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Cherki et Olise en meneurs de jeu : pourquoi choisir ?

Hommes attendus du Mondial français, Michael Olise et Rayan Cherki devront se partager le poste de meneur de jeu. Mais quelles solutions s’offrent à Didier Deschamps pour profiter au maximum de ces deux magiciens, et pourquoi pas les laisser combiner ? Réponse avec quatre habitués du poste : Genghini, Giresse, Dhorasoo et Kapo.
Comme un refrain entonné depuis sa prise de fonction en 2012, le « style » Didier Deschamps s’apprête à faire effet une dernière fois cet été pendant la Coupe du monde. Pour son ultime tournoi à la tête de l’équipe de France, le sélectionneur s’est en effet entouré de ses hommes de confiance pour conquérir l’Amérique. Ce Mondial 2026 pourrait cependant déjouer les pronostics concernant le spectacle proposé par les Bleus, tant les joueurs présents paraissent au meilleur de leur forme, au même titre que la dynamique de groupe enclenchée depuis environ un an. Surtout, avec Michael Olise et Rayan Cherki, DD semble enfin avoir trouvé (ou retrouvé) des créateurs, quête que l’on croyait perdue avec la retraite d’Antoine Griezmann. Mais alors, comment faire évoluer cette paire de 10 pendant le tournoi ?
→ Qui pour débuter ?
Avant d’attaquer les matchs de préparation, une tendance se dégage : Michael Olise a les faveurs. Un raisonnement logique, puisque le joueur du Bayern Munich – élu MVP de la saison en Bundesliga – a réalisé une campagne pleine, confirmée par des rassemblements tout aussi convaincants en sélection. « Olise part titulaire à mon sens, il est en pleine bourre, entame Olivier Kapo, ancien meneur des Bleus et de l’AJA. Dans sa dynamique de sélection. Il a aussi montré une bonne entente avec Kylian Mbappé. » Discours prolongé par Dhorasoo : « Je me pose justement la question : Cherki n’est-il pas plus tranchant en sortie de banc ? Dans la gestion de Guardiola par exemple, il tournait beaucoup avec les autres. Après, il faudra aussi confirmer pour Olise. Il a eu deux matchs vraiment décisifs cette saison : les retours face au Real Madrid puis au PSG, et il n’a pas été transcendant. Ce Mondial sera un bon test. »

Cette alternance Olise/Cherki s’est en réalité dessinée dès novembre. Contre l’Ukraine, au Parc des princes, le duo a passé une heure commune sur le terrain, sans briller mais en affichant tout de même le plus haut total d’échanges de passes (20 passes d’Olise vers Cherki, 16 dans le sens inverse). Au mois de mars ensuite, contre le Brésil, Olise avait excellé dans une équipe type, tandis que Cherki avait disputé le match face à la Colombie, au sein d’un effectif remanié. Un système plus pertinent selon Alain Giresse, séduit par les profils hybrides des deux bonshommes : « Deschamps sait qu’Olise est un joueur de couloir sans en être un. Il ne prend jamais la profondeur et rentre systématiquement dans l’axe. Ça perturbe complètement les défenseurs. Cherki, lui, fait l’inverse. Il aime bien se décaler sur un côté pour faire respirer le jeu. » Chassé-croisé.
→ Comment s’adapter ?
Dans ce contexte favorable, difficile de trouver des inconvénients à la présence de deux 10 dans la team. Si ce n’est la « frustration » d’être remplaçant ou utilisé à contre-emploi comme le précise Kapo, qui en appelle à ses souvenirs de début de siècle : « Quand j’arrive en équipe de France, il y a Zizou dans l’axe, donc je suis obligé de me décaler à gauche. À Auxerre, j’étais au cœur du jeu avec Yann (Lachuer) pour alimenter Djib Cissé, donc c’était vraiment nouveau pour moi. Et je me souviens avoir vraiment galéré à mes débuts à gauche. J’ai passé des heures à discuter avec Liza (Bixente Lizarazu), qui m’expliquait comment m’orienter, exploiter mon couloir. C’est le lot de jouer avec deux meneurs, il y en a toujours un qui doit s’adapter. » Ce vécu à deux, Vikash Dhorasso l’a également expérimenté, avec légèrement plus de facilité : « T’es obligé de t’adapter à ton autre 10. Moi j’avais Zizou ou Eric (Carrière). La chance que j’ai, c’est d’être formé milieu excentré. Je restais dans l’axe, mais légèrement décalé, et ça m’allait. » S’il paraît donc compliqué d’aligner deux joueurs purement axiaux, la possibilité de faire cohabiter un duo techniquement similaire au registre différent est fortement probable.
Olise étire. Il part d’un côté et finit dans l’axe. C’est Pavel Nedvěd.
À ce titre, Alain Giresse et Bernard Genghini se veulent sereins. D’après les anciennes gloires bleues, pas besoin d’un bac+5 en science tactique pour faire évoluer des joueurs à la technique supérieure, leur intelligence suffisant amplement à faire la différence. Giresse retrace le fil : « Prenez le carré magique. On avait moi et Platini devant, Genghini puis Fernandez et Tigana derrière. Pendant les matchs, tout ce que l’on avait à faire, c’était laisser le centre du carré libre, pour que chacun puisse y plonger. On avait donc littéralement quatre meneurs de jeu, avec Michel qui se retrouvait souvent à la finition parce qu’il était le plus fort dans ce domaine. En 1984 et 1986, c’était exceptionnel. » Genghini abonde : « Ce n’est pas une question de ballon, mais de communication. On se parlait beaucoup pour ne pas se marcher dessus, c’est aussi ça être intelligent. En qualifs de 1982, on aligne trois 10 et trois 9. On nous reproche d’être trop offensifs, mais quel pied on prenait. Aujourd’hui c’est pareil, avec Doué et Akliouche capables aussi d’être à la création. » En résumé, la France a des problèmes de riches.

→ Que peut faire Deschamps ?
Ne reste finalement qu’à savoir ce que compte faire le sélectionneur. D’ordinaire pragmatique – voire frileux pour les plus mauvaises langues – Didier Deschamps n’a jamais risqué le déséquilibre offensif au détriment d’une solidité défensive. Au fil du tournoi pourtant, l’idée de presser et d’étouffer son adversaire avec le ballon (comme peut le faire le PSG avec Neves et Vitinha placés haut) pourrait vite germer. « Il n’y a quasiment que des blocs médians maintenant, pose Dhorasoo, en pleine formation de diplôme UEFA Pro. C’est plus facile d’avoir deux meneurs, de jouer en déviation. Au fur et à mesure, Deschamps enlèvera un milieu, j’en suis persuadé. Je ne crois pas trop au 4-2-3-1. »
Quand l’Espagne gagnait, c’était avec Busquets, Xavi et Iniesta, presque trois 10. Pourquoi pas nous ?
Kapo complète : « On a un milieu modulable. Cherki pour gérer les petits espaces et Olise pour étirer le jeu. Il part d’un côté et finit dans l’axe. C’est Pavel Nedvěd. Pavel jouait exactement pareil. » Au-delà de la comparaison flatteuse, Giresse y voit simplement la possibilité de frapper un grand coup durant le Mondial : « Il y a déjà Tchouaméni, Rabiot ou Kanté pour gérer le milieu, devant, on peut se lâcher. Quand l’Espagne gagnait, c’était avec Busquets, Xavi et Iniesta, presque trois 10. Pourquoi pas nous ? Il suffit simplement d’articuler notre attaque avec Mbappé à gauche ou Dembélé devant, et d’intégrer les deux milieux offensifs. » Ne reste plus qu’à faire lire ce papier à Didier Deschamps.
Aux Bleus la rançon de la gloire ?Par Adel Bentaha
Tous propos recueillis par AB.















































