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Voir la Coupe du monde à moitié pleine

Par Ulysse Llamas
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Voir la Coupe du monde à moitié pleine

Malgré un arbitre refoulé, des galères de visas à n’en plus finir et la folie autoritaire de Donald Trump, la 23e Coupe du monde de l’histoire du football va proposer du jeu, du spectacle et des magnifiques histoires. Le foot est toujours une parenthèse enchantée, il va le prouver.

Au Nouveau Monde s’ouvre un monde nouveau. C’est à n’y rien comprendre : une édition à 48 équipes, 40 matchs en plus, un tour supplémentaire, donc une occasion supplémentaire de perdre, plusieurs pays hôtes pour la première fois depuis 2002, quatre fuseaux horaires, seize villes et des matchs en quarts temps. Bien aidée par le duo maléfique Trump-FIFA, la Coupe du monde va être un foutoir. À partir de ce jeudi soir et jusqu’au 19 juillet, ce beau bordel va se loger dans le bide des amoureux de foot. Leur ventre remuera, ballonnera et vibrera. Ce tracas est infiniment plus petit que les tracas du monde, mais occupera les discussions, les peurs et les craintes.

Cette 23e Coupe du monde démarre au Mexique avant de voyager aux États-Unis et au Canada. L’Amérique du Nord devient le centre du monde pendant un mois. Les fans, ceux qui peuvent se déplacer, doivent parcourir des milliers de kilomètres pour supporter les leurs, dans des stades plus éloignés les uns les autres. L’ambiance est moins confinée qu’au Qatar ou en Afrique du Sud, mais elle sera tout aussi magnétique, même si les empreintes carbone sont énormes et que les prix des places sont à rebours de ce qu’est le football : un jeu populaire et accessible.

Le foot est trop beau pour être réduit à Trump et à la FIFA

En totale décontraction et sans soft power, Donald Trump et ses hommes rendent toute notion d’hospitalité caduque. Ils négligent l’histoire de l’autoproclamé pays de la liberté, notion qui ne sera distribuée que sur les terrains de football. Une fois tourné le dos au fait que la Coupe du monde n’améliorera pas le quotidien des Américains, des Mexicains et de pas grand monde, le jeu peut commencer. Même affaibli, le football est trop beau. Lui seul peut sauver ce Mondial.

Grand Messi.
Grand Messi.

L’insupportable glorification de Donald Trump par Gianni Infantino depuis le retour du premier à la Maison-Blanche en janvier 2025 n’effacera jamais la beauté des réveils à 3 heures du matin, des couleurs des maillots et des calculs pour savoir qui est qualifié ou qui réalise une épopée. Ce que représente une Coupe du monde pour le Cap-Vert, l’Ouzbékistan et tous les gamins qui ont commencé les albums Panini il y a un mois n’a pas de prix.

À l’heure des glaçons qui ne fondent pas seulement dans les verres et du moral en berne, les fans de foot seront pris, cernés. Dire que du plaisir jaillira d’un dribble norvégien ou une frappe lointaine néo-zélandaise ne fait pas passer pour un aveugle ou un bouffeur de couleuvres. Chaque match est une histoire, et dans chaque histoire il y a un un gentil, un méchant, un beau, un moche, un grand, un petit, un fort, un faible et une morale, celle qu’on veut. Celle des dernières quêtes des grands joueurs, de Lionel Messi à Cristiano Ronaldo, en est une. Admirer les extérieurs du pied de Luka Modrić et les cheveux de Memo Ochoa en sont d’autres. D’autres iront chercher les nouveaux Asamoah Gyan, Henrik Larsson ou Just Fontaine. Ces noms demeurent plus poétiques que les auteurs du bac à réviser en juin.

Wilson Isidor et de platine.
Wilson Isidor et de platine.

Ce rêve bleu

Cette Coupe du monde n’y échappera pas : les Irakiens, Iraniens ou Haïtiens oublieront un (très court) instant qu’ils ont bien plus importants à endurer. Curaçao aura ses quatre heures et demie de gloire, qui permettront à tous d’entrevoir que les façades des maisons de Willemstad, sa capitale, ont l’air magnifiques. Les danses des Sud-Africains rendront inaudibles les fracas du monde. Les petits ponts de Lamine Yamal seront souhaités, autant que le fait qu’Aymen Hussein finisse par jouer un match, voire claque un doublé contre la Norvège. Le foot finira toujours par faire choisir un camp, sans toujours en comprendre les raisons, car ses émotions sont autant solides que les roses sentent bon.

La Coupe du monde aimante les années paires. Elle débouche les oreilles pour écouter Shakira, pour Diana Ross. Elle ouvre les yeux pour admirer le stade Azteca. Dans cette poésie, la France rêve d’une troisième étoile. Didier Deschamps veut achever son histoire avec la Coupe du monde aussi bien qu’il l’avait commencée en 1998. Depuis, les Bleus sont allés quatre fois en finale, en sept éditions. Assumer cette pression est son boulot. Celui de Kylian Mbappé consiste à marquer un but en finale de Coupe du monde pour la troisième fois d’affilée, face à des nations toutes aussi favorites que la France. Des historiques (Brésil, Argentine, Allemagne), d’autres moins (Belgique, Angleterre, Maroc). Ce sera dur, mais les ventres gargouillent.

Notre journaliste et ami Christophe Gleizes accrédité pour la Coupe du monde par la FIFA

Par Ulysse Llamas


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