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« Joaquín m’a accompagné toute ma vie ! »

Propos recueillis par Baptiste Brenot

À 41 piges, l'increvable Joaquín s'apprête à faire son dernier tour de piste. Après trois Coupes du Roi et 876 matchs en pro, il devrait disputer ce dimanche son ultime derby sévillan. Pour lui rendre hommage, la parole est aux supporters.

Partido de LaLiga Santander entre el Betis y el Valencia. En la imagen, Joaquín celebra su gol. LaLiga Santander match between Betis and Valencia. In this picture, Joaquín celebrates his goal.
Partido de LaLiga Santander entre el Betis y el Valencia. En la imagen, Joaquín celebra su gol. LaLiga Santander match between Betis and Valencia. In this picture, Joaquín celebrates his goal. Photo by Icon Sport

Le casting

Carlos Freytas Palomo, rédacteur chez Onda Bética

Antonio Luque, membre du groupe Sr. Chinarro et supporter bético

Miguel Verdugo, analyste tactique et auteur du Guide tactique du Real Betis 2012-2013.


Que représente Joaquín pour les Béticos

Carlos Freytas : Pour moi, il incarne le mythe de l’affliction. (Rires.) Il est adoré dans la ville, c’est une véritable idole, une légende absolue. Des gens ont même demandé que l’on retire son numéro 17. Quand tu as eu l’occasion de le côtoyer, tu te rends compte que c’est quelqu’un de spécial.

Antonio Luque : C’est à mon sens le meilleur joueur passé par le Betis depuis Julio Cardeñosa (ailier gauche aux 413 matchs et 51 buts avec le Betis entre 1974 et 1985, NDLR) et Rafael Gordillo (milieu défensif aux 411 matchs avec le Betis de 1976 à 1985 et de 1992 à 1995, formé au club, NDLR).

Son style de jeu rappelle le foot de rue, que l’on pratique plus pour s’amuser que pour gagner.

Carlos Freytas

Miguel Verdugo : On le dit souvent, mais c’est un des piliers du Betis. Il incarne à la perfection les valeurs du club, il est issu du centre de formation, est monté en équipe première et y a remporté des titres, ce qui n’arrive vraiment pas souvent pour le club. Il a toujours été exceptionnel et exemplaire, quand bien même son niveau ne correspondait pas à la réalité du Betis à ce moment-là. Il a toujours un sourire, un geste pour ses adversaires. C’est le type de joueur que tout supporter souhaite pour son club.

Carlos Freytas : Son style de jeu rappelle le foot de rue, que l’on pratique plus pour s’amuser que pour gagner. Ce plaisir ressort quand on le voit à l’œuvre. C’est ce qui en fait un joueur différent.

Quel regard portez-vous sur sa carrière ? 

Antonio Luque : Tout à l’heure, je me demandais justement jusqu’où il aurait pu aller s’il avait signé à Madrid. Il aurait sûrement continué à aller encore plus haut…

Carlos Freytas : Il a quand même joué au haut niveau, mais c’est vrai qu’il aurait peut-être pu jouer encore plus haut, comme au Real Madrid. Il a peut-être parfois été mal conseillé. Il y a cette fameuse anecdote, lors de ses premières saisons au Betis. Le président de l’époque Manuel de Lopera voulait le prolonger pour en faire l’étendard de l’équipe, et l’a menacé en lui disant que s’il n’acceptait pas, il l’enverrait à Albacete. Et il a été proche d’y signer ! Puis Joaquín a tout de même été un grand joueur de Valence, il y a gagné une Coupe du Roi et une Supercoupe. José Mourinho a même raconté que c’est le seul joueur pour lequel il s’est déplacé afin de le faire signer, mais il n’y avait pas moyen parce qu’il était heureux au Betis.

Miguel Verdugo : Son intention était de finir au Betis, il l’a fait en étant performant. Il a tout de même eu une belle et longue carrière.

Carlos Freytas : Il a joué pour la sélection, aurait pu jouer au Real, mais il voulait jouer où il le désirait. Pour son retour au Betis, il a quand même gagné une Copa del Rey à 40 ans, brassard au bras.

Ce qui a pu l’empêcher de faire une carrière de premier plan, c’est d’être parti trop tard du Betis alors qu’il avait des offres du Real Madrid et de Chelsea.

Miguel Verdugo

Antonio Luque : Je ne peux m’empêcher de penser que sa faculté à toujours tout prendre à la rigolade a pu le desservir quand il était plus jeune. Après, je dis ça, mais je ne suis pas allé aussi loin dans la musique que lui dans le foot. (Rires.)

Miguel Verdugo : Ce qui a pu l’empêcher de faire une carrière de premier plan, c’est d’être parti trop tard du Betis alors qu’il avait des offres du Real Madrid et de Chelsea. Mais en même temps, il avait l’occasion de disputer la Ligue des champions avec le Betis, qui était pourtant loin d’être une équipe de premier plan en Liga. Par la suite, il n’a finalement pas eu le rendement attendu à Valence, et c’est là que sa progression a véritablement été freinée. Il a ensuite été écarté de la sélection lors de la dernière convocation avant l’Euro 2008, au moment où l’Espagne est entrée dans son meilleur cycle, alors qu’il était de toutes les convocations avant. Ce furent les deux vrais écueils de sa carrière.

Quel est le premier souvenir qui vous vient à son évocation ?

Antonio Luque : Je ne saurais pas dire, il a mis tellement de buts, apporté tellement de bonheur à ses supporters… Je me souviens surtout qu’il avait débarqué au milieu d’une génération d’excellents joueurs issus du centre de formation comme Juanito (arrivé en 1996 en post-formation dans l’équipe B du Betis en provenance du Cadix CF B, NDLR), Arzu, Capi. C’était clairement le meilleur.

Miguel Verdugo : Quand Joaquín a commencé, il y avait une formule très connue. À l’annonce des compositions, le speaker le faisait avec des rimes. Il disait « avec le numéro 17, la feinte et le sprint, Joaquín ! » Et ça représentait parfaitement son jeu.

C’était lui qui faisait avancer l’équipe, qui permettait au Betis de lutter contre les meilleurs, de marquer ce but à la dernière minute. C’est lui qui poussait l’équipe lors des matchs importants, lui qui harangue le stade quand bien même il n’y en aurait pas forcément besoin.

Carlos Freytas

Carlos Freytas : Je me souviens d’une fois quand j’étais petit, je rentrais de l’école, il y avait un match du Betis qui luttait pour se maintenir contre un des cadors du championnat. Le Betis traversait une mauvaise passe, c’était une grande préoccupation étant enfant. (Rires.) Mon père m’avait dit de ne pas m’inquiéter, car nous avions Joaquín. Et il a presque gagné le match tout seul. C’était lui qui faisait avancer l’équipe, qui permettait au Betis de lutter contre les meilleurs, de marquer ce but à la dernière minute. C’est lui qui poussait l’équipe lors des matchs importants, lui qui harangue le stade quand bien même il n’y en aurait pas forcément besoin. Quand il entre sur le terrain, les gens l’acclament, il suffit qu’il leur fasse un geste de la main pour qu’ils deviennent fous. C’est ce qui le rend spécial, et en fait une légende ici.

Miguel Verdugo : Je me souviens de ses duels avec Roberto Carlos, le meilleur latéral du pays, voire peut-être du monde à l’époque. C’est également un joueur qui a su se réinventer, c’était un ailier de débordement qui prenait tout le monde de vitesse, qui a su devenir plus un deuxième attaquant, cherchant l’intérieur et à combiner. Mais il a gardé cette fougue, et cette volonté de toujours aller de l’avant. Le souvenir que garde toute l’Espagne est celui du remplaçant du Mondial 2002, qui dynamitait les matchs en sortie de banc.

Antonio Luque : C’est vrai que ce penalty manqué contre la Corée du Sud en quarts de finale, c’est peut-être ce qui vient en premier. Ce match où l’arbitre de touche dit que le ballon était sorti à tort, puis le désespoir de Joaquin… Ça m’a marqué, j’étais vraiment en colère…

On peut dire qu’il représente l’idée de « manque piedra »

Carlos Freytas : La « manque pierda » du Betis signifie que les joueurs et les supporters doivent être là pour le Betis qu’il gagne ou qu’il perde, dans les bons comme dans les mauvais moments.

Miguel Verdugo : Sa philosophie personnelle, qui consiste à être toujours agréable et souriant, est pour moi très étroitement liée à la Manque Pierda. La Manque Pierda n’est pas une devise défaitiste selon laquelle nous nous satisfaisons de la défaite. C’est plutôt de dire que je serai avec vous, même dans la défaite, car ma loyauté est inébranlable. On voit bien que Joaquín n’aime pas la défaite, mais il reste optimiste et se projette sur le prochain match. Qu’il soit toujours là à 40 ans et toujours désireux de jouer 90 minutes représente très bien les valeurs du Béticismo.

Antonio Luque : Le fait qu’il n’ait pas triomphé comme il aurait pu le faire, qu’il n’ait pas eu la renommée internationale à la mesure de son talent et qu’il ait fini par revenir, l’impression qu’il prend tout à la rigolade, je trouve que c’est quelque chose de très andalou.

Carlos Freytas : Joaquín véhicule cette philosophie, il est le dernier joueur à quitter le terrain, même s’il ne joue pas. Joaquín est ce paladin qui sait qu’il va gagner une bataille, mais qui encourage constamment ses soldats à rester se battre, même lorsque la partie semble perdue. Il a toujours cette mentalité de dire qu’il y a encore un peu d’espoir, alors allons jusqu’au bout.

Antonio Luque : J’ai aujourd’hui plus de 50 ans, et je suis tout confus au moment de le voir arrêter. Joaquín m’a accompagné toute ma vie !

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Propos recueillis par Baptiste Brenot

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