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Le jour où Palerme vengeait les ouvriers siciliens de la Fiat

Palerme devrait être la dernière victime de la Juventus dans sa quête du titre en Serie A. Engagé dans la lutte pour le maintien, le club sicilien veut cependant croire à un exploit. Après tout, il était bien venu gagner à Turin il y a trois ans de ça, sur fond de revanche contre la FIAT. Autres temps, autres enjeux. Souvenir.

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Début février 2010. Sale temps sur l'Italie. Après l'annonce de la Fiat d'un licenciement massif de 30 000 salariés, les grèves se multiplient. Notamment en Sicile, où le groupe automobile a maintenu sa décision – annoncée premièrement en 2009, puis confirmée en marge du salon de Detroit en janvier – de fermer l'usine de Termini Imerese, proche de Palerme. Une usine employant 1 500 salariés, qui assemblent quelque 21 000 Lancia Ypsilon à l'année. Chaque voiture coûtant à l'entreprise 1000 euros de plus que si elle était construite ailleurs sur le continent, les dirigeants ont décidé de délocaliser la production à Tichy, en Pologne. Coup dur, forcément, pour tous ces ouvriers. Y compris pour la Sicile : « La fermeture qui menace est inacceptable et mettrait toute la région à genoux. Une région faible comme la Sicile est toujours la première frappée par la crise, et la dernière à s'en relever. Si l'usine Fiat de Termini Imerese ferme, la Sicile risque fort de devenir un désert » , explique alors Giovanna Marano, secrétaire régionale du syndicat CGIL en Sicile, au journal allemand Junge Welt. Il n'y a pas grand espoir de sauver les employés. Mais il y a un moyen de les soulager un peu : le football.

Miccoli, porte-étendard de la lutte ouvrière

Car durant cette saison 2009/2010, Palerme est en pleine bourre. Le club truste les places européennes, au même titre que la Juventus. La Juventus, propriété des Agnelli, famille qui a bâti sa fortune avec… la Fiat. Forcément, le raccourci est simple. Et alors que les Rosanero doivent justement se rendre à Turin courant février pour y disputer un match de Serie A, le site BlogSicilia écrit une lettre à Maurizio Zamparini. Une lettre qui invite les joueurs siciliens à arborer à la fin du match, quel que soit le résultat final, une banderole de soutien : « Le Palermo Calcio est avec les ouvriers de Termini » . Pas grand-chose. Le président accepte. Dans le même temps, un autre site, orienté foot celui-ci, tifosirosanero.it, lance un appel au capitaine Fabrizio Miccoli. La requête va plus loin : il faut battre la Juve pour ces mêmes ouvriers.

La réponse du capitaine est positive, là aussi : « Nous n'avons jamais manqué d'engagement et nous n'en manquerons jamais, surtout dans cette phase du championnat. Les ouvriers de la Fiat nous ont demandé de battre la Juve, nous aurons une motivation supplémentaire. À partir du moment où nous serons sur la pelouse, nous donnerons tout ce que nous avons. Nous les soutenons, ce sont des gens qui ont passé leur vie dans ces usines, qui ont des familles, des enfants à nourrir, qui doivent continuer à travailler. » Miccoli apprécie ce genre de causes. Il n'a jamais caché sa conscience politique marquée à gauche, et se voit bien soulager les opprimés. Tout comme il se voit bien punir la Juve, son ancien club où il s'était opposé à un certain Luciano Moggi – lequel l'avait écarté devant son refus de changer d'agent ou de retirer ses boucles d'oreilles. Pour compléter le tableau, le petit attaquant est originaire du Salento, ce qui fait de lui un terrone, un sudiste pur et dur, le porte-étendard idéal.

Victoire, 4e place et revanche momentanée

L'ambiance est donc chaude au Stadio Olimpico de Turin, ce fameux 28 février. Bien que motivés par la cause, les Palermitains drivés par Delio Rossi souffrent dans un premier temps face à la Juve de Zaccheroni, coach invaincu depuis son intronisation un mois plus tôt. Les Rosanero subissent, ne plient pas, et vont revenir des vestiaires avec d'autres intentions. Rapidement, ils concrétisent. Et pour bien faire les choses, c'est Fabrizio Miccoli qui se charge d'ouvrir le score. L'ancien Bianconero dépose une merveille d'enroulé en lucarne et fait taire les sifflets. Un bijou, 1-0 pour les ouvriers. 2-0 à quelques minutes du terme, lorsque Budan profite d'une grossière erreur défensive pour pousser le cuir au fond. La Juve n'a pas su réagir et passe à la caisse. Palerme a remporté son pari et, avec les trois points récoltés, prend la 4e place au classement. Une place qui signifie alors Ligue des champions.


Voilà pour la belle histoire. Celle de onze hommes venus apporter du réconfort à des milliers d'employés menacés de licenciement. 90 minutes de jouissance, une parenthèse de bonheur pour ces ouvriers, qui auront trouvé une forme de revanche grâce au football. Évidemment, depuis, de l'eau a coulé sous les ponts : après avoir terminé 5e au terme de cette saison 2009/2010, Palerme n'a cessé de chuter au classement les saisons suivantes, pas aidé par les transferts foireux du président Zamparini. La Juve, quant à elle, a refait surface pour s'imposer comme la meilleure équipe italienne. Et tandis que la Vieille Dame marche cette saison sur son championnat, Palerme est 17e et menacé de relégation. Son flamboyant capitaine Miccoli a, quant à lui, vécu une campagne difficile, ponctuée par les blessures. Alors, à l'heure d'une confrontation entre les deux clubs, et malgré le sursaut d'orgueil des Rosanero ces dernières semaines, personne ne croit vraiment en une victoire sicilienne. Les anciens employés de Termini Imerese l'espèrent sans doute. En tout cas, ils auront le temps de regarder le match à la télévision : après le retrait de la Fiat en 2011, ils ont connu une nouvelle déception avec la reprise manquée de DR Motor en 2012. Le site est aujourd'hui désert.

Vidéo


Par Alexandre Pauwels
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