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Bleus : Mbappé, Dembélé ou les deux ?

Par Julien Faure
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Bleus : Mbappé, Dembélé ou les deux ?

On en attendait beaucoup, on en a vu peu. Alignés ensembles au coup d'envoi face à l'Irlande du Nord, Ousmane Dembélé et Kylian Mbappé ont peiné à se montrer, tout le contraire de leurs compagnons d'attaque. Leur association ne semble pas si naturelle que cela et le rendu sur la pelouse attend encore. Assez pour modifier les plans de Deschamps ?

Il y a toujours une petite pointe de déception à ouvrir une bouteille de champagne et que le bouchon ne saute pas au plafond, mais fasse un tout timide pschitt. C’est un peu la sensation que l’on a eu devant ce France-Irlande du Nord. Avec Désiré Doué, Michael Olise, Kylian Mbappé et Ousmane Dembélé alignés d’entrée, on s’attendait certainement à un feu d’artifice offensif de la part des Bleus. Si les deux premiers ont brillé, le capitaine et le Ballon d’or se sont manqués et leur cohabitation sur le terrain — ils sont grands potes dans la vie — sera un enjeu majeur pour les Bleus à la Coupe du monde. A priori, Didier Deschamps n’a pas l’intention de bouger… pour l’instant ?

Mbappé trop brouillon, Dembélé tout en discrétion

À Lille, face aux Nord-Irlandais, on a beaucoup plus vu le Madrilène que le Parisien. Mbappé a beaucoup existé dans le jeu tricolore mais a essentiellement manqué de réussite à la finition, repoussant à un peu plus tard le statut de meilleur buteur de l’histoire des Bleus qui lui est promis (Olivier Giroud, présent à domicile pour ce match, a un pion d’avance). S’il n’a cadré aucune de ses six tentatives au but, il a touché la gonfle à 81 reprises, dont 17 dans la surface adverse. Prioritaire dans les circuits de passes et recherché par ses partenaires, il peut soutenir la thèse du match sans, comme le faisait Deschamps à l’issue de la rencontre : « Je ne vais pas m’inquiéter. C’est vrai qu’il a eu plusieurs situations mais il n’a pas eu d’efficacité. Il m’avait dit qu’il la gardait pour les États-Unis donc moi ça me va. » Comprendre : le potentiel problème est remis à plus tard.

Sorti peu après l’heure de jeu, le double champion d’Europe a eu bien plus de mal à exister. Avec seulement 37 petits ballons touchés, malgré une position hybride un peu plus axiale et reculée, Dembélé a trop peu pesé sur le jeu des Bleus à Pierre-Mauroy, fatalement éclipsé dans les circuits de passe par l’aimant Mbappé mais aussi les cannes de Doué et Olise, bien plus remuants et qui ont poussé le jeu à passer par leurs crampons. Avec un tout petit tir tenté et un seul ballon touché dans la surface, il a traversé la rencontre comme un fantôme, au point que son remplaçant, Rayan Cherki, ne finisse avec 16 ballons touchés en plus en deux fois moins de temps.

Je suis content de l’animation et du jeu court, on dézone beaucoup. C’est très bien, on essaie d’être prêts.

Ousmane Dembélé, futur coach

À son crédit, il s’est montré peu dispendieux avec le cuir, ne le perdant qu’à cinq reprises. Quant à sa relation avec Mbappé sur le pré, les deux copains ne se sont échangés que trois passes. Pas de quoi inquiéter le principal intéressé. « Je suis content de l’animation et du jeu court, on dézone beaucoup. C’est très bien, on essaie d’être prêts, a ainsi déclaré le numéro 7 des Bleus après la rencontre, avant de s’attarder sur les questions de positionnement. On change beaucoup, ça n’a pas beaucoup d’importance, le plus important c’est de garder une position. »

Statuts et stature

Le sélectionneur s’est longuement penché sur la situation de Dembélé en après match, et l’argument du rythme est vite arrivé sur la table. « Après ce qu’il a eu, et psychologiquement et physiquement c’était un galop de reprise, s’est-il exprimé. Au PSG il part d’une position axiale, les buts il les marque quand il est dans l’axe, mais je le vois beaucoup dans d’autres zones aussi. » Les zones et les positions, c’est le nerf de la guerre pour ces Bleus. DD se souvient certainement que Dembouz était parti côté droit, en tout début de match, sur l’action qui avait conduit à son but très précoce contre le Bayern en demi-finales de Ligue des champions. Il sait aussi que le collectif parisien n’est pas le sien, et que son poulain doit aussi trouver des références en équipe de France (Olise l’a égalé au classement des artilleurs avec une quarantaine de capes en moins).

Pour sa dernière sur le sol français, Didier Deschamps se montrait tout de même frustré par le bloc bas adverse à la pause. Ou plutôt par le jeu des siens face à celui-ci. « On s’y attendait face à un bloc bas, a-t-il déclaré au micro de TF1. Il nous faut plus de vitesse, d’accélération, pour les mettre en difficulté. […] C’est un cas de figure difficile, il faut qu’on en fasse plus dans le rythme, on doit être plus percutant. » Un besoin de percussion avec un tel quatuor offensif, il y a quelque chose de cocasse dans cette phrase. Surtout que si le Sénégal, la Norvège et même l’Irak se montreront autrement plus dangereux au Mondial, les Bleus risquent une nouvelle fois de se confronter à des blocs relativement bas. Même problème, nouvelles solutions ?

S’il a concédé avoir son « onze en tête » pour la Coupe du monde, Deschamps a aussi parlé « d’entrants performants ». Une notion loin d’être anodine, surtout si le double D décide de faire quelques ajustements après le dernier amical de son équipe de France. Toujours sur Dembélé, le sélectionneur a évoqué son utilisation plus axiale au PSG : « Ça demande plus de rigueur qu’aujourd’hui à la perte du ballon. » Sans viser directement le Parisien, le coach pointe peut-être déjà les limites de cette animation en 4-2-3-1 avec quatre offensifs, dont deux censés occuper l’axe et la zone proche du but. Adrien Rabiot et Aurélien Tchouameni ont des profils différents des milieux du PSG, chargés de ces transitions, mais qui sont surtout trois sur le terrain. Pour courir et couvrir, ça fait la diff.

C’est peut-être le problème de ces Bleus. À vouloir empiler les talents au registre parfois peut-être trop similaires, on s’y perd. À ce petit jeu, Manu Koné aurait-il une chance d’intégrer un onze où Adrien Rabiot ferait du Matuidi 2018 derrière un trio Mbappé-Doué-Olise ? Pourquoi pas. Si Deschamps veut garder son 4-2-3-1, pourquoi ne pas installer Cherki, souvent brillant en sélection, en 10 et donner quelques prérogatives plus défensives à Doué ? Les questions sont nombreuses, les solutions tout autant. Les statuts s’imposent cependant : Mbappé est le capitaine, Dembélé le Ballon d’or. Tic ou Tac pourrait-il vraiment débuter le match contre le Sénégal sur le banc ?

Dans les sports collectifs, il n’est pas rare de voir des joueurs phares en club s’épanouir dans un rôle de remplaçant cinq étoiles en sélection. Tout autant que Dembélé pourrait être amené à remplacer Mbappé en cours de match, dans un rôle d’attaquant axial qu’il apprécie, sans se marcher dessus avec le Madrilène. Avec un match en plus lors de cette Coupe du monde, il faudra de toute façon ménager les organismes et les offensives des Bleus auront tous leur carte à jouer à un moment, mais l’idée semble de plus en plus crédible.

Monday, Tuesday, Olise !

Par Julien Faure

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