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Mais que va faire Morgan Schneiderlin à Strasbourg ?
Nommé responsable des prêts (ou loan manager, ça sonne mieux) de Strasbourg, Morgan Schneiderlin va devoir prouver que ce poste a une réelle utilité. Son expérience en Angleterre parle pour lui, c’est là-bas que se forment les meilleurs.

« Emploi fictif », « travail inventé » ou encore « responsable des balais ». L’espace commentaires de n’importe quel réseau social est rarement l’endroit privilégié par les grandes écoles pour former la future élite de la nation, mais celui sous le post du RCSA annonçant l’arrivée de Morgan Schneiderlin comme responsable des prêts du club a particulièrement été pollué par les messages vindicatifs. Les supporters n’ont sans doute rien contre le natif de Strasbourg, ils fustigent simplement ce recrutement qui leur semble une nouvelle fois dicté par BlueCo.
Rien de révolutionnaire
En juillet 2022, ils étaient beaucoup moins tendus lorsque Mehdi Keller (fils du président) était nommé… loan manager, lui aussi. Depuis, le terme « multipropriété » est entré dans le patois local, et Morgan Schneiderlin a déjà fait l’amère expérience de l’évolution. Pourtant, l’ancien milieu de l’équipe de France est convaincu de la nécessité de son poste. « Pour certaines personnes, c’est nouveau. Moi qui étais en Angleterre pendant longtemps, j’ai connu ce job par le biais d’autres personnes qui suivaient des joueurs en prêt », a-t-il indiqué, dans la vidéo de présentation. Car oui, être responsable des prêts n’est autre que – attention, scoop ! – suivre les joueurs prêtés par le Racing et ne pas les abandonner dans la nature.
Le Racing Club de Strasbourg Alsace officialise l’arrivée de Morgan Schneiderlin au poste de Responsable des prêts (Loan Manager) ✍️ Le communiqué 👉 https://t.co/3mI7EfIzHs pic.twitter.com/8x077FvZIr
— Racing Club de Strasbourg Alsace (@RCSA) January 13, 2026
Entre 2022 et 2025, Felipe Saad a occupé ce poste à l’Olympique de Marseille et assure que « ce n’est pas du tout un emploi fictif ». Chargé de suivre la progression d’une petite dizaine de joueurs par saison, d’Isaak Touré à Azzedine Ounahi en passant par Pol Lirola, l’ancien défenseur central s’est retrouvé à passer huit à dix heures chaque lundi à regarder leur prestation. Avant de passer encore plus de temps au téléphone, pour s’assurer que tout fonctionne dans les clubs où les ouailles sont envoyées. « Avec mon carnet d’adresses, je peux échanger avec tous les clubs de MLS. Avec les clubs en Asie, en Océanie ou en Scandinavie… Il y avait des journées où je parlais cinq langues différentes et quand je rentrais chez moi, j’avais mal à la tête », sourit l’actuel consultant pour Ligue 1+.
Les patients anglais
De son côté, Morgan Schneiderlin a l’avantage d’avoir passé douze ans outre-Manche. Élevés au rang de maîtres du trading, les clubs anglais ne lésinent pas sur les prêts en envoyant de la chair fraîche aux quatre coins de l’Europe. « C’est le top du top, j’avais noté 14 noms sur un benchmark dont 12 de clubs anglais. Il y avait Ben Knapper d’Arsenal, Carlo Cudicini de Chelsea, David Woodfine de Liverpool, Gareth Whalley de Manchester City, Matt Jackson de Wolverhampton… Les deux autres étaient Julien Escudé de Séville, et Billy Kirkwood », indique celui qui officiait à l’OM. En marge du Plan de performance des joueurs d’élite (EPPP), lancé en 2011, les organigrammes britanniques ont vu apparaître la ligne loan manager avec des responsabilités toujours plus grandes au fil des années. « C’est vital d’accompagner les joueurs, pour qu’ils se sentent soutenus, explique Dean Hammond, qui en a été responsable à Leicester entre 2018 et 2019 après avoir lui-même connu deux prêts pas forcément concluants en début de carrière. Quand tu es jeune et que tu es prêté à l’autre bout du pays, ce n’est pas facile car tu as l’impression de n’appartenir à personne. »
Il y a un vrai travail de recherche avec de la data, de la prise de contact et autant de relations avec l’académie qu’avec l’équipe première. Pour moi, le mot qui correspond le mieux à ce poste est holistique.
Felipe Saad confirme : « J’aurais beaucoup aimé être autant considéré quand j’ai été prêté au Brésil, en début de carrière. Notre rôle est de regarder tous leurs matchs, de savoir s’ils vont bien et de leur montrer qu’on compte sur eux. » Pour cela, les responsables de prêts accumulent les heures dans les gradins ou près des terrains d’entraînement. Ils analysent de longs rapports, et ne sont jamais bien loin de leur téléphone. Encore plus que d’ordinaire, en raison de la diversité de clubs voire de championnats, aucun dossier ne se ressemble et la connaissance de chaque contexte doit être acquise. « Il faut être le plus souvent sur le terrain, mais aussi échanger par téléphone avec les joueurs prêtés et les coachs de ces clubs-là pour être bien au courant », estime Dean Hammond, du genre à toujours savoir où logeaient ses protégés.
Un manque en France
Troisième club de Ligue 1 à prêter le plus de joueurs (9 actuellement) derrière Lens (13) et Rennes (10), Strasbourg opte pour une stratégie nationale avec des départs temporaires (vers Toulouse, Nantes et Pau ou encore Dunkerque) et ne se concentre logiquement que sur des jeunes (de 18 à 23 ans) en quête de temps de jeu. Même si l’ombre de Chelsea est menaçante pour les supporters alsaciens, Felipe Saad (qui a travaillé en relation avec le City Group, dans le cadre du prêt d’Issa Kaboré) estime que « les clubs appartenant aux multipropriétés travaillent de la même manière que les clubs plus classiques, ils sont autant attentionnés envers les joueurs prêtés ». Autre point : tout juste arrivé dans la galaxie BlueCo, Schneiderlin n’a peut-être pas occulté le fait que ce poste était le tremplin parfait pour monter les échelons. Après son expérience à Leicester, Hammond est entré dans le staff des équipes premières du Worthing FC et de Sutton United.

Arrivé à Liverpool comme recruteur dans l’anonymat le plus complet, Julian Ward est ensuite passé du rôle de loan manager à celui de directeur technique. Felipe Saad se souvient également que Ben Knapper, actuel directeur sportif de Norwich après avoir observé les joueurs prêtés par Arsenal pendant quatre ans (dont William Saliba, du côté de Marseille), lui avait dit que ce poste s’apparentait à celui de « mini-directeur sportif ». « En Angleterre, il y a de vrais départements dédiés à cela. Il y a un vrai travail de recherche avec de la data, de la prise de contact et autant de relations avec l’académie qu’avec l’équipe première. Pour moi, le mot qui correspond le mieux à ce poste est holistique, indique l’ancien central brésilien. Les clubs sont souvent contents d’avoir un interlocuteur sur lequel s’appuyer, il faudrait que les Français s’y intéressent plus parce qu’ils peuvent en tirer beaucoup de bénéfices. » Pour l’instant, Morgan Schneiderlin peut seulement s’inspirer de Maxime Le Marchand, actuel responsable du suivi des profils haut potentiel du Stade rennais. Tous ne partagent pas le même nom pompeux, mais tous occupent la même fonction.
Strasbourg recrute une pépite de Ligue 2 qui jonglait avec œufsPar Enzo Leanni
Tous propos recueillis par EL, sauf mention.


























































