ACTU MERCATO
La fuite des talents, la triste fatalité de la Ligue 1
Cet hiver, la Ligue 1 a dit au revoir à Kader Meïté, Sidiki Chérif, Brian Madjo (oui, oui, vous savez le Messin), des jeunes que personne ne connaissait il y a un an. En attendant Tylel Tati, Jérémy Jacquet l'été prochain à Liverpool et plein d’autres, ce mercato raconte une fois plus le triste destin du championnat de France : la précarité.

Sept ans et demi après son lancement, force est de constater que le quolibet « Ligue des talents » est bien trouvé. La Farmers League, c’est du passé. Place à la Ligue 1, celle qui forme (ou fait pousser) des jeunes pépites, qui les fait jouer et qui les vend bien. Tellement que six ans après le lancement de cette nouvelle stratégie, les clubs sont réduits à créer des hypes éphémères pour des jeunes adultes qu’ils ne connaissaient pas un an plus tôt. C’est triste, mais ce n’est pas près de changer.
Des départs de plus en plus jeunes
Ils ont moins de 20 ans, ne sont même pas devenus des cadres dans leurs clubs, n’affichent même pas 50 matchs professionnels et ont déjà une valise Rimowa (mais si, la grise avec des stries). Cet hiver, ce constat est valable pour Sidiki Chérif (19 ans, 26 matchs en Ligue 1, 4 buts, vendu à Fenerbahçe), George Ilenikhena (18 ans, 38 matchs de Ligue 1, 5 buts, parti pour Al-Ittihad), Kader Meïté (18 ans, 29 matchs en Ligue 1, envoyé à Al-Hilal). Pas grand monde n’a eu le temps de créer des souvenirs de ces joueurs. On tente : le premier but de Sidiki Chérif contre Monaco, pour gâcher la première de Sébastien Pocognoli ? Le « presque » doublé de Kader Meïté contre Lyon ? Bref, quelques matchs au maximum. Ce sera pareil pour Prosper Peter, ça a été le cas avec Nathan Zézé, Robinio Vaz et Saïmon Bouabré, et leurs jolis messages d’adieu, souvent rédigés par des agences de communication, ne changent pas grand-chose.
Le constat ne date pas de ce mercato d’hiver, mais les départs des jeunes constituent le pain quotidien des équipes de Ligue 1. Les supporters, de plus en plus nombreux à se rendre au stade, sont condamnés à voir leurs stars locales en Premier League ou à Neom. Ou à remercier Tylel Tati de rester six mois de plus au FC Nantes, « avec une volonté de disputer une saison pleine et d’aider son club formateur à se maintenir », comme on peut le lire dans L’Équipe. En matière de kif, ça revient à apprécier Nirvana en l’écoutant sur les haut-parleurs d’un téléphone. C’est pas mal, mais ça grésille. Même chose pour Jacquet, qui s’en ira à Liverpool l’été prochain, tout en étant désireux de « bien conclure (son) aventure en rouge et noir ».
La dure réalité du marché
Le storytelling imposé par la LFP voudrait que les supporters soient fiers d’avoir participé à l’éclosion de Sidiki Chérif et des autres. Qu’ils soient les premiers à dire qu’ils étaient là, qu’ils ont vu leur talent avant, qu’ils sont privilégiés. Bref, à devenir des scouts bénévoles, en quête des futures pépites du foot moderne sur les mains courantes de la Piverdière. « Pour Kader [Meïté], c’est le marché, a expliqué Habib Beye en conférence de presse. Lorsque vous avez un joueur qui ne veut pas rester au club, il faut considérer tout ça. Le marché détermine aussi la réalité de ce qu’on vit, et ce marché-là, sur un joueur comme ça, pose une somme très importante. »
Aujourd’hui, peut-être que le Stade rennais va faire 100 millions d’euros de plus-value sur deux joueurs qui, à eux deux, valaient peut-être 3 millions il y a six mois.
De quoi laisser impuissants les clubs français, saignés par le Covid et la crise des droits télé. Beye semble tout aussi démuni : « Qu’est-ce qu’on peut faire ? Le garder, mais vous obtenez quoi du joueur derrière si vous le privez d’aller chercher ce qu’il pense être le contrat de sa vie ou l’opportunité de sa vie ? On ne peut pas rivaliser avec ça. » Dès lors, affirmer que la compétitivité est maintenue est un leurre. « Aujourd’hui, peut-être que le Stade rennais va faire 100 millions d’euros de plus-value sur deux joueurs qui, à eux deux, valaient peut-être 3 millions il y a six mois. Donc il faut comprendre ce que ça représente aussi pour un club. Maintenant, si je suis dans la peau et dans l’esprit des supporters, c’est dur, mais il y a la réalité du marché. »

La France génère près de 400 millions d’euros de transfert par an selon le CIES. 270 millions concernent des joueurs de moins de 23 ans. Ces sommes viennent combler les déboires économiques, même pour Monaco, et surtout masquer une triste réalité : les clubs français sont maintenus en respiration artificielle par l’Angleterre et l’Arabie saoudite, rois du capitalisme du ballon rond, comme des milliers d’agriculteurs dépendent du marché mondial. Pour combler ces départs, les clubs tentent d’innover par les prêts, comme Ethan Nwaneri à Marseille, Endrick à l’OL ou Goduine Koyalipou à Angers. Sinon, ils finissent pas recruter leurs propres U16 (à la place de leurs U18). Les réjouissances restent de courte durée. La prochaine dose est prévue cet été.
PSG, OM, Monaco... Pronostics Ligue 1 : Analyses, cotes et pronos avant la 11e journéePar Ulysse Llamas

























































