- Mondial 2026
« La gestion des prix, c’est une catastrophe » : les supporters français face au Mondial de la galère

Des barrières administratives, des annulations en pagaille, des hausses de prix excessives : la Coupe du monde 2026 est une grande galère d’organisation pour les supporters. À commencer par les Français, qui désespèrent tout en cherchant à s’adapter et à miser sur le système D pour s’en sortir.
À moins de cinquante jours du grand départ de l’équipe de France vers la Coupe du monde, de nombreux supporters tricolores ont bien envie de se balader avec un coq bleu blanc rouge sur la tête dans les rues de New York ou de Boston. Sauf que le voyage s’annonce encore plus compliqué que prévu. Entre le prix exorbitant des tickets de matchs, le coût du logement sur place et le tarif des billets d’avion, les amis de Clément d’Antibes ont compris qu’il faudra dépenser plusieurs milliers d’euros pour participer « au plus grand événement de l’histoire de l’humanité », comme l’affichait fièrement Gianni Infantino lors du tirage au sort en 2025. Derrière les belles paroles et la promesse d’un Mondial populaire et pour tous se cachent surtout des montagnes de galères, presque insurmontables, pour des supporters prêts à sacrifier beaucoup de choses pour pouvoir accompagner les Bleus sur place — ou tout simplement vivre le tournoi. Mais à quel prix ?
Vols annulés et explosion des prix
Un petit tour sur les sites de vente de billets de la FIFA suffit pour comprendre la grande supercherie. Pour de simples matchs de poules, en fonction du placement, entre les catégories 1 à 4 les prix ont des allures de montagnes russes : entre 191 et 518 euros pour voir la France, par exemple. Le prix des billets, c’est une chose ; l’inflation sur à peu près tout le reste, ça en est une autre. Des familles, des groupes d’amis, des voyageurs en solo qui préparaient ce voyage depuis des mois, voire des années, ont déchanté en se retrouvant face à la hausse des prix dans tous les secteurs de l’autre côté de l’Atlantique : hébergement, avion, train, voiture, transports en général. Tout.
Pour un seizième de finale à Los Angeles, on a rien en dessous de 560 dollars par personne.
À moins de deux mois, ils sont des dizaines, des centaines, peut-être des milliers à désespérer. C’est le cas d’Amaury, jeune supporter des Bleus, qui avait prévu de faire le voyage pour vivre l’évènement au pays de l’Oncle Sam avec des amis. « Après avoir vécu cette finale de Coupe du monde au Qatar devant la télé tous ensemble, on s’était dit que la prochaine édition, on la ferait ensemble aux États-Unis, confie Amaury, de la génération 98. Finalement on a créé un compte commun sur lequel, dès janvier 2023, on a commencé à tous mettre 200 euros par mois, et jusqu’à juin 2026. » Attention, couac : il y a quelques semaines, leur vol de Paris à Los Angeles a été annulé, sans aucune raison, avant d’être reprogrammé 2 000 euros plus cher.

« Au début, je pensais que c’était une blague, on ne l’a pas pris au sérieux, jusqu’à ce qu’ils nous le confirment et là, on était tous sur le cul, grogne Amaury au bout du fil. Parce que justement, on avait tout fait pour anticiper ça, on avait des vols réservés depuis quasiment un an, on savait qu’avec toute l’incertitude dans le monde il y avait des risques de flambée des prix, mais qu’on se retrouve avec des vols annulés… » Au total, cette bande d’amis avait mis de côté environ 24 000 euros pour vivre cette drôle d’aventure et ce, sans le moindre billet pour aller voir les Bleus. Faute de places disponibles et surtout en raison d’une hausse agressive des prix, malgré une énième session de vente de la FIFA : « Il y avait quelques billets disponibles, des catégories 1, 2, 3 et 4. Mais c’est beaucoup trop cher par rapport à ce qu’on espère. Pour un seizième de finale à Los Angeles, on a rien en dessous de 560 $ par personne. »
Le système D des routards
Pour les chanceux qui passent par des associations, le problème d’accès aux billets ne s’est pas posé ; au niveau des hébergements et des transports, il faut user de techniques de routard. Nicolas a décidé de partir dans le pays du bonhomme orange pour fêter ses 40 ans. Un projet qu’il va mener en solo, avant de retrouver ses potes de l’association Les Baroudeurs du sport. Le supporter, qui vient tout droit de Bordeaux, pose les termes dès le début : « La gestion des prix, c’est une catastrophe. » Pour son vol, Nicolas va faire plusieurs escales et surtout « sans valise, en faisant jouer tous les miles professionnels que j’avais, je suis à 800 euros. Aller-retour, non modifiable, non annulable ».
Vous passez de 100 $ à 300 $ la nuit pour un pauvre lit dans une auberge de jeunesse, dans un dortoir de 12 personnes.
Le fervent supporter des Bleus a tout prévu de A à Z, même si son voyage dépendra des résultats des Bleus en fonction de leur classement en phase de poules. Une situation que les hôteliers américains, aux allures de businessmen, ont parfaitement ciblée pour faire gonfler les prix : « Vous passez de 100 $ à 300 $ la nuit pour un pauvre lit dans une auberge de jeunesse, dans un dortoir de 12 personnes », peste Nicolas dans un long soupir. Pas de quoi décourager lui et sa troupe de routards : « J’avais réservé une quarantaine d’hébergements pour pouvoir avoir le choix d’en supprimer. »
Depuis plusieurs semaines, de nombreux supporters sont confrontés à un casse-tête insurmontable : certains se rabattent sur des covoiturages, d’autres partagent des chambres et des Airbnb à plusieurs. La dernière galère à régler en date est celle de la hausse sans précédent des billets de train pour Boston, où la France aura son camp de base et jouera son dernier match de poule contre la Norvège. Le souci, c’est que le Gillette Stadium se trouve à 35 kilomètres du centre de Boston. Un trajet en train direct est envisageable, mais celui-ci a connu une hausse de 40 dollars et risque d’augmenter encore, une marge financière supplémentaire à ajouter à l’addition des supporters français.

Pour régler ce hic de dernière minute, c’est toute une organisation qui s’est mise en place. Olivier, porte-parole de l’association des Baroudeurs du Sport et qui a connu l’expérience des Coupes du monde en Russie et au Qatar, explique : « La solution, c’est qu’on a réservé un bus pour tout le groupe. L’aller-retour nous coûtera 30 euros par personne, mais ce qui nous permet d’amener seulement 56 personnes. Ce sont des solutions qu’on essaie de mettre en place au fil de l’eau, parce qu’on ne pouvait pas imaginer que le déplacement en train allait être un problème. »
Nicolas, lui, ne pourra que suivre les trois premiers matchs des Bleus, mais compte bien débarquer pour la finale, si l’équipe de France parvient à jouer sa troisième finale d’affilée. Euphorique rien qu’à l’idée d’en parler, le Bordelais de 40 piges tentera le tout pour le tout pour voir cette finale : « On sera vraiment dans le système D. On ne sait pas dans quel état on sera, ni où on dormira, ni comment on mangera, ni si on sera propre ou sale, mais ça fonctionnera toujours », rigole-t-il. Il veut mieux en rire qu’en pleurer, pour l’instant, et se tourner vers Pep Guardiola pour trouver les bons mots : « Il y a très très longtemps, la Coupe du monde était une célébration de la joie du football. À l’ère moderne, c’est devenu tellement cher… le football est pour les supporters ! Ce business ne fonctionne pas sans les fans. »
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Tous propos recueillis par AR























































