui aussi mauvaise : « Les dirigeants parlent beaucoup, ils nous interpellent quand le club va mal. Mais au moment où il a été repris, personne ne nous a contactés pour occuper des postes. Je crois pourtant que cette possibilité existait, il y avait des profils compétents sur lesquels s’appuyer pour faire mieux ensemble. Mais maintenant qu’il y a le feu à la maison, on s’en prend aux anciens. » Giresse ne peut s’empêcher de penser à ses copains Yannick Stopyra et Patrick Battiston, longtemps responsables du centre de formation et mis à la porte comme 90 autres salariés du club à l’automne 2024, première conséquence de la perte du statut professionnel : « Je me souviens de ces membres du personnel administratif, dans l’attente de l’heureux courrier. Tout cela était d’une tristesse infinie. »
Difficile d’imaginer un rayon de soleil dans le ciel bordelais. Même ceux qui souhaiteraient reprendre le club des mains de Gérard Lopez paraissent reculer face aux comptes douteux des Girondins, à l’image d’Oliver Kahn, qui a renoncé à son projet de rachat cet été. Et pourtant, comme on l’espère, ce rachat venu d’ailleurs. « Un départ de Gérard Lopez, ce serait aussi beau qu’une montée, sourit Guillaume. Si on pouvait retrouver un jour une belle dynamique, je serais le plus heureux du monde. » En attendant, l’ancien propriétaire du LOSC ne compte pas lâcher l’affaire : devant la DNCG, Gérard Lopez s’est donné dix ans pour rembourser les dettes du club. À ce rythme, les supporters des Girondins risquent de garder encore un moment en bouche ce goût âcre qu’ont les vins bouchonnés.
L’entraîneur des Girondins mis à pied, Mavuba pressentiPar Cyrus Mohammady--Foëx























































