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Un Olivier à l'ombre

Malgré un triplé vendredi dernier contre le Paraguay et une place désormais acquise dans le top dix des meilleurs buteurs de l’histoire de l’équipe de France, Olivier Giroud est encore et toujours la cible des sceptiques du pays. Cet après-midi en conférence de presse à Clairefontaine, il a été essentiellement questionné sur le manque de reconnaissance à son égard.

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C’est devenu un vieux refrain de la vie chez les Bleus. Chaque fois, les mêmes critiques, les mêmes bassesses. Même quand il marque, Olivier Giroud en prend plein la gueule. Lui raconte que ce débat est « lassant » mais dessine aussi à travers sa ligne de défense le visage des coupables : « C’est vous les spécialistes, c’est à vous aussi de parfois le mettre dans vos analyses. » Réponse logique à une question posée cet après-midi à Clairefontaine en conférence de presse et qui l’était tout autant au regard de la carrière de l’attaquant des Gunners : « Trouvez-vous le foot injuste ? » Le cas Giroud est, et restera, toujours un cas à part, c’est comme ça. Tout simplement car tout sépare le natif de Chambéry de ses concurrents, et ce, depuis qu’il a quitté les starting-blocks. Pendant que ses partenaires en équipe de France bouffaient déjà à côté des pros, lui s’entendait raconter par son entraîneur à Grenoble, Mécha Baždarević, qu’il n’avait même pas le niveau pour « la Ligue 2, encore moins pour la Ligue 1 » . C’était en 2007, avant de filer se rouler dans la gadoue de National avec Istres aux cotés de Christophe Dumolin et Matthieu Bochu. Alors, Giroud est habitué à entendre des saloperies et raconte même aujourd’hui que les doutes autour de ses qualités résumeraient presque « l’histoire sa carrière » .


C’est dur à entendre, mais c’est une triste réalité. Il n’y a finalement qu’à regarder le comportement qui a longtemps été le sien depuis qu’il a débarqué en équipe de France le 11 novembre 2011. Lorsqu’il débarquait en conférence de presse ou en zone mixte, Olivier Giroud affichait souvent un visage presque coupable, comme incapable de livrer ce qu’il y avait au fond de ses pensées. Incompris, le bonhomme l’a souvent été et ses réponses étaient alors souvent défensives, hésitantes. Chaque footballeur rêve d’entendre son nom scandé par une foule, encore plus lorsque celle-ci est censée représenter le pouls de la nation. Pour Giroud, il y aura souvent eu l’indifférence ou pire, parfois, des sifflets comme lors de la victoire contre le Cameroun à Nantes le 30 mai dernier (3-2). Ce soir-là, le buteur – job qui marche avant tout à l’affection et à la confiance – avait alors soufflé ces mots : « J’ai toujours fait avec et je ferai toujours avec... Ce n’est pas quelque chose qui me touche, mais c’est vrai que c’est surprenant. Après, surprenant, je vais être honnête, ça fait partie du contexte aussi de ces derniers mois... (...) Quand tu es attaquant et que tu marques un but, tu préfères être applaudi que sifflé. »

« On ne fera jamais l’unanimité »


Le contexte, évidemment, c’est aussi une donnée essentielle du paradoxe Giroud. Quoi qu’on en dise, une partie du public a toujours voulu lui faire payer le fait qu’il puisse prendre la place de Karim Benzema, toujours écarté pour les raisons que l’on connaît. Interrogé sur le sujet en conférence de presse mardi, Olivier Giroud a poliment écarté la question et souligné qu’il n’est « pas sélectionneur, donc cette question n’a rien à faire ici » . C’est son droit, et mieux, c’est légitime. Voilà pourtant maintenant un peu moins de six ans que l’ancien meilleur buteur de Ligue 1 (et Ligue 2) fait partie des meubles tricolores. C’est une tête connue, intégrée de tous et il avoue encore prendre « beaucoup de recul sur sa cote de popularité » , tout en sachant qu’il ne fera « jamais l’unanimité » . « Si je suis là, c’est parce que je le mérite. Le sélectionneur me fait confiance, je fais le boulot pour l’équipe, je marque et les statistiques le prouvent, le reste ne compte pas. En équipe de France, il y a davantage de responsabilités qu’en club donc il faut l’assumer. Mais assumer, c’est avant tout sur le terrain » , complète-t-il devant un auditoire qui continue de le pousser sur son manque de reconnaissance.

Le Français moyen


Ce détail – qui ne peut en être un – s’explique donc par une trajectoire différente, un regard biaisé au départ d'une large partie des amoureux du foot pour un mec finalement presque trop normal. C’est aussi cette image qu’il souhaite désormais assumer, lui qui expliquait en 2013 être un « Français moyen, j’ai fait mes conneries comme les autres » . Un Français moyen qui a débarqué un jour dans le monde bordélique qu’est la Premier League, où il a réussi à se faire un nom malgré un dernier exercice plus compliqué – onze titularisations, douze buts en championnat – et qui aura toujours plus à prouver que les autres malheureusement. Reste que s’il ne sait pas encore totalement où il sera la saison prochaine – « J’ai envie de rester à Arsenal, j’ai encore deux ans de contrat, j’ai envie de gagner la Premier League avec ce club, mais je ne peux me contenter d’une nouvelle année avec un si faible temps de jeu » –, il affirme se nourrir des critiques. Et des chiffres, forcément.



Oui, les chiffres : Olivier Giroud a déjà claqué 26 buts en 62 sélections, soit autant que Sylvain Wiltord en 92 capes, ce qui l’a fait entrer après son triplé contre le Paraguay - une première pour un joueur français depuis David Trezeguet 2000 – dans le top 10 des meilleurs buteurs de l’histoire des Bleus. Mieux, cela fait quinze buts sur les 21 derniers matchs avec l’équipe nationale. Assez pour développer un statut de conseiller auprès des petits nouveaux du groupe là où il assume ne pas avoir ce côté leader naturel. Assez, aussi, pour que Didier Deschamps continue à lui filer sa confiance : « J’en parle avec lui, après, il y a des choses qu’il peut maîtriser : ce qu’il fait sur le terrain. Il sait que j’ai confiance en lui. Ça compte dans sa tête. Il y a des critiques qui sont exagérées, après je les trouve parfois injustes. Si on demande à Olivier de prendre le ballon et d’éliminer trois adversaires, ce n’est pas lui. Il continue de prouver et devra le faire à l’avenir. La seule façon de faire taire les critiques, c’est de continuer à être performant. » Ce qu’il ne cesse de faire, malgré la vindicte lancinante.



Par Maxime Brigand, à Clairefontaine
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