S’abonner au mag
  • Serie A

Le 3-5-2 est-il (vraiment) le problème du football italien ?

Par Tristan Pubert
5' 5 minutes
17 Réactions
Le 3-5-2 est-il (vraiment) le problème du football italien ?

L’Italie a déjà envie d’oublier l’année 2026. Entre le nouvel échec en Bosnie-Herzégovine et l’absence de clubs italiens en huitièmes de finale de Ligue des champions (une première depuis 2002), le football italien se retrouve - encore une fois - face à ses responsabilités. Parmi celles-ci, la surutilisation du 3-5-2 est pointée du doigt.

Pour la troisième fois consécutive, l’Italie ne participera pas à la Coupe du monde. Comme en 2017 et 2022, le diagnostic oscille entre manque de confiance envers les jeunes, l’absence de talent et la perte d’attractivité. Un sujet est également revenu sur la table : le 3-5-2, symbole d’un football italien en panne d’inspiration. Mais le mal est plus profond. « La sélection est le miroir du championnat italien. Chez nous, on marche ou on trottine, alors que dans les autres pays, on court et on sprinte. Si vous disputez un match qui exige de la vitesse et de l’explosivité, vous n’êtes pas habitué et vous vous retrouvez en difficulté », expliquait Fabio Capello à la Gazzetta dello Sport.

Trop de 3-5-2 tue le 3-5-2

Pour bien comprendre l’ampleur du phénomène, il suffit de jeter un œil aux compositions d’équipe. Pour cette saison 2025-2026, en moyenne, 70% des équipes de Serie A (et pas moins de 90% de Serie B) ont comme schéma tactique par défaut le 3-5-2, qui symbolise le manque d’intensité.

Pourtant, au premier abord, le 3-5-2 est loin d’être une mauvaise idée. C’est un système qui permet « d’attaquer à cinq et de défendre à cinq », comme l’expliquait Gian Piero Gasperini, de trouver plus la verticalité et qui permet une meilleure gestion des transitions défense-attaque / attaque-défense, dans un football beaucoup plus rythmé. L’Inter de Simone Inzaghi en a été le parfait exemple : une équipe flamboyante, aussi bien disciplinée défensivement que tranchante offensivement, en atteste le Scudetto de 2024 et ces deux finales de Ligue des champions en trois ans.

Le plus inquiétant, c’est de voir que ce schéma tactique est mis en place dès les équipes de jeunes. Comment voulez-vous que les joueurs créatifs, ce qui manque actuellement au football italien, s’épanouissent et s’expriment ?

Un directeur sportif italien

Depuis plusieurs années en Italie, l’heure n’est plus vraiment à la réflexion. Traduction : copions, vulgairement. « C’est un dispositif qui est mis en place surtout pour assurer une solidité défensive avant tout. En Serie A, le plus important, c’est d’être solide défensivement », constate un directeur sportif italien. Si des équipes ont – à leur niveau – révolutionné les mœurs tactiques (le Napoli de Sarri puis de Spalletti, l’Atalanta de Gasperini ou encore le Sassuolo de De Zerbi), savoir bien défendre est toujours la priorité pour la grande majorité des écuries transalpines, à l’instar notamment du Milan de Massimiliano Allegri.

Gian Piero Gasperini, adapte de la défense à trois, « surtout pour ses vertus offensives qui permettent de créer le surnombre avec le ballon », comme il l’expliquait il y a quelques années, estime que le problème du 3-5-2 est surtout son application : « On bride nos jeunes joueurs, on les empêche de s’exprimer, de faire parler leur talent. C’est un problème de fond qui provient aussi des centres de formation et de la manière dont les effectifs sont bâtis. »

La surutilisation du 3-5-2 symbolise un football italien paresseux, qui ne travaille pas. « Le plus inquiétant, c’est de voir que ce schéma tactique est mis en place dès les équipes de jeunes. Comment voulez-vous que les joueurs créatifs, ce qui manque actuellement au football italien, s’épanouissent et s’expriment ? », constate amèrement le directeur sportif, passé pendant plusieurs années à la formation de la Juve.

Le symbole d’un football italien fainéant

Bien que ce 3-5-2 soit devenu l’étendard d’un football italien en panne d’inspiration, quelques bastions de résistance prouvent que le tableau n’est pas totalement noir. Les héritiers tactiques de Gasperini, à l’instar de Raffaelle Palladino à l’Atalanta ou Daniele De Rossi au Genoa (pour ne citer qu’eux), prouvent qu’il est possible de jouer en 3-5-2/3-4-1-2 tout en développant un jeu porté vers l’avant et conquérant.

Le dispositif ne doit pas enfermer une équipe dans ses idées mais être une solution. Jouer à 3 ou à 4 derrière, ce n’est pas le plus important. Ce qui est important, ce sont les intentions de jeu.

Daniele De Rossi

La clé de la réussite ? Des tacticiens qui travaillent, réfléchissent, vraiment. « C’est important d’être une équipe protagoniste, de venir sur le terrain avec la volonté d’aller vers l’avant. Le dispositif ne doit pas enfermer une équipe dans ses idées, mais être une solution. Jouer à 3 ou à 4 derrière, ce n’est pas le plus important. Ce qui est important, ce sont les intentions de jeu », expliquait DDR en conférence de presse, alors qu’il était sur le banc de la Roma.

« Ce sont des exemples à suivre ! Ce sont des tacticiens qui travaillent et ne se contentent pas de savoir bien défendre. Mais malheureusement, on ne leur fait pas encore confiance », ajoute notre DS préférant rester anonyme. Comment le contredire quand aucun de ces tacticiens en vogue – Vincenzo Italiano, Roberto De Zerbi, Raffaele Palladino, Daniele De Rossi, ou encore Francesco Fagioli – n’est aux commandes des grosses écuries italiennes, ou même de la Nazionale.

Pour symboliser le problème du 3-5-2, il suffit de comparer deux modèles : l’Inter de Simone Inzaghi et le Napoli d’Antonio Conte. D’un côté, un 3-5-2 travaillé, capable de donner des leçons au Bayern ou au Barça. De l’autre, une version caricaturale et archaïque signée Conte, sanctionnée par une élimination dès les poules de C1, dont un cinglant 6-2 encaissé face au PSV.

Pendant ce temps, l’élite européenne – du PSG de Luis Enrique au Bayern de Kompany – mise sur une défense à quatre et des ailiers percutants. Se priver de ces profils est aujourd’hui une prise de risque majeure. Pour le directeur sportif italien, le 3-5-2 sert aussi de cache-misère : « Les équipes utilisent ce dispositif, car il y a une pénurie d’ailiers capables de faire la différence, comme Yamal ou Olise. Le 3-5-2 permet de masquer cette absence de talent individuel. » Le 3-5-2 n’est pas le problème en Italie, mais c’est surtout son animation et son application qui symbolisent un football transalpin feignant, qui ne réfléchit plus et qui copie vulgairement ce que fait le voisin (l’Inter d’Inzaghi comme élève modèle des dernières années) sans réfléchir. À quand la révolution culturelle ?

Politano piège l’AC Milan, le Napoli nouveau dauphin

Par Tristan Pubert

Propos du directeur sportif italien recueillis par TP.

À lire aussi
Les grands récits de Society: Qui a tué Tupac Shakur?
  • Grand Récit
Les grands récits de Society: Qui a tué Tupac Shakur?

Les grands récits de Society: Qui a tué Tupac Shakur?

Le 7 septembre 1996, à Las Vegas, une Cadillac blanche avec quatre hommes à bord s'arrêtait à hauteur de la BMW de Tupac et tirait sur le rappeur star. Vingt-huit ans plus tard, alors que l'aura du musicien n'a jamais été aussi grande et que les théories les plus folles sur son meurtre continuent de tourner, qu'en reste-t-il? Pour le savoir, enquête sur le destin tragique des quatre suspects, à quelques mois du procès de l'un d'entre eux.

Les grands récits de Society: Qui a tué Tupac Shakur?
Articles en tendances

Votre avis sur cet article

Les avis de nos lecteurs:

C'est une putain de bonne question !

Le PSG dans le dernier carré : faut-il reporter la fin du championnat ?

Oui
Non
Fin Dans 12h
148
109

Nos partenaires

  • #Trashtalk: les vrais coulisses de la NBA.
  • Maillots, équipement, lifestyle - Degaine.
  • Magazine trimestriel de Mode, Culture et Société pour les vrais parents sur les vrais enfants.