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FC Metz : par ici la sortie

À trois journées de la fin, le FC Metz n’est pas encore relégué en Ligue 2, même s’il faudrait plus qu’un miracle pour le sauver. Le mal est trop profond et doit surtout servir à une chose : comprendre que le club est dans une impasse.
« Il n’y a qu’une chose qui puisse rendre un rêve impossible, c’est la peur d’échouer. » Vous n’êtes pas obligés de croire tout ce qu’écrit Paulo Coelho. Recopiez cette formule sur un post-it et accrochez-la sur votre frigo si ça vous chante, mais il faut bien se rendre compte que l’auteur de L’Alchimiste avait un bouquin à finir, et pas une saison de Ligue 1 avec 16 points. En l’occurrence, le FC Metz a lui quelques arguments qui pourraient faire autorité au moment de détricoter cette maxime.
Certes, le maintien dans l’élite peut effectivement être qualifié de « rêve », quand on est lanterne rouge à trois journées de la fin. Cependant, l’adjectif « impossible » devient indécrottable quand, pour exaucer ledit rêve, il faut espérer simultanément trois défaites de l’AJ Auxerre (16e), trois victoires des Grenats – soit autant que depuis le début du championnat – , inverser une différence particulière de 24 buts avec l’actuel barragiste, tout en surveillant que le FC Nantes (17e) ne prenne pas plus de 5 points sur les 9 restants. Autant dire que « la peur de l’échec » ne pèse pas bien lourd dans l’affaire, sachant que les Grenats vivent en coloc avec celui-ci depuis de nombreux mois maintenant.
Le Club Med(iocre)
Avant d’affronter ce samedi l’AS Monaco, et avant que les mathématiques ne se chargent d’acter définitivement la relégation, il s’agit pour les Lorrains d’arrêter de se raconter des histoires. Une histoire qui a trop duré et déjà engendré trop de souffrances – en partant du principe que le football peut en causer réellement. Depuis le 20 décembre 2025, si on se borne à la dernière victoire lors d’un match officiel (un triomphe 3-0 face à l’ogre Biesheim en 32es de Coupe de France) ; depuis le 9 novembre, si on se réfère à la dernière victoire en Ligue 1 (l’OGC Nice s’en souvient encore) ; depuis mai 2021, si on se souvient du dernier maintien acquis en première division avec une 10e place ; ou tout simplement depuis l’année 2001, année où ce pilier de la D1 a commencé à faire le yo-yo.
Entre-temps, le club a vu passer quelques joueurs magiques, de Franck Ribéry à Georges Mikautadze, en passant par Miralem Pjanić, Sadio Mané ou Cheick Diabaté. Saint-Symphorien a aussi vu défiler un sacré nombre de mercenaires, fraudes, pipes ou simples nullards. (Ne nous faites pas dire ce qu’on n’a pas écrit : il y a eu une majorité de joueurs moyens voire corrects aussi). Tout ce beau monde a surtout vu un club historique se craqueler sous le poids d’un foot pro qui requiert toujours plus d’argent, d’idées et de pouvoir. Les trois sont liés et interchangeables, mais le FC Metz n’a rien de tout ça – du moins pas assez pour réussir.
⚽ Metz - Paris FC 📢 Le tifo de la Horda Frenetik ! 📆 Dimanche 19 avril pic.twitter.com/mhmh7mFWJR
— Ultras Made in France (@UltrasMadeinFR) April 20, 2026
Pendant qu’une grande partie de la concurrence s’est acoquinée avec des fonds d’investissement étrangers ou a bâti des ponts avec des puissances anglaises, l’institution mosellane a continué d’avancer avec les moyens mesurés de son patriarche Bernard Serin et de ses quelques partenaires locaux. Ça fait pas bézef. Lorsque les autres développent leur centre de formation, se font prêter des jeunes pousses en post-formation ou investissent dans la data, la cité jaune s’entête elle dans un schéma monocorde : les talents issus de Génération Foot – l’académie partenaire au Sénégal –, des grognards à relancer à moindres coûts et des lubies passagères, comme l’actuelle filière géorgienne exploitée jusqu’à épuisement. Pour régner en Ligue 2, ça peut suffire, pour se faire une place pérenne en Ligue 1, non. Ajoutez à ça la crise que traverse l’ensemble du football français : quand vous ne touchez les maigres droits télé de l’élite qu’un an sur deux (grosso modo) et que votre voix au conseil de la Ligue est presque imperceptible, il suffit d’un rien pour disparaître du paysage.
Promotion, piège à cons
Pour consulter le résultat des courses, il suffit de se pencher sur la copie rendue cette saison par celui qui en sera vraisemblablement le cancre. De l’extérieur, les voisins pourront penser que le FC Metz s’est laissé couler en silence, en toute fatalité. En réalité, mille choses ont jalonné la saison. Il a d’abord fallu digérer une promotion validée après un barrage grisant contre Reims, sans que le club n’y soit réellement préparé. Le projet de Stéphane Le Mignan, coach animé par la volonté de jouer, de former et de progresser, n’en était que dans sa première phase et une seconde saison en Ligue 2 aurait pu être utile pour lui donner un peu de consistance. Les deux enfants du club Matthieu Udol et Gauthier Hein étaient décidés à faire des merveilles, et il a fallu ensuite accepter de se séparer du premier (ce qui n’a pas été fait sans drama ni douleur) et charger le second d’un brassard qui allait si bien au bras de son ami capitaine.
Une saison, c’est long. Mais celle-ci est assez pénible parce que, dès le début, les choses ont mal tourné.
Les anciens du club Habib Diallo, Boubacar Traoré et Bouna Sarr ont répondu à l’appel de leur club formateur, l’ex-adjoint d’Antonetti Benoît Tavenot a été convoqué en janvier alors qu’il était lui-même en difficulté du côté de Bastia en Ligue 2 : la vérité, c’est que cette équipe n’était pas calibrée pour exister. « On s’est trompés en recrutant des joueurs qui ont été trop souvent blessés, en retard dans leur préparation, des choses du genre, regrettait le président Serin, ne pouvant ignorer la grogne des supporters. Une saison, c’est long. Mais celle-ci est assez pénible parce que, dès le début, les choses ont mal tourné. »

Resteront ces matchs lors desquels les adversaires – quel que soit leur niveau – ont loué le fait que « le FC Metz n’a pas posé le bus », comme si c’était une marque de noblesse et de courage. Si ça a pu assurer le spectacle et bonifier le produit Ligue 1 (pensons au dernier 4-4 au Havre), tant mieux, mais ce n’était visiblement pas la méthode la plus efficace pour sauver sa peau, chaque erreur individuelle se transformant en naufrage collectif. Et dieu sait qu’il y en a eu pour voir le compteur de buts encaissés monter à 70.
« Je ne lâcherai pas l’affaire et les joueurs non plus. Ils continuent à faire face malgré tout », jure Benoît Tavenot qui aimerait mettre fin à sa terrible série avant le gong final, même si Metz sera dans l’ascenseur avant l’Ascension. Pour le divertissement, le public mosellan pourra se rabattre la saison prochaine sur l’US Thionville, promu en Ligue 3, et évidemment le jubilé de Robert Pirès en octobre prochain. Dans cette Ligue 2 qui leur est si confortable, laissons les Grenats se refaire la cerise, le temps pour les promesses de pousser (Believe Munongo, Jahyann Pandore, Nathan Mbala) et les têtes pensantes de trouver un plan pour être autre chose que le paillasson de l’élite.
Metz bat son (triste) recordPar Mathieu Rollinger






















































