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Alice Sombath : « Que je joue en club ou en équipe de France, j’estime que je représente aussi la Thaïlande »

Propos recueillis par Suzanne Wanègue
10' 10 minutes
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À seulement 21 ans, Alice Sombath a disputé son premier Euro en tant que titulaire de l’équipe de France. Une place qui n’a pas été servie sur un plateau d’argent à cette passionnée de cuisine, qui a grandi en région parisienne entre les terrains de foot et le restaurant de ses parents. Les succès de la défenseuse de l’OL Lyonnes ne se savourent pas qu’en France : c’est aussi en Thaïlande, son pays d’origine, qu’elle est admirée.

L’OL a essuyé la première défaite de la saison à l’aller à Wolfsburg (1-0), comment on gère la défaite quand on est habitué à gagner ?

C’est vrai que c’est un moment un peu compliqué, surtout quand c’est la première défaite de la saison. On n’a pas su être à la hauteur sur le moment. On est un peu déçues du résultat, mais on sait qu’il y a un match retour. Donc là, on est toutes à fond à travailler pour essayer de revenir sur le prochain match.

Quelle est ta relation avec Wendie Renard, capitaine de l’OL Lyonnes et joueuse emblématique de l’équipe de France qui évolue au même poste que toi ? 

C’est l’une des premières à m’avoir accueillie ici lors de mon arrivée, elle sait comment intégrer les nouvelles. Entre nous, les choses se font naturellement depuis cinq ans. Wendie continue de me conseiller en se servant de ses expériences, notamment de sa responsabilité de capitaine, pour m’épauler dans mon évolution car je suis une jeune joueuse. Par exemple, après l’Euro (la France a été éliminée par l’Allemagne en quarts de finale aux tirs au but, NDLR), je n’étais pas forcément bien. Quand je suis revenue à Lyon, elle m’a dit d’avancer, de vraiment tourner la page et de prendre ça comme une expérience, que ce sont des choses qui arrivent dont je tire des enseignements. C’est un vrai mentor pour moi.

Quand je suis arrivée, j’ai été impressionnée par la mentalité des joueuses, c’est la première chose qui m’a interpellée.

Alice Sombath

Justement, comment as-tu vécu cet Euro ?

Je l’ai bien vécu, moi. C’était ma première grande compétition. C’était une fierté de pouvoir faire mes débuts en A également. Avec le parcours que j’ai pu faire aussi, j’étais très contente.

Tu n’as pas ressenti de pression particulière ?

Je suis quelqu’un d’assez calme et posé. Je ne me mettais pas beaucoup de pression en plus avec les choses autour de moi. Je faisais passer ça pour quelque chose de normal. J’avais quand même eu des matchs de préparation aussi pour un peu m’habituer au climat de l’équipe, ça m’a mis dans le bain. Je savais qu’à un moment donné, il fallait forcément passer par là. C’était aussi à moi de pouvoir être performante.

Tu grattes des minutes jusqu’à gagner ta place à Lyon et en équipe de France comme le montre ta centième cape sous le maillot à l’OL Lyonnes, comment fais-tu ta place dans des effectifs aussi garnis ? 

Quand je suis arrivée ici à Lyon, on me parlait tout le temps de l’importance du travail, surtout quand tu es jeune. C’est quelque chose que j’ai vite intégré et que j’ai continué à faire. J’ai eu la chance aussi de pouvoir m’entraîner avec de très bonnes joueuses ici au club. Je pense que ça m’a vite mise dans les conditions de jouer au haut niveau. Quand tu es à Lyon, chaque jour, tu sais que tu vas évoluer.

 

Tu es née et as grandi en région parisienne, un vivier important de footballeurs et de footballeuses. Tu as enchaîné à Arcueil, au Paris FC et au PSG. Comment t’es-tu démarquée ?

J’ai commencé le foot dans ma petite ville à Arcueil, via mon grand frère qui le pratiquait. J’ai toujours eu cette passion depuis mon plus jeune âge. Quand je suis allée au PFC, j’ai commencé à jouer avec les garçons et avant, il n’y avait pas forcément de filles qui jouaient. Je pense qu’à partir de là, j’ai pu me faire remarquer. Il n’y a pas vraiment une fois où je me suis dit : « Ah, là, c’est le moment ! » C’est comme si j’avais toujours voulu être professionnelle et j’ai tout fait pour y parvenir.

Justement, tu fais un peu les trois clubs emblématiques du foot français, Paris FC, PSG et Lyon. Lequel était le passage le plus dur entre PFC-PSG et PSG-Lyon ?

Quand j’étais au Paris FC, je ne jouais qu’avec les garçons. C’est là où il y a eu un moment de doute parce que je n’avais jamais joué avec une équipe de filles. De plus, j’avais du mal à quitter mon équipe au PFC parce que j’aimais vraiment bien ce club. J’étais en troisième lorsque je suis arrivée au PSG, j’allais au collège à Paris tout en m’entraînant à Charléty avec les U19, donc c’était un peu compliqué. J’ai aussi un petit peu douté lors de la transition PSG-Lyon, surtout parce que le PSG est un grand club et que Lyon était le rival. Mais je savais qu’ici, le club avait des grandes ambitions et un projet qui m’intéressait. J’ai accepté de venir et je ne regrette absolument pas ce choix. Quand je suis arrivée, j’ai été impressionnée par la mentalité des joueuses, c’est la première chose qui m’a interpellée. Elles ont toujours envie d’aller chercher plus haut, de toujours prendre des titres, même si elles en ont déjà gagné. Elles ont toujours cette rage de toujours vouloir plus, et ça aussi, c’est quelque chose qui est imprégné dans le club. Je n’ai pas pensé que c’était trop grand, parce qu’en soi, rien n’est vraiment trop grand pour les joueuses ici. J’étais juste un peu triste de quitter ma famille, quand même.

Comment as-tu géré l’éloignement familial ?

Je l’ai plutôt bien vécu dans le sens où moi, ma famille, mes parents notamment, sont des cuisiniers. Dans la restauration, ils finissaient déjà un peu tard, donc je ne les voyais pas non plus tout le temps. Quand je suis partie au PSG j’étais à l’internat, je ne les voyais que le week-end. Le samedi, on avait match donc je n’y allais que le dimanche pour revenir le soir même à l’internat. J’avais déjà un petit peu ces habitudes. Après, c’est sûr qu’il fallait vraiment faire un pas en avant en venant à Lyon, car je savais que ça allait être plus compliqué de les voir. C’est là où j’ai un petit peu plus ressenti cette peur. Finalement, ça s’est plutôt bien passé. Quand j’ai du temps, je rentre à Paris. Quand eux ont du temps, ils viennent me voir à Lyon.

Mon père est chef, il se comporte un peu comme un coach avec les autres cuisiniers. Il va donner les instructions, les recettes à faire et nous, les cuisiniers, les joueuses, on est là pour s’adapter et faire ce qu’il demande.

Alice Sombath

Tu gardes quel lien avec le restaurant de tes parents ?

Ici, il y en a qui aiment bien faire des petites blagues parce qu’on disait que j’allais faire la plonge là-bas. (Rires.) Cela arrivait quand j’étais au PSG, mais plus maintenant, je n‘ai plus trop de temps. Aujourd’hui, c’est mon frère qui s’occupe du restaurant. Je suis toujours en contact avec lui. Si jamais ils ont un problème ou quelque chose à célébrer, je suis la première au courant, donc tout va bien.

La cuisine, ça représente quoi pour toi ?

Je pense que si je n’avais pas fait de foot, je me serais tournée vers la cuisine. Quand je rentre, par exemple, ma famille me prépare quelque chose et je suis toujours dans la cuisine en train de regarder. Ça a toujours été un truc qui m’a intéressée, que ce soit à regarder ou à apprendre. C’est un peu dans mes gènes, je dirais. J’ai même des livres de cuisine chez moi, j’aime aussi tester des nouvelles recettes. Ce que j’aime le plus cuisiner, et ce que j’aime le plus tout court, c’est le bœuf. C’est la première chose qu’on me propose quand je rentre à la maison : je dis oui. (Sourire.)

Tu arrives à cuisiner un petit peu en parallèle du foot ?

Maintenant que j’habite toute seule, je suis obligée de cuisiner moi-même mes plats. Chaque jour, j’essaie de changer. Mais à un moment donné, tous les jours, c’est un peu dur.

Selon toi, il y a des qualités qui se retrouvent en cuisine et sur le terrain ?

Déjà, le travail d’équipe. Mon père est chef, il se comporte un peu comme un coach avec les autres cuisiniers. Il va donner les instructions, les recettes à faire et nous, les cuisiniers, les joueuses, on est là pour s’adapter et faire ce qu’il demande. Un autre parallèle qu’on peut faire, c’est la touche de créativité. Parce que la cuisine, c’est de la création, notamment quand tu es chef. La mienne, ce serait ma joie, car elle reflète une partie de mon caractère.

 

Comment te définirais-tu en tant que femme et tant que joueuse ?

Je suis quelqu’un qui est très à l’écoute et j’assimile assez vite ce qu’on me dit. Il y a encore plein de choses que je peux apprendre en tant que joueuse et femme. Je suis la même sur le terrain et en dehors. J’essaye de faire ressentir de la sérénité aux autres. Comme je suis en défense, j’aime bien faire savoir à mes coéquipières qui sont devant moi qu’elles peuvent être sereines pour faire ce qu’elles ont à faire devant. Moi, je bloque tous les ballons possibles pour les laisser jouer libéré.

Tu gardes quel lien avec la Thaïlande, ton pays d’origine ?

Quand je peux, je vais en vacances là-bas. Mon père me propose tout le temps d’y aller mais avec le foot, c’est compliqué. Quand j’y vais, je reste un peu à Bangkok, mais je vais surtout voir ma famille à Phuket. D’autres proches du côté de ma mère sont dans une autre ville : je peux rester chez eux parce que c’est un petit peu le domaine de ma mère avec la maison, les jardins. On avait même adopté un chien là-bas, je me souviens. Même si je n’y vais pas souvent, je suis suivie là-bas. Mon père m’envoie de temps en temps des articles et d’autres liens qui parlent de moi. Je n’étais pas au courant et je ne m’y attendais pas honnêtement, mais je passe un petit peu à la télé. Je suis contente de savoir que je suis soutenue en Thaïlande. Je joue pour la France, mais mes origines restent thaïlandaises.

Quand je suis en Thaïlande, je vois aussi bien des filles que des garçons jouer au foot dans la rue.

Alice Sombath

Que représente le foot en Thaïlande ?

C’est en évolution. Les filles ont déjà fait des compétitions auparavant, mais là, je sais qu’il y a de plus en plus s’y mettent parce que je reçois des messages et même quand mon père m’en parle, je sais que ça se développe. C’est très important, déjà, pour la Thaïlande. Quand je suis là-bas, je vois aussi bien des filles que des garçons jouer au foot dans la rue. Il y a des écoles et des académies : c’est encore un début, mais je sais qu’à un moment donné, ça va payer.

Qu’est-ce que tu aimerais apporter au football thaïlandais ?

La prochaine fois que je vais en Thaïlande, j’essaierai de faire quelque chose là-bas par rapport au foot et même de pouvoir aussi accompagner d’autres jeunes. J’en ai déjà parlé avec mon père et avec des contacts de mes agents. L’idée serait de faire une sorte d’activité tous ensemble. Après, peut-être répondre à des questions et raconter mon expérience en France.

Finalement, est-ce que tu ne représentes pas aussi la Thaïlande quand tu portes le maillot bleu ?

Que je joue en club ou en équipe de France, j’estime que je représente aussi la Thaïlande. Je sais qu’ils sont toujours derrière moi. Même si je joue pour la France, je sais qu’ils me soutiennent. Déjà, par exemple, quand ils ont su que j’étais thaïlandaise, ils étaient vraiment très, très contents parce qu’il y avait aussi un autre pays qui pensait que j’étais de leur origine.

 

Ça t’est déjà arrivé, justement, d’hésiter entre plusieurs sélections ?

Étant donné que je viens seulement de monter en sélection A, j’essaie d’abord de m’imposer ici. Il faudrait aussi que la sélection de Thaïlande évolue. Pour l’instant, je suis surtout focalisée sur le fait d’assurer ma place de titulaire en équipe de France et d’aller chercher les titres que nous n’avons pas encore.

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