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Everton : la nouvelle vie paisible du quartier de Goodison Park
Depuis le début de la saison, l’équipe masculine d’Everton ne joue plus dans son enceinte mythique de Goodison Park. Ce changement de stade a rendu le quartier de l’ancien stade des Toffees muet. Au grand dam des commerçants et pour le plus grand plaisir de certains habitants.
Sur le parvis de Goodison Park, les sacs plastiques volent au rythme du vent. Seuls au monde, ils errent autour du stade jusqu’aux grillages de la Gwladys Street Primary And Nursery School, située en face de l’entrée de la célèbre tribune Bullens Road. De l’autre côté, les cris aigus des écoliers animent le quotidien d’un quartier déserté. Depuis le déménagement de l’équipe première d’Everton dans le flambant neuf Hill Dickinson Stadium en début de saison, le brouhaha de ces élèves a remplacé les exclamations des supporters des Toffees, exilés dans leur nouvelle enceinte, à une cinquantaine de minutes de marche à la cadence du bon vieux Seamus Coleman.
Fan des Blues et de leur iconique capitaine, John a grandi au cœur du quartier résidentiel d’Everton. Ces derniers mois, cet habitué de Goodison Park n’a jamais senti une atmosphère aussi calme autour de chez lui. « Repasser devant cette enceinte me procure toujours une certaine émotion, surtout quand on se rend compte un peu plus chaque jour que les alentours sont devenus très silencieux », avoue-t-il le cœur serré. En balade avec son teckel, il est l’un des rares à errer autour de l’ancien antre des Toffees. Lors de cette journée de décembre, pourtant ensoleillée, les rues longilignes typiques de Liverpool adjacentes au stade sont vides. Les habitants, mais aussi les touristes sont aux abonnés absents. « Avant, il y avait toujours une dizaine de personnes qui, à chaque heure, venait se prendre en photo devant la statue de Dixie Dean, légendaire attaquant d’Everton dans l’entre-deux-guerres. Maintenant, c’est très rare », observe John. Les possibles acheteurs de merchandising ont également disparu, puisque la boutique du stade a, elle, été définitivement fermée.

Les commerçants hors jeu
Cette atmosphère morose atteint son apogée lorsque la bande de Jack Grealish joue à domicile à quelques kilomètres de là. Propriétaire d’une épicerie juste en face du stade, Max Singh était habitué à vendre ses bières, bonbons et chips aux supporters les jours de match. Puis, en mai dernier, sa vie de labeur s’est disloquée sous ses yeux. « Honnêtement, ça fait sept mois que je galère à payer mes factures et que je m’ennuie au travail. Presque personne ne vient consommer mes produits depuis le dernier match en mai contre Southampton », rétorque-t-il. Né à New Delhi, cet immigré indien passionné de cricket et non de football s’est installé en ces lieux uniquement pour le business : « Je ne connaissais aucun joueur, mais quand j’ai appris le changement de stade, je savais que j’allais en souffrir. » Derrière sa caisse enregistreuse, Max Singh avoue même qu’il s’apprête « à fermer son commerce dans les prochaines semaines si la situation ne s’améliore pas », ce qui risque d’arriver pour lui tant l’espoir de remonter la pente semble mince.
À quelques encablures de son épicerie, les cloches de l’église évangélique St Luke sonnent à douze reprises pour signifier l’heure du déjeuner. Pourtant, The Peoples Pub et The Winslow Hotel, deux établissements bien connus des supporters, n’ont toujours pas abaissé leurs rideaux. Mise en scène similaire pour le restaurant asiatique Hot Wok dont les brochettes de grenouilles risquent encore moins d’attirer l’estomac des Anglais du coin. Si cette baisse de fréquentation était prévisible, certains commerçants espéraient que les rencontres de l’équipe féminine d’Everton, nouvelle propriétaire de Goodison Park depuis cette saison, allaient limiter les dégâts du déménagement.

All you need is loud
Grâce à l’équipe de la Française Kelly Gago, l’antre du club de Liverpool ouvert en 1892 n’est pas devenu un éléphant blanc athénien. En effet, le board des Toffees n’a pas abandonné son joyau avec, notamment, de nouvelles bâches installées sur l’enceinte du stade, affichant : « The home of Everton Women », histoire de tourner définitivement la page de l’équipe masculine. Cependant, malgré l’essor du football féminin outre-Manche, la faible affluence, 6 700 supporters en moyenne depuis le début de saison pour une enceinte de 40 000 places, ne permet pas de relancer l’activité et laisse le quartier toujours muet, même les jours de match. « L’ambiance n’a rien à voir avec les matchs masculins de l’époque. De chez moi, je n’entends même pas le public quand il y a un but », décrit Olivia, résidente du quartier.
Avant, il y avait des dégradations, des déchets partout, des personnes complètement bourrées, la connexion wifi ne marchait pas. Ça ressemblait à un mauvais rêve.
Dans la même rue, Helen Thomson, elle, apprécie cette nouvelle atmosphère paisible. « J’habite à deux pas du stade depuis 50 ans et je ne me suis jamais sentie aussi bien. Fini les supporters qui hurlent à pas d’heure avec des bouteilles de bière à la main », déclare la septuagénaire avec son accent haché propre aux habitants du bord de la Mersey. Une de ses voisines, Lucy, beaucoup plus jeune, rejoint l’avis de la doyenne : « Avant, il y avait des dégradations, des déchets partout, des personnes complètement bourrées, la connexion wifi ne marchait pas. Ça ressemblait à un mauvais rêve. » Comme on dit : chacun voit midi à sa porte. Et pour trouver Everton, il faut désormais frapper à côté.
Service minimum pour Arsenal, qui reprend la têtePar Mathis Blineau-Choëmet, à Liverpool





























