- Mondial 2026
- Gr. A
- Mexique-Afrique du Sud (2-0)
Mexico, Mexiiiiiiiiiiiiiiiiiiiico

Avant le match, il y a eu de l’angoisse, des Coronas, des mariachis et une cérémonie d’ouverture marquée par des sons latinos qui ont sûrement du déplaire à Donald Trump. Récit de la première matinée de la Coupe du monde.
Ça ne ressemble pas à une fête nationale, mais presque. À l’occasion du match d’ouverture du Mondial 2026, le Mexique, seul pays hôte du tournoi qui peut se targuer d’être une vraie terre de football, a décidé de fermer ses écoles pour que les gamin(e)s puissent profiter à fond de leur journée. Celle-ci a commencé bien avant le coup d’envoi du match donné par l’arbitre brésilien Wilton Sampaio. À la fois excité par l’événement, et effrayé par l’idée de rester bloqués dans des manifestations de professeurs en colère, des milliers de supporters se sont pointés aux abords du stade Azteca dès 7 heures du matin. « Je n’ai même pas pris le temps de me laver tellement j’avais hâte d’y être », se marre Claudio, qui a pourtant pris la peine de vider un pot entier de gomina pour plaquer ses cheveux de quinqua en arrière. Comme lui, les lève-tôt ont du braver les embouteillages, traverser pas mal de cordons de police, et feinter des vendeurs ambulants proposant des écharpes, des tacos douteux, des drapeaux tricolores, des masques d’aigles, des faux maillots et pas mal d’autres babioles « made in Mexico ».
Les gueros sont déclarés
Avant de rejoindre à pied le stade où Pélé et Maradona sont devenues des légendes du futbol, Humberto et sa bande de potes, tous sapés avec le maillot vert des Aztèques, ont pris le soin de percer leur première bière achetées au Six Eleven situé sur une bretelle d’autoroute bouchée par des camions de force de l’ordre. « 7h30 du matin, c’est vrai que c’est un peu tôt pour boire une bière, mais bon, ce n’est pas tous les jours qu’on assiste à une rencontre de la coupe du monde », lâche tout excité ce trentenaire blond aux yeux bleus.
J’ai payé mon billet 1 300 dollars, mais ça les vaut largement.
Non, Humberto n’a pas une gueule à se faire poursuivre par un Walker Texas Rangers. Il habite dans le quartier gentrifié de Roma mis en lumière dans le film éponyme d’Alfonso Cuaron, et travaille dans les bureaux du Banco Santander du centre de la capitale. Bref, Humberto, contrairement à certains de ses compatriotes indigènes, n’est pas à plaindre. « J’ai payé mon billet 1 300 dollars, mais ça les vaut largement » lâche-t-il fièrement.

Aux abords de l’Azteca, les gueros (les visages pales, en argot mexicain) qui vous parle de leur futur voyage à Paris et du prix de leur billet sans que vous leur posiez la question sont majoritaires. Ils sont mexicains, expatriés, et parfois, ils ne connaissent pas vraiment la règle du hors-jeu. C’est le cas de Victor, un expat’ américain, « ingénieur dans une grande boîte située en centre ville ». Victor a le maillot du Mexique sur le dos et une Corona à la main histoire qu’on ne lui « casse pas les pieds avec Trump ». S’il est là, c’est parce que sa boîte lui a offert un billet gracieusement. Évidemment, il ne connait pas un seul joueur Aztèque, ce qui ne l’empêche pas de se méfier des Sud-africains : « Eux, ils sont physiques et courent vite, non ? »
Plumes, frous-frous et vieilles gloires
Pour oublier ces analyses rincées, rien de mieux qu’un jus d’orange bien frais à la Naranja Mecanica, une petite échoppe située en face de la porte 3 et prise d’assaut par des supporters souffrant déjà de la chaleur. Il est 8h30 quand les premiers mariachis envoient leur premier Cielito Lindo. Un banger du Mexique de carte postale qui a le don de réveiller tout le monde, y compris Juan, venu tout droit du Chiapas avec son costume plein de plumes. « C’est un habit traditionnel, lié au sacrifice et à la mort », explique ce sexagénaire entre deux selfies avec des touristes japonais.

À quelques mètre de lui, un groupe de femmes propose d’autres habits traditionnels fait à partir d’osier et de tissus rouges. Lorena explique pendant 20 minutes la signification de chaque frou-frou. Intéressant, mais l’heure est venue de pénétrer dans LE stade de l’histoire de la Coupe du monde. Une enceinte qui garde tout son charme, malgré une javellisation opérée par la FIFA. À l’Azteca, la sono vous rappelle qu’il est interdit de fumer, de vapoter, de gêner votre voisin en vous levant trop souvent de votre strapontin. La FIFA vous invite par contre à scanner un QR code sur les écrans géants pour que votre photo puisse être vue par tout le stade. Elle vous invite également à agiter le chapeau en carton déposé sur votre siège et à danser comme un con dès que cette saloperie de Dance Cam se pose sur vous.
Il est en 11h24, quand le premier frisson du joue parcours l’enceinte : Memo Ochoa, le gardien du Mexique, est le premier à se donner un petit bain de foule. L’homme aux six coupe du monde (record qu’il s’apprête à partager avec CR7 et Messi) laisse vite sa place aux survets beiges des Bafana Bafana, orphelins de supporters. 11h34 : les volontaires déploient l’énorme bâche bleue servant de dance-floor aux artistes chargés de donner le coup d’envoi de la compétition. Pour les accompagner, l’organisation a choisi de mettre à l’honneur les habits, les danses et les costumes traditionnels de sa riche histoire. De quoi faire oublier l’espace d’un instant que les States ont malheureusement phagocyté cette Coupe du monde.

Le Mexique a décidé d’ouvrir le bal avec une dame blanche, une sorte de grande prêtresse avec de jolis discours, type « le football unit le monde ». Une bonne blague rabâchée constamment par ce bon vieux Infantino, vite balayée par l’entrée en piste de Mana, un groupe de vieux rockeurs nationaux spécialisés dans les chansons à l’eau de rose. Leurs cuirs rouges et leurs guitares électriques ont ensuite laissé au reggaeton de Dj Balvin, rentré en piste avec une voiture en carton jaune tout droit sorti de Breaking Bad. La queen Shakira, sapée en cheerleader s’est chargée de boucler un show résolument latino avec un son qui ne fera jamais le poids avec son légendaire Waka Waka. Cette fois c’est bon, la Coupe du monde peut commencer. Enfin.
Le Mexique lance parfaitement son MondialPar Javier Prieto Santos, au stade Azteca




















































