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Un Panichelli vous manque, et tout est dépeuplé

Freiné en pleine ascension par sa grosse blessure à l’entraînement avec l’Argentine, Joaquín Panichelli va non seulement manquer à Strasbourg mais aussi à la Ligue 1, qui perd son meilleur buteur après 27 journées. Symbole qu’il est déjà devenu en quelques mois, à sa manière, un joueur spécial de notre championnat.
Dans sa fin de saison excitante qui mêle rêve de titre en Conférence Ligue et course à l’Europe en championnat, Strasbourg a perdu son meilleur élément. Victime d’une rupture du ligament croisé antérieur du genou droit jeudi dernier lors d’un entraînement avec l’Argentine, Joaquín Panichelli se retrouve freiné en pleine ascension. Pour le plus grand malheur du RCSA, certes, mais plus largement de toute la Ligue 1, orpheline de son meilleur buteur de la saison après 27 journées (16 buts, devant Mason Greenwood à 15 et Estéban Lepaul à 14). Sans lui, le sprint final du championnat de France perdra très probablement de son sel sans ses frappes de mule, ses pressings de 30 mètres sur les gardiens adverses et ses célébrations à haranguer les foules de la Meinau comme un loco.
Joaquín Panichelli, c’est cet attaquant typique d’une équipe milieu de tableau de Ligue 1 qui, à son arrivée, laisse perplexe. Sorti d’une très grosse saison en D2 espagnole avec Mirandés (21 pions en 45 matchs de championnat, et une montée ratée en Liga), il ne pèse alors pas bien lourd face au leader d’attaque Emmanuel Emegha, grand artisan de la qualification européenne strasbourgeoise pour la C4 et nouveau capitaine désigné par Liam Rosenior. Pour autant, la moue progressive du Néerlandais a vite laissé place à l’affirmation de l’Argentin, peut-être pas aussi rapide et technique que son coéquipier mais toujours bien placé pour envoyer une mine dans les cages adverses. Résultat : personne ne fait mieux que lui dans l’exercice à sept journées de la fin de la saison malgré une disette de deux mois fin 2025.
Une figure adoptée par le public strasbourgeois
Dans un contexte où Rosenior a fait ses valises en pleine saison pour Chelsea, et où Emegha est promis au même chemin l’été prochain, les supporters exaspérés du RC Strasbourg ont quelque part trouvé en Panichelli le foot qu’ils aiment. En guerre ouverte contre le fonctionnement multiclubs de BlueCo, l’empire de Todd Boehly où tout doit en priorité ruisseler à l’avantage de Chelsea, les fans du Racing avaient grandement besoin d’une figure à laquelle s’attacher et l’ont trouvée à travers le fighting spirit que renvoie l’ancien joueur de River Plate. « Joaquín Panichelli est le plus gros travailleur et le joueur le plus professionnel que j’ai côtoyé en tant qu’entraîneur et joueur », a également réagi son entraîneur Gary O’Neil ce vendredi après-midi.
La vie m’offrira d’autres rêves à accomplir. Ce ne seront pas des cadeaux, j’irai les chercher par le travail.
Bien au-delà des limites de l’Alsace, l’aura du type atteint même son propre sélectionneur, ému au moment de communiquer sur sa blessure. « Personne ne le mérite mais lui particulièrement. C’est un bosseur, il avait gagné le droit d’être ici. Je lui ai dit qu’il allait avoir une autre opportunité, qu’il fallait continuer, il s’était déjà blessé. Il s’entraînait bien et son sourire était communicatif. Putain, je ne parle plus… », réagissait Lionel Scaloni avant de quitter la salle de conférence de presse en sanglots.
🇦🇷😢 Argentina manager Lionel Scaloni was very emotional and close to tears when discussing the ACL injury that Joaquin Panichelli suffered. 💔 pic.twitter.com/YrQKQxPNpl
— EuroFoot (@eurofootcom) March 30, 2026
Dans la saison tremplin de sa carrière et candidat sérieux au Mondial nord-américain, où l’Argentine défendra son titre, Panichelli subit un véritable coup de frein, mais refuse d’en rester là, lui qui a connu la même blessure à l’autre genou avec Alavés deux ans plus tôt. « Parfois, j’ai du mal à comprendre comment fonctionne la méritocratie ou les injustices. J’ai toujours été une personne tenace, et je ne cherche pas à attirer la pitié. Heureusement, on ne m’a jamais rien donné. Par expérience, je connais la satisfaction de se donner à fond et d’en récolter les fruits, a-t-il réagi sur ses réseaux. La vie m’offrira d’autres rêves à accomplir. Ce ne seront pas des cadeaux, j’irai les chercher par le travail. » Pris en charge à Lyon par le docteur ès ligaments croisés Bertrand Sonnery-Cottet, l’attaquant de 23 ans devra montrer encore plus sa ténacité pour espérer retrouver son niveau.

Qui pour dynamiter la fin de saison ?
Ces premiers mois en France soulignent tout de même une petite victoire pour Panichelli. Celle d’être désormais identifié comme un numéro 9 dont les gens se souviendront. Si ce « trophée » fictif ne pèse rien à côté d’un transfert dans un gros club de Liga ou de Premier League cet été, il symbolise le vide qu’il risque de laisser en fin de saison. Cinq, dix ou même quinze ans après, tout amateur de Ligue 1 se souvient de Dario Cvitanich qui empilait les buts à Nice, de Cheick Diabaté et de ses passements de jambes à rendre jaloux Alessandro Mancini, du regretté Emiliano Sala à Nantes et de ses coups de casque, de Robert Berić et de ses buts en taclant…
Des personnages principaux dans des clubs secondaires qui ont laissé une empreinte indélébile. La Ligue 1 a toujours Estéban Lepaul, Pavel Šulc ou encore Odsonne Edouard pour faire le show, mais la perte de l’actuel meilleur buteur est forcément une mauvaise nouvelle pour le spectacle. Face à Nice ce samedi, Panichelli devait normalement arborer le patch doré du Top Scoreur sur sa tunique. Finalement c’est toute son équipe qui le portera pour lui, preuve qu’il appartient à cette catégorie d’attaquants avec ce petit quelque chose en plus.
Strasbourg a perdu son meilleur élément cette nuitPar Théo Juvenet






















































