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France - Sénégal : dans la fosse aux Lions

Opposée à 21 heures au Sénégal, l’équipe de France entre enfin dans son tournoi américain. Et le passé ne cesse de rappeler qu’il est toujours compliqué de jongler entre ambitions et prudence au moment de plonger dans le grand bain.
La date exacte peut être floue, les détails ont pu perdre de leur netteté, mais le grain et les couleurs sont forcément là, collés à la rétine. 12 juin 1998, 31 mai 2002, 13 juin 2006, 11 juin 2010, 15 juin 2014, 16 juin 2018, 22 novembre 2022. Marseille, Séoul, Stuttgart, Le Cap, Porto Alegre, Kazan, Al-Wakrah. Les contemporains de ces époques sont pour la plupart capables de se souvenir de ce qu’ils faisaient ces jours où la France a poussé les portes d’un Mondial. À chacune de ces sorties, une image ou une sensation : c’est la langue tirée de Christophe Dugarry contre l’Afrique du Sud, les pas de danse de Papa Bouba Diop, la titularisation surprise de Franck Ribéry contre la Suisse, l’apathie générale contre l’Uruguay, Benzema qui inaugure la goal-line technology face au Honduras, Griezmann qui transforme le premier penalty accordé par la VAR contre l’Australie ou enfin les croisés de Lucas Hernandez toujours contre les Socceroos.
« La plupart de mes joueurs n’étaient pas nés en 2002 »
Une entrée en lice donne toujours le ton d’une compétition, sans jamais présager de la suite. Elle est l’incipit d’une histoire que le temps saura modeler en épopée ou en fiasco. Ce mardi matin, à quelques heures de se jeter à l’eau, c’est là que se trouve l’équipe de France : au bord du tremplin, les doigts de pied dans le vide. Inutile de s’accrocher aux symboles du passé : voir le Sénégal dans le camp adverse ne peut que faire ressurgir de vieux démons, alors que le 16 juin a été il y a huit ans le point de départ du dernier grand frisson. Pile, face, la pièce n’a plus qu’à être lancée. « Ça fait partie de l’histoire, mais la plupart de mes joueurs n’étaient pas nés en 2002. Il n’y a pas de revanche, c’était il y a 24 ans. Il y a une autre page à écrire, balaye Didier Deschamps, qui n’était pas du voyage en Corée en question. Je n’aime pas comparer les époques. Les Sénégalais de 2002 ont obtenu une grande victoire, mais en face de nous, on aura aussi des joueurs de grande qualité. »
Même si on doit croire en nous, on ne doit pas se voir trop beau et prendre les matchs les uns après les autres.
De fait, le MetLife Stadium d’East Rutherford, situé dans l’aire urbaine de New York, sera le théâtre d’une tout autre bataille. Les Lions de la Teranga n’ont plus grand-chose de l’invité surprise d’antan, ils ont fourbi leurs arguments en atteignant trois des quatre dernières finales de la CAN – on laissera aux juristes le soin de déterminer si on compte un ou deux titres dans le lot – et comptent dans leurs rangs quelques solides références au niveau international, bien que vieillissantes. Ces Bleus, eux, n’ont pas la suffisance de leurs aînés, arrivés en Asie auréolés des couronnes mondiales et européennes. Au contraire, c’est un appel à l’humilité qu’ils n’ont eu de cesse de matraquer ces derniers jours, notamment après les matchs de préparation poussifs contre la Côte d’Ivoire et l’Irlande du Nord. Chat échaudé craint l’eau froide, mais pas le N’Golo tiède : « Même si on doit croire en nous, on ne doit pas se voir trop beau et prendre les matchs les uns après les autres. On n’est à l’abri de rien, rien n’est joué d’avance. » Un régulateur, un vrai.

L’attente est aussi longue que forte
Sur le papier, on peut difficilement faire mieux qu’un collectif qui empile Kylian Mbappé, Ousmane Dembélé, Michael Olise, Dayot Upamecano, William Saliba ou Mike Maignan. Pourtant, les vice-champions du monde en titre semblent conscients de devoir faire les choses dans l’ordre : avant de penser à prendre sa revanche sur l’Argentine, il faudra d’abord partir du bon pied et confirmer les attentes. « Ce sera un rapport de force. Il faudra gérer l’aspect émotionnel et l’importance du match, précise Didier Deschamps, à l’aube de sa dernière séquence. L’idéal, c’est d’être concentrés et décontractés. Nos idées sont claires et on fera tout pour qu’à la fin, le bilan soit positif. » Lui connaît les forces de son équipe, mais toutes les faiblesses sont encore à découvrir. Une contre-performance et il faudra alors se farcir cinq jours de canicule, et on ne parle même pas de météo. Derrière, c’est l’Irak, avec autant d’inconnues dans son équation, et difficile de compter sur l’hypothétique match des coiffeurs face à la Norvège d’ici la fin juin pour se rattraper. Dans cette édition à 48 participants, il faudrait un naufrage pour ne pas franchir l’étape des poules, mais la France sait de quoi elle est capable : du meilleur comme du pire.
La compo du Sénégal contre les Bleus, avec ManéPar Mathieu Rollinger

















































