S’abonner au mag
  • Mondial 2027
  • Qualifs
  • Pays-Bas-France

Selma Bacha : « Les messages de haine, je n’avais jamais vécu ça  »

Propos recueillis par Léna Bernard, à Clairefontaine
11' 11 minutes
1 Réaction
Selma Bacha : «<span style="font-size:50%">&nbsp;</span>Les messages de haine, je n’avais jamais vécu ça  »

Touchée au mollet en Coupe de France face à Strasbourg, Selma Bacha a dû quitter le rassemblement de l’équipe de France. Si la latérale lyonnaise n’a toujours pas revêtu le maillot frappé du coq en 2026, elle s’est confiée sur le harcèlement subi après l’Euro, ses blessures et comment elle a retrouvé goût au football.

La dernière fois que tu as pu porter le maillot tricolore, c’était en octobre pour les demi-finales de la Ligue des nations, puisque tu as dû quitter le rassemblement précédent (et celui-ci après l’interview réalisée la semaine dernière, NDLR) sur blessure. Qu’est-ce que ça procure comme émotions ?

C’est toujours difficile de devoir quitter un rassemblement, alors que c’est toujours une fierté d’être présente. Comme j’ai toujours dit, quand le coach donne sa liste, jamais je ne vais me dire « j’y suis ». Je regarde les conférences et je suis impatiente d’entendre mon nom, c’est une fierté et un honneur. Vraiment, l’équipe de France, j’y suis très attachée parce qu’à chaque fois que je quitte le rassemblement, je suis vraiment triste.

 

Est-ce que c’est difficile de réintégrer le groupe quand on a manqué plusieurs rassemblements ?

Je trouve qu’il y a une certaine stabilité, ce sont à peu près les mêmes joueuses qui sont appelées d’une fois sur l’autre. Après, non, ce n’est pas vraiment difficile, ça fait longtemps que je suis ici, donc forcément j’ai mes repères. Vraiment, ça ne change rien. Parfois, je suis triste en me disant que j’ai raté des stages en sélection, mais je me dis aussi qu’il y a plus grave que ma situation. Certains n’ont pas la santé… Moi, Dieu merci, j’ai la santé et je fais un sport qui est magnifique.

Depuis la Coupe du monde 2023, tu as vécu pas mal de galères niveau blessures. En particulier à la cheville gauche alors que tu es gauchère. Est-ce que ça a modifié ta manière de jouer ? Non pas du tout, parce que je suis quelqu’un qui sait jouer avec la douleur, je n’ai pas peur. À partir du moment où tu dis à ton cerveau : « Attention, tu t’es fait opérer », tu ne vas jamais jouer à 100%. C’est vrai que j’ai mis du temps à retrouver mon niveau, mais non ça n’a pas modifié ma manière de jouer, je suis toujours à fond.

Ni ta manière de tirer les coups de pied arrêtés ?

Non, ils commencent à être de nouveau précis, je pense que ça s’est vu contre Wolfsburg. (Rires.)

C’est une de tes spécialités. Pourtant, dans une interview avec Zack Nani, tu as expliqué que les penaltys ce n’était pas trop pour toi. Pourquoi est-ce si différent d’un autre coup de pied arrêté ?

Un corner et un coup franc, ce sont des exercices différents, il peut y en avoir plusieurs dans le match pour se rattraper si on en rate un. Quand j’avais tiré mon penalty à la Coupe du monde en 2023 face à l’Australie, c’était lors de la séance de tirs au but, c’est une chance sur deux : soit tu marques, soit tu rates. Un penalty, c’est plus de pression aussi. Je pense que je devrais me conditionner comme si je tirais un coup franc ou un corner, la prochaine fois.

Comment tu as réussi à tourner la page de l’Euro qui a été une grande déception pour toi ?

Après le match, les émotions ont pris le dessus, donc forcément je me suis fait tuer (sur les réseaux sociaux, NDLR). Ce n’est pas grave, c’est le jeu, c’est comme ça. J’accepte qu’on me critique, qu’on me fasse des éloges, je prends tout. Après l’Euro, j’ai coupé les réseaux. Les messages de haine et de harcèlement, je n’avais jamais vécu ça. Personnellement, ça ne me touchait pas, mais c’était surtout ma famille, donc je leur ai dit de tout couper. Les critiques, ça permet d’avancer. Toute critique est bonne à prendre. Après l’Euro, j’ai revu mon interview (face à la presse après le match contre l’Allemagne, NDLR) et j’ai vu les erreurs. En revanche, quand on a perdu 1-0 contre Wolfsburg en Ligue des champions avec Lyon, je n’ai pas réagi à chaud en parlant devant la presse et j’ai reçu beaucoup d’éloges. Si je n’avais pas fait cette erreur de communication à l’Euro, j’aurais pu la faire plus tard, donc je préfère l’avoir commise à ce moment-là. Après, j’ai décidé de revenir de vacances pour jouer au foot en prenant du plaisir, c’est ce que je fais depuis le début de saison.

 

@sofootcom Les Bleues sorties de l’Euro en quarts de finale, aux tirs au but (1-1, 5-6 TAB)… #footballtiktok #sportstiktok #equipedefrance #bacha #bleues #euro2025 ♬ original sound - So Foot

Beaucoup de joueuses ont également souffert de harcèlement après la compétition. Pauline Peyraud-Magnin avait fait un post à ce sujet. Tu as créé ton association Ensemble pour un sourire il y a quelques années. Est-ce que tu leur partages ton expérience à propos du harcèlement, pour aider les personnes et les jeunes que tu accompagnes ?

Oui forcément, c’est important pour moi de partager ça. C’est important d’en parler aux autres, le plus important c’est d’en parler à un adulte ou à une personne de confiance, il y a des numéros qui existent maintenant également. Je leur conseille d’en parler et de ne pas le garder pour soi.

Après les Jeux olympiques 2024, tu as expliqué que l’OL avait été un refuge. Est-ce que ça a aussi été le cas après l’Euro ?

Un peu moins cet été entre guillemets, parce que c’était un nouveau staff, donc je ne les connaissais pas. Mais j’étais en contact avec le médecin et le préparateur physique du club durant ma coupure parce que j’avais demandé deux semaines et demie de vacances, normalement c’est deux semaines. J’ai passé beaucoup de temps avec ma famille, j’étais avec mes neveux, il n’y a pas de meilleurs moments que ceux-là. Je suis partie, j’ai coupé mon téléphone et j’ai profité avec eux, ça m’a fait du bien.

Est-ce que tu t’es fait aider mentalement après la compétition ? 

Tout ce qui est media training, je n’en ai pas fait parce que maintenant j’ai l’expérience, mais j’ai été accompagnée par mon coach mental, je le souligne. Il m’a fait beaucoup de bien, même s’il a tout le temps un bienfait sur ma santé mentale, parce que c’est très important. C’est une personne qui me connaît, qui connaît ma vie, donc c’est plus facile de m’ouvrir à lui.

Avec Wendie Renard, c’est une amitié sincère.

Selma Bacha

Est-ce que tu as reçu des soutiens du club, de l’équipe de France ou des institutions après cette épreuve ?

Non, franchement non. Je n’ai pas trop reçu de messages, mais j’avais aussi coupé mes réseaux (la FFF avait condamné dans un communiqué le harcèlement subi par plusieurs joueuses de l’équipe de France après l’Euro, NDLR). Je sais que mes coéquipières comme Griedge (Mbock) avaient pris la parole, Pauline (Peyraud-Magnin) aussi, et ça, j’ai apprécié.

Tu es proche de Wendie Renard également, c’est un pilier pour toi dans ce genre de moment ?

Oui toujours, Wendie ça ne bouge pas, c’est celle qui m’a pris sous son aile quand je suis arrivée et je me dois d’être là pour elle parce que c’est assez instinctif. Ce n’est pas parce qu’elle est plus grande que moi qu’elle ne peut pas compter sur moi. C’est vrai qu’elle a vécu des moments difficiles, mais je suis toujours là derrière elle, ça restera un pilier. Il y a des amitiés dans le foot, mais elle et moi, ça dépasse le football, c’est une amitié sincère.

C’est elle qui t’a surnommée Brutus ?

Oui, avec Camille Abily aussi ! Parce que je tire fort, je mets beaucoup de force dans mes frappes, je ne place jamais, voilà l’explication.

 

Ça t’a porté chance pour ta première sélection en équipe de France face au Pays de Galles…

Ouais, c’est vrai ! (Rires.)

Un peu moins face aux Pays-Bas, à l’Euro…

Heureusement qu’on a gagné. (Rires.) Parce que voilà, c’est ça le problème des réseaux. Je sauve un but contre l’Angleterre (2-1), je reçois plein de messages positifs, après je marque contre mon camp contre les Pays-Bas (2-5) et là, ça me descend, le monde est cruel. Après coup, je l’ai pris à la rigolade.

 

Cet été, ce sera le premier sans compétition majeure depuis quatre ans pour les Bleues. Est-ce que tu penses que le manque de repos entre les saisons, ça a aussi pu jouer sur les performances de l’équipe de France ?

Oui, c’est vrai qu’il y a beaucoup de matchs maintenant en club. C’est vrai qu’il y a la fatigue et c’est vrai que tout le monde attend impatiemment cet été parce qu’il y aura un long repos. Moi la première, j’ai hâte de bien me reposer. La fatigue, ça peut jouer sur les performances, mais on ne va pas se trouver des excuses.

Tu as longtemps été perçue comme la jeune crack, que ce soit avec les Bleues ou à Lyon. Tu es désormais devenue cadre aussi bien en club qu’en sélection. Est-ce que ça met une pression supplémentaire ?

C’est vrai que dès mon plus jeune âge, on m’a mis cette étiquette, que ce soit en équipe de France ou à Lyon. Avant, je ne calculais pas trop parce que c’était ma folie qui parlait. Maintenant, même si j’ai 25 ans, j’ai de l’expérience. Mon rôle de cadre vient naturellement et je suis contente parce que j’ai toujours aimé avoir ce rôle de leader. Je prends aussi exemple sur les joueuses qui ont encore plus d’expérience que moi, c’est naturel. Je ne vais jamais me donner un genre ou une image. Dans ma vie privée, j’ai connu certaines épreuves qui m’ont obligé à prendre mes responsabilités.

Je ne vais jamais me donner un genre ou une image.

Selma Bacha

De l’extérieur, on a l’impression que peu importe où tu arrives dans un effectif, tu t’entends bien avec tout le monde. Est-ce que c’est quelque chose qui fait partie de ta nature ?

Oui, je suis très naturelle, très sociable, j’aime beaucoup discuter. C’est vrai que je m’entends bien avec tout le monde et c’est le plus important. Quand tu arrives dans une équipe, je ne dis pas qu’il faut être les meilleures amies du monde, mais bien s’entendre c’est essentiel. Pour moi, ce n’est pas parce que tu as les meilleures joueuses du monde que tu vas forcément gagner, si tu n’as pas de cohésion derrière tu ne peux aller nulle part. Je suis vraiment attachée à la cohésion de l’équipe, c’est très important.

Dans une interview, tu expliquais que tu étais de nature timide plus jeune, pourtant sur le terrain tu as quand même un fort caractère et ce côté leader, comment ces deux traits cohabitent ?

J’en discutais avec un membre de ma famille hier. Quand je ne connais pas les personnes, c’est vrai que je suis réservée, mais quand on me connaît à 100%, je suis folle. Mais ça ne m’a jamais porté préjudice.

Ton naturel, c’est ce qui fait que le public t’apprécie ?

Oui, c’est ce qui ressort le plus souvent. Par exemple, quand on a joué à Marseille contre l’OM, j’avais reçu une carte d’une petite qui m’avait fait un message avec son numéro. J’ai décidé d’appeler sa maman et elle était très surprise parce qu’elle ne pensait pas que j’allais répondre. Je l’ai ensuite invitée à Lyon, on s’est vues et elle était vraiment trop contente. Donner du sourire, c’est important. Les supporters, ils viennent, qu’on perde ou qu’on gagne ou qu’il y ait match nul, c’est important d’aller les remercier parce qu’il y en a qui font des déplacements de ouf. Si à la fin, on perd et qu’on va direct dans le vestiaire, c’est un manque de respect.

Maintenant que la page Coupe du monde 2027 s’est ouverte, quels sont tes objectifs avec les Bleues ?

Mon objectif, c’est vraiment de rendre fiers les supporters, prendre du plaisir sur le terrain et remporter ce premier titre avec la sélection. C’est dans un coin de ma tête, mais le plus important, ça reste prendre du plaisir et qu’on montre qu’on est une équipe soudée collectivement.

 

@sofootcom Les Bleues ont pourtant joué à 11 contre 10 pendant 110 minutes face à l’Allemagne… #euro2025 #footballtiktok #sportstiktok #bleues #bacha ♬ original sound - So Foot

En septembre dernier, tu as prolongé avec l’OL Lyonnes jusqu’en 2030. Tu as tout gagné avec cette équipe, tu es devenue vice-capitaine. Qu’est-ce qu’il te reste à accomplir avec Lyon ?

Oui, c’est vrai, j’ai tout gagné, mais je sais que mon histoire avec le club n’est pas terminée. Il y a encore des objectifs : atteindre le plus grand nombre de matchs, devenir capitaine de mon club, après Wendie bien sûr. Maintenant, signer jusqu’en 2030, ça ne veut plus rien dire, il y a des transferts qui existent, on a bien vu avec le cas de Grace Geyoro. Pour l’instant, je suis bien ici, mais je ne me ferme pas de portes.

Alice Sombath : « Que je joue en club ou en équipe de France, j’estime que je représente aussi la Thaïlande »

Propos recueillis par Léna Bernard, à Clairefontaine

Propos de Selma Bacha recueillis par Léna Bernard à Clairefontaine.

À lire aussi
Les grands récits de Society: Daft Punk's Not Dead
  • Légende
Les grands récits de Society: Daft Punk's Not Dead

Les grands récits de Society: Daft Punk's Not Dead

Alors que Thomas Bangalter est partout, du nouveau film de Cédric Jimenez au nouvel album d'Orelsan en passant par la fête de fermeture du Centre Pompidou, c'est le moment de relire notre grand récit sur la fin de Daft Punk !

Les grands récits de Society: Daft Punk's Not Dead
Articles en tendances

Votre avis sur cet article

Les avis de nos lecteurs:

Nos partenaires

  • #Trashtalk: les vrais coulisses de la NBA.
  • Maillots, équipement, lifestyle - Degaine.
  • Magazine trimestriel de Mode, Culture et Société pour les vrais parents sur les vrais enfants.