Ils ne sont plus que douze. Douze pour six places qualificatives à la Coupe du monde. Que ce soit dans le cadre de barrages européens ou intercontinentaux, tous sont à une marche de réaliser leur rêve américain. Mais au-delà des considérations sportives, puisqu’on ne parle que de repêchés, qui mérite le plus d’intégrer le top 48 ?
Bolivie
Même dans un monde où la Premier League pourrait envoyer onze de ses clubs en Coupe d’Europe l’année prochaine, permettre la survie du septième d’une compétition mettant aux prises dix concurrents semble contre-nature. À la limite, si la Coupe du monde était organisée au Népal, pourquoi pas ? Mais là, quel intérêt de se retrouver dans le groupe des Bleus, mis à part donner une bonne raison aux derniers spécimens de Moema claudiae (sorte de poisson moustique) de croire encore à une chance d’échapper à l’extinction ? Taux de mérite : 10% au-dessus du niveau de la mer.
Bosnie-Herzégovine
Edin Džeko, pour finir second d’un groupe dans lequel douze points (contre Chypre et Saint-Marin) sont garantis, ça fait le taf. Pour taper le Pays de Galles, c’est joli. Pour sortir l’Italie, ça pourrait être considéré comme un gros coup. Mais on en reparlera quand il faudra porter quelque chose de lourd comme le Canada, le Qatar et la Suisse. Taux de mérite : 40% comme l’âge de Vous-Savez-Qui.
Danemark
Euro 1984 : France-Danemark 2-1. Coupe du monde 1998 : France-Danemark 2-1. Euro 2000 : France-Danemark 3-0. Coupe du monde 2018 : Danemark-France 0-0. On peut considérer ça comme une nouvelle loi de l’univers : pour que la France remporte un trophée majeur, il faut qu’elle affronte ET qu’elle ne perde pas contre le Danemark. Donc si les Bleus ambitionnent d’aller collectionner une troisième étoile au pays de la country, il faut donc que les copains de Pierre-Emile Højbjerg passent ce barrage contre la Tchéquie, sortent d’une poule composée du Mexique, de l’Afrique du Sud et de la Corée du Sud, et se hissent jusqu’en quarts de finale pour (sur un concours de circonstances) croiser la route de la bande de Hugo Ekitiké, ancien joueur du Vejle BK. Ça fait beaucoup de si, mais les probabilités n’existeraient pas sans. Taux de mérite : 92% pour service rendus.
Italie
La Nazionale a plané sur ses Jeux olympiques d’hiver, a dans sa manche un Jannik Sinner pour tout casser au tennis et bat même l’Angleterre au rugby. Désolé, mais il n’y a plus rien pour le calcio. Taux de mérite : 14% pour la dernière participation, mais surtout pour le running gag.
Irak
Si la question est d’assurer « leur propre sécurité », comme l’entend Donald Trump, il vaudrait mieux ne pas venir. Si la question est de récompenser les plus téméraires, on peut dire qu’après 4 tours de qualification, 21 matchs, 11 adversaires de l’Indochine aux Émirats arabes unis en passant par la Palestine et la Corée du Sud, un barrage disputé aux aurores (il sera 6h à Bagdad au coup d’envoi, 5h à Paris), sans compter toute la merde qui tombe actuellement sur le pays… oui, les potes d’Aymen Hussein ont droit à un peu de bonheur. Taux de mérite : 20 matchs sans défaite en éliminatoires de Coupe du monde sur les 23 derniers, bah oui ça fait 86,957 % voyons.
Le Mondial à 48 participants n’est logique que pour une chose : il y a bien plus de pays en 2026 qu’avant. En 1930, la Coupe du monde opposait 13 nations sur les 32 affiliées à la FIFA, alors qu’en 1998, 32 nations étaient conviées sur 174 partants. Aujourd’hui, il y a en 211 sur la ligne de départ et le Kosovo est la dernière fédération à avoir eu le droit de postuler. C’était en 2016, et dix ans plus tard, l’ancienne province yougoslave pourrait en cas d’exploit contre la Turquie débarquer au Mondial comme un enfant entre au collège : avec toute sa fraîcheur et sa soif d’apprendre, quitte à se prendre quelques coups de cartables par les grands de 3e. Deuxième d’un groupe de qualif comprenant la Suisse, la Slovénie et la Suède, n’allez pas nous faire croire que Fisnik Asllani et Edon Zhegrova n’ont pas le droit de jouer aux billes avec les USA, le Paraguay et l’Australie dans le groupe D. Taux de mérite : 2008% comme la date de son indépendance.
Pologne
Oui, la Pologne est un vrai pays de foot. Enfin, il fut un vrai pays de foot, troisième des éditions 1974 et 1982. Depuis, les prestations des Aigles sont comme leurs différents jeux de maillots : toutes plus fades les unes que les autres. En 2026, il faudra plus qu’un milieu jouant au Stade rennais (Sebastian Szymański) ou qu’un sélectionneur à la dégaine de chef comptable (Jan Urban) pour nous faire croire que les choses se passeront différemment. Taux de mérite : 9% juste pour offrir un joli jubilé à Lewy.
République démocratique du Congo
Un parcours du combattant. De A à Z. Sortie deuxième d’un groupe où elle a tenu la première place pendant près d’une heure dans le match décisif face au Sénégal, sortie vainqueur d’un premier tour de barrage où il a fallu écarter le Cameroun et le Nigeria et leurs huit CAN cumulées, et maintenant il faut se coltiner la Jamaïque. Plus de 50 ans après son dernier Mondial, avec un pays en guerre, un sélectionneur qui pue le foot, on dirait que la candidature tient bien la route. Taux de mérite : 90% parce que oui, la vie c’est dur, mais parfois c’est aussi juste.
Tchéquie
La Coupe du monde, c’est une histoire de grandes personnes et donc de sérieux. Pas une histoire de bon Samaritain qui distribue des points même aux Iles Féroé. Le cru 2006, tout le monde y croyait, une première participation, une équipe de tueurs à gages, et puis boum, la porte, avec une seule petite victoire contre les pitres américains. Vingt ans après, ils veulent encore leur revanche, vraiment pas bon signe par les temps qui courent. Taux de mérite : 17% pour la crédibilité de l’événement.
Suède
Zlatan va au Mondial, mais la Suède veut elle aussi se qualifier ? Les doublons en Coupe du monde, ça n’existe pas et aucune contestation ne sera tolérée. Taux de mérite : 5% pour concurrence déloyale.
Turquie
Une demi-finale de Coupe du monde en 2002 et puis plus rien ! Depuis son épopée en Corée du Sud et au Japon, jamais la Turquie n’a remis les pieds au Mondial. Et il faut dire que mis à part un bel Euro 2008 (demi-finale) au milieu de tout ça, les supporters n’ont pas eu grand-chose à se mettre sous la dent jusqu’au dernier Euro, où le parcours jusqu’en quarts a redoré un blason jusqu’ici bien terni. Surtout, il a redonné un peu de joie à des supporters qui posent généralement certaines des plus grosses ambiances du foot international. Massacrée par l’Espagne en septembre, cette équipe a su se relever pour gratter un nul en fin de parcours contre les champions d’Europe, en coller six à la Bulgarie et surtout taper par deux fois la Géorgie, principale rivale dans la course aux sélections les plus hype du continent. Sur le terrain, évidemment qu’on veut voir Arda Güler et Kenan Yıldız, et comme il faut bien un Italien au Mondial, Vincenzo Montella est un bon pari. N’en jetez plus, cette équipe doit faire le voyage transatlantique ! Taux de mérite : 41% pour l’âge cumulé des deux pépites.