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Pourquoi le stade Azteca est le plus mythique de l’histoire ?

Par Enzo Leanni
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Pourquoi le stade Azteca est le plus mythique de l’histoire ?

Le match d’ouverture du Mondial 2026 entre le Mexique et l’Afrique du Sud n’est pas le plus sexy sur le papier, mais il va se disputer dans le stade le plus légendaire du monde. Ce n’est ni le Maracanã ni Wembley, ça n’a rien à voir avec le Camp Nou et la ressemblance avec la Bombonera ne serait que fortuite. Il s’agit du stade Azteca de Mexico. Attention aux oreilles !

Du haut de ses trois participations à la Coupe du monde, dont l’édition 1994 passée avec le brassard autour du bras, Georges Grün se souvient de deux matchs en particulier : contre le Mexique et face à l’Argentine, en 1986 à chaque fois. Remplaçant lors du match d’ouverture, puis au marquage d’un Diego Armando Maradona au sommet de son art en demi-finales, le défenseur central belge a vécu des soirées bien différentes, avec des défaites à digérer, mais la sensation de vivre un rêve de gamin dans un lieu légendaire, le stade Azteca, de Mexico. « Rien que d’entendre le nom “Aztèque”, quand tu es gosse, ça te fait peur. C’est comme le Maracanã, c’est mythique », remet celui qui avait 8 ans quand plus de 107 000 personnes se réunissaient pour assister à la finale du Mondial 70 entre le Brésil et l’Italie.

Moments d’anthologie et légendes funestes

Si les Diables rouges d’Enzo Scifo n’ont pas réussi à faire tomber le favori argentin, c’est parce que les portes de ce stade ne s’ouvrent pas si facilement. Première enceinte à accueillir deux finales de Coupe du monde, sacrant ainsi Pelé et Maradona, elle a été rejointe en 2014 par le Maracanã de Rio de Janeiro (dont les lettres de noblesse sont marquées par les défaites, du Brésil de Zizinho et Ademir en 1950, et de l’Argentine de Messi), mais va reprendre l’avantage ce jeudi en devenant la première à abriter au moins un match de trois Mondiaux différents. En 2026, seulement cinq rencontres y auront lieu, trois de poules, un seizième et un huitième, puisqu’il a été décidé qu’il fallait partager le gâteau avec les puissants pays d’Amérique du Nord. Qu’importe, l’Azteca compte bien prouver une nouvelle fois qu’il mérite d’être coché dans les carnets de voyage de tout groundhopper qui se respecte.

Le stade du Roi.
Le stade du Roi.

Le Français Bastien Rodríguez a justement arpenté bon nombre de stades sud-américains, pas uniquement pour son plaisir personnel puisqu’il est l’actuel responsable du département d’analyse de l’Atlas FC, après avoir travaillé pour le Tigres ou l’América de Cali. Il a découvert l’Azteca rénové cette année et avoue avoir pris une claque : « Aller à la Bombonera, au Monumental, travailler au Maracanã et à l’Azteca, c’était un rêve d’enfant. Depuis que je suis au Mexique, j’avais très hâte d’y aller. C’est un vrai monument. » Un temple singulier dans un pays qui en compte tant, une basilique pour quiconque voudrait convoquer le D10s et le Roi. Situé au sud de Mexico, capitale aux 9,2 millions d’habitants, le colosse se dresse près de l’autoroute, au bout de rues dans lesquelles se massent chanceux détenteurs de billets, vendeurs à la sauvette et touristes qui mettront le prix pour entrer. « Quand on visite la ville, on se sent tout petit, c’est immense, je sentais le poids historique très fort sur mes épaules et c’était pareil en entrant dans le stade », explique le Français expatrié.

À l’époque, il faisait encore plus de 100 000 places, il y avait un brouhaha constant qui t’enveloppait. L’ambiance était fantastique, c’était très convivial, très chaleureux.

Georges Grün, joueur belge du Mondial 1986

Qui dit légende dit mythes. Il a été le théâtre d’une messe de Jean-Paul II réunissant 140 000 fidèles en 1999 et du but de la main de Dieu contre l’Angleterre, 13 ans plus tôt. Vous avez dit « blasphème » ? Les croyances les plus funestes voudraient que le stade fut construit avec des pierres volcaniques issues du Xitle, sur un cimetière indien et que des ouvriers tombés dans le béton ne furent jamais repêchés, venant désormais hanter le lieu. À plus de 2 000 mètres d’altitude, il est vrai que les joueurs doivent braver un bruit assourdissant, en plus de la pollution de l’air, mais c’est loin d’être à cause des fantômes. « Ce qui me vient en premier en y pensant, c’est le monde, c’est impressionnant, souligne Grün, qui s’est surpris à regarder les gradins durant son match passé sur le banc. À l’époque, il faisait encore plus de 100 000 places (110 000 spectateurs pour Argentine-Belgique, 114 580 lors de la finale, NDLR), il y avait un brouhaha constant qui t’enveloppait. L’ambiance était fantastique. Ils ont une autre façon de supporter leur équipe qu’en Europe, ils avaient des grosses trompettes, comme des vuvuzelas, c’était très convivial, très chaleureux. » 

En voie de disparition ?

Jeter un œil vers le sommet du stade pour guetter la présence d’un proche en tribunes peut effectivement filer un torticolis, le toit étant situé à 60 mètres de haut. « Quand tu es sur la pelouse, on dirait que le terrain est immense. Les tribunes montent très haut. Pour le coup, je pense que la structure de l’Azteca, d’un point de vue architectural, est plus impressionnante que celle du Maracanã, qui est immense, mais moins pentu. Quand tu es sur la pelouse, l’Azteca, c’est vertigineux », averti Bastien Rodríguez. Georges Grün, qui reste marqué par une pelouse haute et épaisse, se souvient également de « longs câbles, placés vraiment très, très haut », servant à diffuser les annonces dans le stade et provoquant un vacarme.

Et voilà, il ressemble à tous les nouveaux stades du monde.
Et voilà, il ressemble à tous les nouveaux stades du monde.

Lui et ses anciens coéquipiers sont retournés au Mexique en avril pour visiter l’orphelinat qu’ils avaient aidé à fonder en 1986. Le pèlerinage avait évidemment pour étape un passage dans le stade que se partagent Club América, Cruz Azul et la Tri. « C’est vrai que quand tu rentres dans ce stade, même vide, ça reste très impressionnant. Il a changé, ça me semble moins haut aujourd’hui », estime l’ancien d’Anderlecht, devenu guide de pêche bénévole en République dominicaine. Endommagée par un séisme en 2017, l’enceinte a été rénovée ces derniers mois, affichant maintenant une capacité maximale de 83 000 personnes, mais ne convainc toujours pas son monde. « L’extérieur est resté dans son jus », fustige Grün.

La sécurisation de l’Azteca – qu’il faut désormais appeler Estadio Banorte, du nom d’une banque – est sérieusement remise en cause depuis la mort d’un supporter en marge du match amical entre le Mexique et le Portugal, en mars. Des photos révélant des trous, des fuites et des chutes de béton ont fait le tour des réseaux sociaux. « Je ne l’ai pas trouvé vétuste, assure Bastien Rodríguez. En ce qui nous concerne, l’accès au vestiaire et au terrain était bon. En revanche, il n’y avait pas de cabine d’analyste, on a dû être envoyés avec la presse. Je suppose que ça a été fait depuis, c’est une obligation de la FIFA. C’était encore en cours de rénovation, lors du premier match, il n’y avait pas de clim dans les vestiaires et au deuxième si, donc je pense que ça ira pour le Mondial. » Pourtant, l’enceinte n’est pas certaine d’avoir la caisse pour accueillir une quatrième phase finale de Coupe du monde : selon le Sun, la NASA a attentivement scruté la capitale mexicaine, victime d’un affaissement préoccupant allant parfois jusqu’à deux centimètres par mois. Alors, avant d’être entièrement enseveli, autant continuer de marquer un peu plus l’histoire.

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Par Enzo Leanni

Tous propos recueillis par EL.


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