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  • International – France

Bleues : la stratégie de la rupture

Par Julien Duez
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Bleues : la stratégie de la rupture

Après avoir choisi de ne pas sélectionner Eugénie Le Sommer, Wendie Renard et Kenza Dali pour les deux prochaines rencontres de Ligue des nations, le sélectionneur de l’équipe de France a posé un geste fort qu’il faut savoir accepter. Quitte à devoir attendre un moment avant d’en comprendre la logique.

Ce vendredi soir, les Bleues défieront la Suisse à Nancy devant plus de 10 000 personnes, pour le compte de l’avant-dernière journée de la phase de groupes de Ligue des nations. Une affluence devenue normale et plutôt satisfaisante quand on sait que l’enjeu sportif de la rencontre est secondaire. Avec 12 points pris sur 12 possibles, l’équipe de France est seule en tête de son groupe et déjà qualifiée pour le dernier carré de la compétition, dont elles étaient déjà finalistes en 2024. Autrement dit, le duel face aux hôtesses du prochain Euro (du 2 au 27 juillet) et le déplacement qui s’ensuivra à Reykjavik le 3 juin auront des airs de galops d’essai. Tant mieux quelque part, car le sélectionneur Laurant Bonadei a la pression depuis l’annonce de sa liste, lors de laquelle il a choisi de se passer de trois cadres d’expérience : Wendie Renard (34 ans, 168 sélections), Eugénie Le Sommer (36, 200) et Kenza Dali (33, 76).

Pour la France

Si depuis une semaine, Renard s’est enfermée dans un mutisme qui en dit long, ELS qui, il y a quelques mois, a été célébrée à l’occasion de son record de sélections en bleu, a choisi la méthode inverse en vidant son sac au micro du podcast InPower : « Sur le moment, ça a été très dur. Je n’étais pas actrice de cette décision. J’ai maîtrisé ce que je pouvais, j’ai fait tout ce que je pouvais, j’ai été performante, mais la décision ce n’est pas moi qui la prends. C’est juste une personne qui décide pour toi. » Sa coéquipière Kenza Dali, à défaut de réagir directement à sa propre non-sélection, a tenu à lui apporter son soutien en ligne, dénonçant au passage la méthode choisie par Bonadei pour annoncer son choix : « Seize ans de passion, 94 buts, une leader incontestée mérite beaucoup mieux qu’un simple appel de quelques minutes à quelques semaines d’une compétition ».

Albert Einstein a dit que la folie, c’était de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent. Or, je souhaite des résultats différents : je fais donc des choix différents.

Laurent Bonadei

Le sélectionneur, lui, s’est défendu d’avoir eu « un coup de folie » et jure que sa décision « a demandé beaucoup de réflexion », comprenant qu’elle suscite « de la colère » envers lui. Tout en se montrant inflexible et plaçant l’intérêt général au-dessus du reste : « Albert Einstein a dit que la folie, c’était de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent. Or, je souhaite des résultats différents : je fais donc des choix différents. Ce n’est pas une décision contre ces joueuses, c’est une décision pour l’équipe de France. »

Par ce choix, Bonadei justifie son « projet sur trois ans » et place la Coupe du monde 2027 en ligne de mire. Ce qui signifierait que le prochain Euro servirait lui aussi de laboratoire pour poser les jalons des Bleues next gen. Actuellement, avec la concurrence de nations comme l’Angleterre, l’Espagne, l’Allemagne, voire les Pays-Bas et la Suède, la France ne fait de toute façon pas partie des candidates crédibles à la victoire finale, et les récentes appelées que sont Alice Sombath (Lyon), Thiniba Samoura (PSG), ou Lou Bogaert et Melwenn N’Dongala (PFC) peuvent donc prendre leurs marques sans pression.

Un choix qui rappelle le passé

Cela étant, l’équipe de France a déjà prouvé qu’elle était capable de gagner sans ses cadres. Lors des dernières rencontres de Ligue des nations face à la Suisse et la Norvège, Le Sommer était soit restée sur le banc, soit remplaçante. Même tarif pour Dali et Renard, absente, puis sur le banc. Deux exemples d’amorce de cette transition radicale amorcée par le sélectionneur et qui n’est pas sans rappeler les polémiques créées par Aimé Jacquet qui, en 1996, était allé à l’Euro sans Jean-Pierre Papin, Éric Cantona et David Ginola. Un choix à l’époque incompris, vertement critiqué, mais qui, après une campagne honorable (les Bleus avaient échoué en demi-finales contre la Tchéquie), s’était définitivement révélé gagnant deux ans plus tard.

De leur côté, les Françaises sortent de trois quarts de finale consécutifs en Coupe du monde, idem aux derniers JO et rebelote à l’Euro, hormis la demie exceptionnelle de l’édition 2022. Le constat fait mal, mais les trois « exclues » étaient le plus souvent de la partie. Ce qui veut dire qu’elles ne constituent pas forcément le facteur X qui permettrait à l’équipe de France d’aller enfin décrocher un titre. Reste à voir si le pari de trancher dans le vif finira par payer. Ou plutôt : quand ?

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Par Julien Duez


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