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N’Golo Kanté à Fenerbahçe : le sourire dans les bagages
N’Golo Kanté est arrivé à Istanbul ce mercredi soir, devant des fans en folie, massés derrière un périmètre de sécurité. Le joueur français, arrivé d'Al-Ittihad après de nombreux rebondissements, les a salués, accompagné de son calme et de son sourire légendaires.

Les streams de Vegedream en Turquie ont grimpé en flèche ce soir. À l’aéroport Sabiha Gokçen d’Istanbul, dans les voitures, sur les portables, les paroles de « Ramenez la coupe à la maison » résonnaient partout, le passage sur N’Golo Kanté en particulier bien sûr. Le champion du monde 2018 a fait son apparition un peu avant 22 heures (heure locale) dans le terminal VIP du second aéroport d’Istanbul, situé sur la rive asiatique comme son nouveau club, Fenerbahçe.
Quelques mètres devant la grille où étaient massés des centaines de fans, une trentaine de caméras étaient braquées sur l’entrée de l’aéroport, et ont rapidement débordé de leur zone réservée pour suivre le milieu de terrain. Entouré d’une foule de journalistes et de membres du club, il s’est avancé vers le grillage blanc où étaient parqués les fanatiques du club. Perché dans un arbre, un supporter hurlait « Kanté » depuis déjà une bonne demi-heure, à s’en rompre les cordes vocales. Les Fenerli sont devenus fous lorsqu’ils ont aperçu la silhouette de leur nouveau joueur, à grand renfort de fumigènes et de chants à sa gloire.
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Et devant cette masse criant son nom, N’Golo a souri. Sollicité de toute part, le Français a paru surpris, voire débordé. Comment peut-il en être autrement devant une telle démonstration de folie. Malgré les flashs des caméras braqués sur lui, le bruit assourdissant des fans, la cohue des cameramans, Kanté a fait du Kanté, les zygomatiques contractés, baissant la tête pour accueillir une écharpe qu’un homme lui plaçait autour du cou.
« Une vraie surprise »
La foule, de 1 000 à 15 000 personnes en fonction des policiers interrogés, était entourée d’un important dispositif de sécurité, légitime au vu de l’engouement créé par la venue de Kanté depuis Al-Ittihad. Seuls ceux parvenus à se glisser au premier rang, agglutinés au grillage, auront pu apercevoir son crâne impeccable. L’ancien Caennais aura en tout cas tenté d’en contenter le maximum. Rentré dans son van aux vitres fumées, N’Golo s’est arrêté pour reprendre une deuxième dose de hurlement à sa gloire, cette fois de plus près.

Tout en bonhomie, toujours, il a longé la haute grille en applaudissant. Certains ont pu le voir de près, les autres se sont surtout déplacés pour célébrer ce moment de joie, cette arrivée inespérée. « C’est la première fois qu’on vient pour un transfert, car il est très spécial. On pensait qu’il était annulé alors c’est une vraie surprise », détaille Meray, assise sur un trottoir, un sandwich dans les mains quelques minutes après le déferlement. Les habitués de ce genre de comité d’accueil estiment que l’engouement était un peu au-dessus de la normale, sûrement en partie grâce au scénario.
Soutenir Fenerbahçe, c’est un vrai rollercoaster. Cette arrivée, c’est un moment très joyeux pour nous.
Lundi soir, au moment de clore le mercato en Arabie saoudite, Fenerbahçe semblait avoir fait une croix sur la venue de Kanté, la faute à une erreur de documents, un problème de timing. Tout le mercato hivernal avait pourtant été rythmé de rumeurs sur la venue du Français au club, mais même le club a publié un communiqué annonçant l’échec de la transaction, et les supporters se sont résignés. Contre toute attente, la situation s’est pourtant débloquée à la faveur, en partie, de l’intervention du président Erdoğan, qui se trouvait justement en Arabie saoudite mardi, à la rencontre du prince Mohammed Ben Salmane. Si les conservations footballistiques des deux dirigeants n’ont pas fuité, Fenerbahçe et son président, Sadettin Saran, ont en tout cas remercié pour son aide le chef d’État, dont le fils Bilal est un grand supporter de Fener’.
Un mercato hivernal animé
Pour s’attirer les services du joueur de 34 ans, Fenerbahçe a envoyé En-Nesyri à Al-Ittihad, et les Saoudiens vont aussi donner 15 millions d’euros. Surtout, le club turc va verser de sacrés émoluments à N’Golo Kanté : 11 millions d’euros par an sur deux saisons et demie, ainsi qu’une prime à la signature de 14,4 millions d’euros. « C’est normal de le payer cher, c’est Kanté ! Il a gagné la Coupe du monde », rétorque Furkan, maillot du club sur le dos.
Fenerbahçe s’en sort sans verser d’argent à Al-Ittihad, mais le transfert vient ponctuer un mercato hivernal onéreux, et peut-être pas tout à fait fini, avec des rumeurs entourant l’arrivée d’un avant-centre. Avant Kanté, Fener’ a fait venir Mattéo Guendouzi pour 28 millions d’euros depuis la Lazio, le transfert le plus cher de son histoire. Et samedi 31 janvier, Sidiki Chérif est arrivé d’Angers SCO pour un prêt de 4 millions d’euros, avec une obligation d’achat de 18 millions à l’été. Sans compter les arrivées de Nenê Dorgeles (18 millions) et Kerem Aktürkoğlu (22,5 millions) à l’été, tous dans le top 5 des plus gros transferts du club.

Le club du quartier de Kadıköy peut se permettre de telles dépenses grâce à une relativement bonne santé économique. Sa dette s’élève à près de 500 millions d’euros, mais est moins importante que par le passé. Le club a réalisé une augmentation de capital qui lui a permis de régler les contraignants emprunts qu’il avait contractés auprès de différentes banques, dont Yapikredi, propriété de l’ancien président Ali Koç (2018-2025). « Donc forcément, c’est plus simple pour négocier », euphémise Eren Tutel, journaliste pour le quotidien local BirGün.
Un indicateur de l’ambition retrouvée
Le richissime Ali Koç a aussi signé un document fin janvier affirmant qu’il ne demanderait pas les 85 millions d’euros que lui doit le club, ni lui ni sa descendance. Et ce dernier continue à largement sponsoriser le club via ses nombreuses entreprises, mais n’est plus décisionnaire. « Heureusement que ce n’est plus lui, estime Melisa, fervente supportrice en chemin pour accueillir Kanté. Avec Sadettin Saran, tout va beaucoup plus vite. Alors qu’avec Ali Koç, je suis sûre qu’il y aurait eu un problème, que le transfert aurait été annulé. »
Les adversaires ont peur rien qu’à entendre le nom de Kanté.
Plusieurs autres hommes d’affaires soutiennent Fenerbahçe, qui est une association comme de nombreux autres clubs turcs. Bon à savoir : le sponsoring est détaxé à 50 % vers les clubs professionnels en Turquie, de quoi rendre le soutien intéressant fiscalement. Aussi, le club a récemment vendu de jeunes potentiels comme Yusuf Akçiçek (22 M), Arda Güler (26 M) ou encore Ferdi Kadıoğlu (30 M). Enfin, Fenerbahçe a vendu un terrain à Istanbul, qui va lui rapporter plus de 58 millions d’euros.

Avec les récentes dépenses, les supporters espèrent bien retrouver le titre de champion de Turquie qui lui échappe depuis 2014. « Soutenir Fenerbahçe, c’est un vrai rollercoaster, se marre Batuhan, sur la pelouse où s’est massée la foule quelques minutes plus tôt pour voir Kanté. C’est un moment très joyeux pour nous. On avait besoin d’un milieu de terrain comme lui. » Sous les ordres de Tedesco, Kanté pourrait jouer dans un milieu à trois aux côtés de son compatriote Guendouzi et de Marco Asensio. De quoi rivaliser avec Galatasaray, triple champion en titre ? « Ils ont peur rien qu’à entendre le nom de Kanté », raille Murat. Le nouveau joueur a surtout inspiré de la sympathie à son arrivée sous la pleine lune d’Istanbul. « Il a l’air gentil », « très humble », « très sympa », « un gentleman, comme tous les joueurs de Fener », les compliments ont fusé. Main sur le cœur, visage radieux, N’Golo Kanté a réussi son premier contact avec ces nouveaux fans. Reste à prolonger cette joie sur le terrain.
Le transfert de Kanté à Fenerbahçe a été facilité par... le président ErdoğanPar Victor Fièvre, à Istanbul
























































