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Scandale d'arbitrage en Italie : une affaire à couper le sifflet

C’est l’affaire qui secoue le football italien. Une de plus, pourrait-on dire. Après l’enquête autour d’un réseau d’organisation de soirées privées impliquant plusieurs clubs et joueurs, c’est au tour des arbitres de goûter la sauce. Gianluca Rocchi, le chef des arbitres italiens depuis 5 ans, est au centre d’une enquête menée par le parquet de Milan pour « complicité de fraude sportive ». Che succede ?
Tout a (re)commencé en mai dernier, lorsque le juge de ligne Domenico Rocca, mis sur la touche un mois plus tard, a écrit un courrier à la fédération italienne (FIGC) et au parquet de Milan afin de dénoncer des évaluations de la part de ses inspecteurs qu’il jugeait injustement basses. Dans celle-ci, Rocca pointe Gianluca Rocchi, le big boss des arbitres italiens, indiquant une intervention illégale dans la cabine du VAR, à Lissone, non loin de Milan, lors d’un match entre l’Udinese et Parme le 1er mars 2025. Le courrier a été classé sans suite par la fédé, mais le parquet a quant à lui ouvert une enquête, rapporte l’agence de presse AGI.
Lors du match en question, à la 35e, Florian Thauvin rentre dans l’axe et frappe au but du pied gauche. Le ballon part à toute berzingue vers les cages mais est touché par le bras du malheureux Botond Balogh. Ça va vite, et l’arbitre Fabio Maresca ne bronche pas dans la seconde. À Lissone, où les décisions vidéo sont prises, Gianluca Rocchi serait intervenu, frappant sur les vitres pour attirer l’attention de l’arbitre vidéo Daniele Paterna et indiquer qu’un penalty devait être accordé, une démarche violant le règlement : la VAR se doit d’être autonome. Paterna, Rocchi et Andrea Gervasoni, superviseur VAR, ont été mis en examen pour complicité de fraude sportive.
Terremoto nel mondo del calcio: il designatore degli arbitri di serie A e B Gianluca #Rocchi è indagato a Milano. L'ipotesi è di concorso in frode sportiva Servizio di Maxia Zandonai 🎥 : @TgrRaiLombardia pic.twitter.com/twcCKyW9Wl
— محمد النعيمي 🇮🇹🇶🇦 (@qtr_alaz) April 25, 2026
Ce sont les petits gestes qui comptent
Outre cette rencontre de bas de tableau, d’autres confrontations sont visées par les enquêteurs : Inter-Hellas Vérone (6 janvier 2024), Salernitana-Modène (le 8 mars 2025), Bologne-Inter (le 20 avril 2025) et Inter-AC Milan (23 avril 2025), rapporte la Gazzetta dello Sport. Les Nerazzurri figurent trois fois dans cette liste, un hasard ? Pour le déplacement des Lombards à Bologne, Gianluca Rocchi aurait désigné Andrea Colombo, un arbitre jugé « apprécié de l’équipe visiteuse, l’Inter, engagée dans la course au titre », rapporte AGI. Il aurait également choisi un arbitre « peu apprécié » de l’Inter lors de leur demi-finale retour de coupe d’Italie face à l’AC Milan afin d’assurer qu’un arbitre clément envers les Intéristes soit désigné pour la finale. Chose qui ne s’est pas déroulée puisque l’Inter s’est inclinée, voyant son parcours s’arrêter à ce stade de la compétition.
Je dis en toute sérénité que nous avons toujours agi avec la correction maximale et que ni aujourd’hui ni dans le futur nous serons impliqués dans cette histoire.
Conscients qu’il passe aujourd’hui pour le chouchou du corps arbitral, le club lombard s’est défendu dimanche via son directeur technique Giuseppe Marotta : « Nous sommes choqués d’entendre ces commentaires que nous avons pu lire ces derniers jours. Nous n’avons pas d’arbitre apprécié ou non. Je dis en toute sérénité que nous avons toujours agi avec la correction maximale et que ni aujourd’hui ni dans le futur nous serons impliqués dans cette histoire ».

Pour opérer avec le plus de discrétion, le corps arbitral aurait mis en place des gestes pour se comprendre sans parler, entre le terrain et la salle vidéo. Calcio e Finanza rapporte que les enquêtes du parquet révèlent des signaux ont pu aider à mettre en évidence des faits de jeu pouvant faire basculer le cours des choses. La Repubblica rapporte que les enquêteurs ont reconstitué des éléments de ce langage codé : une main levée signifierait qu’il ne faut pas intervenir alors qu’un poing fermé indiquerait qu’il y a matière à revenir sur la phase. Pour la Gazzetta, l’ancien arbitre Pasquale De Meo ajoute qu’un jeu avait également été mis en place pour décider de l’intervention ou non de la VAR. Un jeu vieux comme le monde et appris dans les cours de récré : le pierre-feuille-ciseaux. De Meo assure que lorsque la VAR était appelée, dans le camion, les arbitres jouaient au chifoumi et que le résultat décidait si l’action se déroulant à des centaines de kilomètres de la cabine allait être analysée ou non. Des gamineries qui en dit long sur ce mal qui gangrène le foot italien.
Toute la Botte pénalisée ?
Le président de la Serie A, Ezio Maria Simonelli, s’est entretenu avec celui de l’UEFA, Aleksander Čeferin, et les indications de ce dernier seraient sans équivoque : si ingérence politique au sein de la fédération italienne il y a, alors les clubs du pays risqueraient une exclusion des compétitions européennes et l’Italie pourrait se voir retirer la co-organisation avec la Turquie de l’Euro 2032. Cette affaire alimente la méfiance de l’UEFA envers l’Italie, Čeferin estimant déjà que les installations italiennes ne sont pas au niveau pour l’organisation d’un tel tournoi. « L’Euro 2032 est programmé et aura lieu : j’espère que les infrastructures seront prêtes. Sinon, le tournoi ne se déroulera pas en Italie, menaçait le président de l’UEFA dans un entretien pour la Gazzetta début avril. Les responsables politiques italiens devraient peut-être se demander pourquoi l’Italie possède l’une des pires infrastructures footballistiques d’Europe ».
La minaccia di Ceferin: FIGC commissariata dalla politica? Niente EURO 2032 https://t.co/oBjA1iyG9R
— Calcio e Finanza (@CalcioFinanza) April 27, 2026
Ce tremblement de terre met en évidence les problèmes du football italien qui semble archaïque comparé à ses voisins du continent. Entre une élimination de l’équipe nationale en barrage pour la Coupe du monde, le scandale des escortes et maintenant cette ingérence arbitrale, le foot italien renvoie une mauvaise image du pays de la mode, vingt ans ans après l’affaire Calciopoli qui avait déjà montré que plusieurs dirigeants et clubs, et notamment la Juventus reléguée en Serie B, trempaient dans des magouilles arbitrales. Néanmoins, Simonelli estime quant à lui que ce cas « isolé » ne doit pas pénaliser les clubs du pays et le développement du football italien. « S’il s’avère que quelqu’un a commis une faute, il sera juste qu’il en paie le prix. Mais il n’est en aucun cas permis de remettre en cause la crédibilité du système et la régularité du championnat », assure-t-il. Une chose à lui souhaiter : bonne chance.
Le Torino accroche l’InterPar Ethan Ameloot





















































